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Faut-il gérer ses données techniques avec un PGI ?

Par Aurélie Barbaux - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2911

Choix. Les progiciels de gestion intégrés (PGI) prétendent entrer dans les bureaux d'études ou les laboratoires pour gérer les données techniques et créer un lien direct vers la production. Malgré ses atouts, cette solution n'est pas toujours adaptée.

Le débat est récurrent : faut-il préférer une solution logicielle intégrée ou un outil spécialisé ? La question se pose aujourd'hui pour la gestion des données techniques de conception. Les éditeurs de PGI cherchent en effet à pousser l'intégration entre production, bureaux d'études et laboratoires à travers des modules dit PLM, (Product lifecycle management). Ils viennent ainsi concurrencer sur leur terrain les logiciels de gestion de données techniques spéciali- sés (GDT). Principaux arguments en leur faveur : un référentiel unique pour toutes les données techni-ques, qu'elles soient de conception ou de fabrication, et une visibilité tout au long du cycle de vie du produit. Une promesse séduisante susceptible d'éviter les ressaisies et de réduire le travail d'intégration.

En face, les logiciels dédiés ne sont pas dénués d'avantages, entre autres, une véritable spécialisation métier et une plus grande souplesse. Entre ces deux mondes, comment choisir ? « Il n'y a pas de réponse simple », prévient d'emblée Hervé Damoizeau, associé chez Alcom Consulting. Tout dépend du métier de l'entreprise et des systèmes d'informations existants. » Mais pour y voir plus clair, il est essentiel de se poser trois questions.

Tout d'abord, quelle est exactement l'offre des éditeurs de PGI en matière de gestion de données techniques (GDT) ? Aujourd'hui, il existe en effet une confusion entre le concept de GDT et celui de PLM. Le premier se concentre sur la gestion des nomenclatures, des versions, des codes articles et des documents (plans, formules...) associés. En revanche, le second, apparu il y a moins de cinq ans, couvre un ensemble plus vaste, allant de la conception à la gestion de données techniques en passant par la gestion de projets et les circuits de validation. Pour résumer, les offres dites PLM fournissent une couche logicielle, qui permet de connecter tous les acteurs de l'entreprise impliqués dans la vie du produit. « Mais aucun éditeur n'a de solution couvrant réellement tout le périmètre », tempère Thierry Dronne, consultant chez CSC Peat Marwick.

L'offre reste limitée

Même incomplets, ces modules PLM sont un sérieux argument de vente pour les éditeurs de PGI, qui visent l'industrie. L'idée d'un référentiel unique pour toutes les données techniques est en effet séduisante. Pour autant, à l'instar de Solystic (voir encadré), le module n'est souvent exploité que plusieurs années après la mise en place des outils de gestion (finance, comptabilité, vente, production) du progiciel. De même, ABB Control France, filiale automation du groupe suisso-suédois ABB, a mené en parallèle les projets gestion et PLM. Si le PGI est en place depuis janvier 1999, le déploiement des fonctions PLM, lui, n'est toujours pas achevé.

Ensuite, l'offre reste limitée. Tous les éditeurs de PGI ne proposent pas d'outils de GDT. Si Oracle dispose depuis un an d'un ensemble de modules PLM, PeopleSoft, par exemple, n'a pas de produits dans ce domaine. Les plus avancés sont sans doute SSA Baan, Movex et l'allemand SAP. Les éditeurs ciblant le marché des PMI, comme Cegid, ne sont pas en reste. Ils sont capables de s'interfacer avec des outils de CAO et proposent un circuit de validation de modifications adapté aux certifications Iso.

Seconde question à se poser : quel est le type d'offre le mieux adapté à l'activité de l'entreprise ? En fait, plus l'évolution des données techniques se fait en liaison avec la production, plus la solution d'un référentiel commun au bureau d'études et à l'atelier est pertinente. C'est le cas avec ABB Control France. La société cherche à répondre plus rapidement aux commandes de ses clients. Du coup, il est devenu indispensable d'assurer un lien transparent entre les services commerciaux, le bureau d'études et les unités de production.

