Créer un Centre national de l'innovation... C'est une des recommandations du rapport "L'innovation en France : un système en échec" de Nicolas Von Bülow, cofondateur de Clipperton Finance, et publié sur le site du think tank Terra Nova.
Mais à quoi servirait ce énième centre national ? Selon l'auteur du rapport, il serait d'abord "entièrement indépendant et piloté par des professionnels de l’innovation". Très bien ? Mais qui sont-ils ces grands spécialistes de l'innovation ? Puisque la France, à l'évidence, en manque tant. Passons. Leur mission serait "la recherche via la collecte de données et leur analyse […] avec des benchmarking internationaux pour mesurer la performance des politiques publiques en matière d’innovation." Je veux bien. Mais ce travail de collecte et d'analyse... je ne compte pas le nombre d'auteurs de rapport qui l'on déjà effectué, arrivant tous au même résultat que Nicolas Von Bülow : un échec. Certes, ce dernier imagine ce "CNI" dans le cadre d'un sursaut du pays qui déciderait de faire des choix et de se lancer efficacement dans la mise en œuvre d'un écosystème favorable à l'innovation. Là, ce ne sont les idées (pas trop consensuelles pour une fois) qui lui manque. Mais, comme souvent, c'est le "comment" les mettre en œuvre qui pêche.
Deuxième mission, le CNI serait doté d'un « comité de pilotage, qui pourrait être saisi ou se saisir de tout sujet qu’il estimerait afférent à l’innovation, afin de prononcer un avis sur les conséquences éventuelles de la politique en question. Sa mission serait de se prononcer sur la cohérence à moyen et long terme des politiques mises en œuvre, que celles-ci concernent la recherche, l’éducation, la fiscalité. » Pourquoi pas. Alors explorons les autres recommandations, justement, pour voir comment le CNI pourrait réagir.
Le rapport préconise "une stabilité fiscale, légale et règlementaire". Donc, on ne touche plus au crédit impôt recherche, au statut JEI et autres niches fiscales... Mais en même tant, il prône "une approche concentratrice : la France n’est pas d’une dimension économique suffisante pour pouvoir concilier saupoudrage, aménagement du territoire égalitaire, et taille critique internationale sur les grands sujets innovants." En clair, il faut cibler les moyens, mais "sans céder, de nouveau, aux tentations du mécano industriel". Or Le CIR fait tout le contraire, en finançant principalement nos grandes entreprises, issue de ce "mécano industriel" et qui ont démontrée leur incapacité (ou non volonté) à créer autour d'elles un écosystème innovant. Sans parler des pôles et … des investissements d'avenir.
Voilà donc une question intéressante pour le CNI. Mais éminemment politique. Car, qui dit innovation, dit destruction créatrice de valeur. Donc – malheureusement c'est d'actualité aujourd'hui - pertes d'emplois pour, on l'espère- en créer ailleurs. Il faut donc accepter cette perte. Et c'est là qu'ont semble-t-il achoppé toutes les "politiques" d'innovation en France. Même s'il faut le reconnaître, de nombreuses initiatives ont été lancées pour développer cet écosystème d'innovation, que l'auteur du rapport, comme à peu près tout le monde, appel de ses vœux. Mais sans aller jusqu'au bout. C'est à dire en faisant des choix, en supprimant, des couches et des structures inutiles, plutôt que de continuer à les empiler. Et en privilégiant vraiment certains domaines... donc au détriment, assumé, d'autres.
Assumer de vrais choix... voilà ce qui pourrait justifier un CNI. Mais la gouvernance devrait alors être réfléchie avec soin... pour éviter les tribulations contreproductive du CNNum.









