Etrillé par certains élus locaux, bousculé par les syndicats, EON France monte au créneau : la transition énergétique voulue par l’Europe et le gouvernement ne laisse pas de place aux vieilles unités à charbon. Pour lui comme pour EDF.
L’exaspération était perceptible dans les sous-sols du siège parisien d’EON France. La direction y a tenu une conférence de presse, lundi 15 octobre, quelques jours après la présentation de son projet de restructuration de ses centrales à charbon lors du comité central d’entreprise. Etrillé par certains élus locaux concernés par les fermetures de sites, bousculé par les syndicats, EON devra maintenant faire face à une "mission" voulue par le ministre du Redressement productif pour évaluer l’avenir des centrales thermiques de l’énergéticien. Une mission que Luc Poyer, le président du directoire, qualifie de "bienvenue, à condition qu’elle concerne aussi EDF, qui veut, comme nous, fermer ses vieilles centrales à charbon".
Le dirigeant a beau jeu de renvoyer le gouvernement à ses ambitions : "Il serait illusoire de parler de transition énergétique sans envisager de profonds changements, et spécialement pour nous, héritiers de Charbonnages de France", lance Luc Poyer. D’autant que la transition est déjà engagée sur le plan réglementaire : la limitation européenne des émissions polluantes s’appliquera en 2016 et les quotas de CO2 deviendront payants pour les énergéticiens dès 2013. Les centrales à charbon sont les plus touchées. "A lui seul, le coût des quotas représente 5 à 10 millions d’euros pour une petite tranche (autour de 100 MW), soit le montant des frais fixes", détaille Stéphane Morel, le secrétaire général d’E.ON France. "A partir de 2013, toutes les petites tranches à charbon seront déficitaires", insiste-t-il.
Quid de l’offre de reprise de Sparkling Capital ? "Elle n’existe pas", tranche Luc Poyer. "En presque un an d’échanges, nous leur avons transmis des centaines de documents. Eux nous ont envoyé 20 pages en tout et pour tout", renchérit Stéphane Morel. "Il n’y a jamais eu de construction d’offres de la part de cette petite entreprise qui réalise 20 millions d’euros de chiffre d’affaires dans le négoce de charbon en Indonésie." Quant à la promesse d'investissement de 400 millions de dollars de l'américain Wamar que met en avant Michèle Assouline, la patronne de Sparkling Capital, "elle date de six mois et ne comporte aucun engagement", balaie Stéphane Morel. Les dirigeants ne cachent pas leur exaspération devant l’impact de cette "affaire", qui a "beaucoup troublé le corps social de l’entreprise", déplore Luc Poyer.
"Pourquoi EDF ne reçoit-il pas la même attention que nous sur ses fermetures de centrales ?", s’interroge le dirigeant. Avant de glisser la réponse : vu sa taille, l’opérateur historique n’aura aucun mal à reclasser "les quelque 1000 personnes concernées". Ce qui n’est pas le cas pour EON et ses 535 emplois menacés, même si le dirigeant assure que ce chiffre, évoqué en juin 2011, ne sera pas atteint. Il lui faudra en convaincre les syndicats, eux-mêmes assez proches de l’exaspération.