Avec quoi le système va-t-il devoir s'intégrer ?

D'autres activités ont intérêt à choisir un outil spécialisé. Notamment lorsque les process de production sont simples mais pas la gestion des données techniques, du fait de contraintes réglementaires. C'est la conclusion à laquelle est arrivé Materis, l'ex-activité matériaux de spécialités de Lafarge, pour sa division Refractories. « Nous avions besoin d'un outil pour gérer les formules, les nomenclatures, la définition technique et surtout l'édition des fiches techniques, très complexes dans notre domaine », résume Roger Beesley, directeur des systèmes d'information. La gestion documentaire est en effet souvent au coeur des problématiques de gestion de données techniques. « Les PGI gèrent tous très mal les impressions. Même Advitium, l'éditeur de GDT que nous avons choisi, a sous-estimé le problème de l'impression des fiches techniques, en environnement Web », reconnaît Roger Beesley.

Troisième et dernière question à se poser avant de choisir un outil de GDT : avec quoi le système va-t-il devoir s'intégrer ? Les logiciels dédiés, conçus dès le départ pour s'interfacer, en amont comme en aval, avec la plupart des outils de conception et de gestion, marquent clairement un point à ce niveau. De fait, les PGI n'ont pas développé de connecteurs pour tous les logiciels existants. En CAO notamment. « S'il est facile pour SAP PLM de récupérer des données créées dans des logiciels de CAO de génération récente, ce n'est plus vrai avec un parc hétérogène comprenant des outils plus anciens », précise Bernard Ragain, associé chez Ineum Consulting. De même, si plusieurs PGI cohabitent au sein d'une même entreprise, un logiciel indépendant s'intégrera plus facilement.

D'autres arbitrages sont moins évidents. Novatech Technologies (ancien Matra Nortel, puis Solectron), qui fabrique à Pont-de-Buis (Finistère) des cartes électroniques, utilisait grâcieusement la GDT Sherpa d'un des ses principaux clients. L'accord prenant fin, l'industriel devait trouver une solution pour recevoir et traiter quotidiennement les données techniques liées aux commandes de son client. Après étude, c'est le module ePDM du PGI Mapics en place, qui a été retenu en raison de son coût et de la simplicité de sa maintenance.

Toutefois, l'analyse varie suivant les acteurs impliqués dans la décision. Lorsque la demande provient de la production, le choix se portera plus facilement sur des outils liés à la gestion de fabrication, autrement dit les PGI. En revanche, si l'étude est réalisée par des salariés de la conception, ceux-ci iront plutôt vers des solutions développées par les éditeurs d'outils de CAO ou ayant une forte expérience métier. Dans bien des cas, c'est la direction informatique qui traduit les besoins. Elle a alors tendance à chercher une solution qui limite le travail d'administration et d'intégration avec l'existant. « Il est très rare que la demande émane de la direction générale. Certaines ne comprennent même pas pourquoi il faut un logiciel en complément du PGI », souligne Guy Forax, consultant PLM chez Alcom Consulting.

Il faut laisser vivre les solutions existantes

Finalement, pour ne pas se tromper, mieux vaut peut-être reprendre l'approche de Lafarge Refractories, où ce sont les futurs utilisateurs du système, qu'ils travaillent au laboratoire central ou sur les sites de production, qui ont choisi la solution sur la base des maquettes réalisées par les quatre éditeurs retenus.

Enfin, lors de la mise en place d'un système de GDT, il est prudent d'éviter les « big bang ». Il faut laisser vivre les solutions existantes, réduire au maximum les développements spécifiques et chercher à utiliser les produits tels qu'ils sont. La tendance va d'ailleurs dans ce sens. Les éditeurs de PGI, qui proposent de plus en plus des offres verticales, l'ont compris.

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