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L'Usine de l'Energie

Fessenheim, politique-fission

Ludovic Dupin , ,

Publié le

Fessenheim, politique-fission
La fermeture de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) aura un rôle surtout symbolique.

Le 24 janvier 2017 restera une date historique pour la filière nucléaire française. Ce jour-là, le conseil d’administration d’EDF s’est prononcé en faveur du mécanisme d’indemnisation, négocié avec le ministère de l’Environnement, pour la mise à l’arrêt anticipée de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin). Soixante ans plus tôt, la France avait lancé la première construction d’un réacteur nucléaire civil à Chinon (Indre-et-Loire). Au fil du temps, l’atome est devenu l’élément central du paysage énergétique tricolore à mesure que se succédaient les sauts technologiques et les gains de rentabilité. La France compte aujourd’hui 58 réacteurs en activité.

La décision de fermer la centrale alsacienne va-t-elle améliorer la sûreté nucléaire en France ? Pas vraiment. Selon l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), trois centrales présentent un haut niveau de sûreté : celles de Penly (Seine-Maritime), de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) et de… Fessenheim (Haut-Rhin). De son côté, Greenpeace considère que cibler seulement Fessenheim n’a aucun sens. L’ONG juge prioritaires les fermetures des centrales du Blayais (Gironde), du Bugey (Ain), de Gravelines (Nord) et de Tricastin (Drôme). Pour EDF, la centrale de Fessenheim est sûre, car près de 300 millions d’euros ont été investis pour sa modernisation.

L’arrêt de la plus vieille centrale de France contribuera-t-il à la diminution de la part du nucléaire dans le mix électrique ? La loi de transition énergétique vise à diminuer celle-ci de 75 à 50 % d’ici à 2025. La fermeture de Fessenheim ne permettra pas d’atteindre cet objectif puisque sa puissance sera remplacée watt pour watt par la mise en service de l’EPR de Flamanville (Manche) en 2018. La Cour des comptes a calculé qu’il faudrait fermer 17 à 20 réacteurs pour y parvenir… Ce qui semble impossible à moyen terme, car cela ébranlerait la sécurité d’approvisionnement du pays. La vague de froid de janvier l’a montré, alors que six réacteurs étaient à l’arrêt à la demande de l’ASN.

Enfin, cette fermeture va-t-elle favoriser la transition énergétique ? Symboliquement oui, puisque cette décision prouve qu’il est possible de fermer un réacteur en France… Même si le gouvernement a employé le chantage en menaçant EDF de bloquer le chantier de l’EPR de Flamanville et d’empêcher le redémarrage du réacteur numéro deux de la centrale de Paluel (Seine-Maritime). Dans les faits, cette fermeture ne sert qu’à tenir in extremis la promesse faite par François Hollande, en 2012, dans le cadre son accord électoral avec Europe Écologie Les Verts (EELV). Pour favoriser la transition énergétique, les gouvernements n’ont pourtant aucun intérêt à priver EDF de ressources financières.

Le cabinet Secafi, mandaté par le comité central d’entreprise d’EDF, a calculé que le manque à gagner pour l’entreprise s’élèvera entre 1,6 et 6 milliards d’euros d’ici à 2040, quand un rapport parlementaire de 2014 estimait cette perte à 4 milliards. Depuis dix ans, les gouvernements successifs ont prélevé près de 20 milliards d’euros de dividendes chez l’électricien. La Cour des comptes l’a encore dénoncé dans son dernier rapport sur l’État actionnaire [lire page 21]. Cette pratique a disparu avec Emmanuel Macron, lors de son passage au ministère de l’Économie. EDF supporte aussi le poids de la Contribution au service public de l’électricité (CSPE), qui finance le déploiement des énergies renouvelables.

Pas de transition sans investissements

Quant aux hausses des tarifs réglementés de l’électricité demandées depuis dix ans par l’énergéticien, elles sont systématiquement refusées. Elles lui permettraient de financer notamment son programme de « grand carénage », destiné à prolonger la vie d’une partie du parc nucléaire. EDF, déjà premier producteur d’énergies vertes en Europe, a bien annoncé un doublement de son parc d’énergies renouvelables d’ici à 2030, mais cela se fera hors des frontières. Par ces temps d’argent rare, l’État, actionnaire à 86,5 % d’EDF, ne donne pas de marges suffisantes à l’énergéticien pour préparer la sortie du nucléaire.

Pour que la transition énergétique soit, à terme, porteuse de richesses et d’emplois, il faudra de lourds investissements. Dans le scénario de l’association négaWatt, très optimiste, ils s’élèvent à 1 160 milliards d’euros d’ici à 2050. Les seules économies sur Fessenheim n’y suffiront pas ! François Fillon s’est engagé à revenir sur cette décision pour « défendre les intérêts des Français et l’indépendance énergétique de la France ». Marine Le Pen propose également de l’annuler. Mais revenir sur le décret de fermeture ne ferait que relancer un débat stérile. Le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, assure avoir obtenu des garanties pour « préserver au mieux les intérêts de l’entreprise et de ses clients ».

Fessenheim peut devenir un chantier modèle pour le démantèlement, « sachant que 400 centrales dans le monde doivent être démantelées », rappelle Ségolène Royal, la ministre de l’Environnement. Le décret d’abrogation d’exploitation doit être publié en avril, avant la prochaine élection présidentielle… 

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