Faites l'innovation, pas la révolution !

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Thibaut De Jaegher, directeur de la rédaction
© P.G.

C'est devenu comme un mantra. Année après année, gouvernement après gouvernement, ministre après ministre, les dirigeants se succèdent et ne cessent d'invoquer l'innovation. Elle serait comme une formule magique capable à elle seule de relancer notre croissance, de nous sortir de la crise. Pour la réveiller, on nomme, on crée, on forme, on réforme, on colloque, on convoque, on révoque mais finalement notre pays, son industrie et ses universités n'innovent pas tellement plus.

Notre effort de R&D est même devenu inférieur à celui de nos voisins, selon une note publiée par le ministère de l'industrie mi-juillet. Et cela, alors même que notre pays ressemble à un paradis de la R&D grâce à des dispositifs comme le crédit impôt recherche ou des initiatives comme les investissements d'avenir.

Comment expliquer alors ce décalage entre les efforts consentis et les résultats obtenus ? Sans doute parce que, comme le dit Hugues-Arnaud Mayer du Medef ou Geneviève Fioraso, la ministre de la Recherche, qui s'exprimait dans notre dossier spécial Innovation réalisé à l'occasion de l'université d'été de l'organisation patronale, innover rime trop souvent avec dépenser.

La grande tendance de la multitude

Pourtant ce n'est pas d'argent dont les industriels ou les entreprises ont besoin pour réveiller leur créativité. Ce dont ils manquent le plus, de leur propre aveu, c'est d'idées neuves, de nouvelles manières de voir le monde, de se confronter à de nouveaux besoins à de nouvelles technologies, à de nouveaux usages.

Dans quelques entreprises, le mouvement d'open innovation contribue à changer le regard de leurs ingénieurs en les ouvrant sur les laboratoires publics et leur étonnante créativité. Mais ces démarches restent encore trop confidentielles et peut-être aussi trop timorées.

Une innovation réellement ouverte doit être plus large, plus démocratique, plus subversive comme l'affirme Vincent Mangematin, chercheur de l'école de management de Grenoble, dans une thèse récente. Selon lui, la prochaine grande tendance qui changera le visage de la R&D sera portée par ceux qu’Henri verdier appelle dans son livre la multitude.

Cette multitude -Karl Marx aurait dit les masses- peut vous aider à mettre à jour votre logiciel. Il faut donc accepter de laisser le public, les clients, les utilisateurs révolutionner vos labos. Après tout, c'est peut être mieux de leur laisser faire l'innovation plutôt que la révolution...

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1 réaction

cOOdil | 07/09/2012 - 23H07

Très bon article qui met le doigt sur un point essentiel : l'innovation ne se décrète pas. Cependant, je pense que dans la plupart des PME, il peut exister, pour peu qu'on s'en donne la peine, des moyens d'innover.

Car l'innovation ne concerne pas seulement les produits mais également, l'organisation, les process, etc. Et pour cela, pas besoin d'argent, mais seulement de regarder le monde et essayer d'être à son écoute.

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