Exportations : les usines françaises à l'heure américaine

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3305
 Forest-Liné, fournisseur dans l'aéronautique, profite de la montée en cadence de Boeing.
Forest-Liné, fournisseur dans l'aéronautique, profite de la montée en cadence de Boeing.
© D.R.

Le redémarrage de l'économie et la réindustrialisation du pays sont une aubaine pour les exportateurs français.

Salvateur, le marché américain ? "On n'avait pas vu de telles affaires depuis longtemps, reconnaît Bruno Grandjean. C'est même l'un des seuls marchés encore un peu dynamique." Le patron de Redex préfère toucher du bois. Sur ce marché, qui représente à peu près 15% de son chiffre d'affaires, le fabricant de connecteurs a augmenté ses ventes de 10% en 2011 et d'autant en 2012. Redex a installé ses produits dans les machines-outils qui équiperont la nouvelle usine de Caterpillar à Athens, en Georgie, et dans des camions utilisés pour l'exploration du gaz de schiste.

Pour les industriels français, la réindustrialisation aux États-Unis a du bon. Même si les exemples de relocalisation restent limités, les groupes américains accélèrent leurs investissements depuis 2010. Après avoir reconstitué leurs marges, ils remettent à niveau leurs outils de production. Jean-Camille Uring, le président de Fives Cinetic, qui fabrique des automatismes, profite de cette tendance. « Les États-Unis sont actuellement un marché porteur. En particulier dans le secteur automobile, où d'importants programmes de renouvellement de machines sont en cours », assure l'industriel, qui a participé en septembre à un salon professionnel réputé, à Chicago.

Le fabricant de machines Forest-Liné, qui fournit surtout l'industrie aéronautique, prévoit, lui, une croissance de 15% pour son usine nord-américaine, déjà à plein régime. À titre de comparaison, ses deux sites européens, orientés vers le marché asiatique, devraient au mieux augmenter leur activité de 5%. "Nous bénéficions d'une conjonction favorable aux États-Unis avec une montée en cadence de Boeing et un renouvellement important d'un parc de machines un peu vieillissant", se satisfait Marc Troia, le directeur général de Forest-Liné. L'industriel concède être "suffisamment occupé sur le marché aéronautique pour ne même pas prospecter les autres secteurs industriels". Le groupe suit également de près le projet d'Airbus d'installer un site d'assemblage dans l'Alabama à partir de 2013.

L'avantage d'un euro plus faible

Pour les industriels des biens d'équipement, le marché américain devrait rester porteur l'an prochain. "L'investissement des entreprises devrait continuer à tirer la croissance", estime Christine Altuzarra, économiste pour l'assureur-crédit Coface. Les autres secteurs industriels bénéficient, eux aussi, du redémarrage de la demande des ménages américains.

Sur l'année 2012, l'économie américaine devrait croître de 2,2%, alors que la zone euro est retombée en récession. Conséquence : les exportations françaises vers les États-Unis ont progressé de 8,2% au premier semestre 2012, après une hausse de 5,2% en 2011.

Pour se développer outre-Atlantique, les « Frenchies » ont pu s'appuyer sur un autre facteur favorable. Entre juillet 2011 et juillet 2012, l'euro a perdu près de 14% de sa valeur par rapport au dollar. Une aubaine pour les exportateurs, qui avaient dû comprimer leurs marges. "La baisse de l'euro est une bouffée d'oxygène", reconnaît Pierre Gattaz, le PDG de Radiall, très présent sur ce continent.

Depuis la fin de l'été, la parité est repartie à la hausse, au-dessus de 1,30 dollar. "Le rebond est surtout technique. L'euro devrait à nouveau baisser ces prochains mois, pour s'établir autour de 1,27 dollar", estime Nordine Naam, analyste devises de Natixis. Les industriels européens vont pouvoir continuer à profiter de la croissance américaine.

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