Exclusif : Lemer Pax va distribuer ses matériels de radioprotection à Fukushima
Par Astrid Gouzik - Publié le
Près de 7 mois après l’accident de Fukushima, la petite entreprise française de protection nucléaire s’apprête à signer un contrat de plusieurs millions d’euros avec la société japonaise Tokyo Sangyo. Lemer Pax doit livrer des protections très particulières et performantes au Japon. Pierre-Marie Lemer révèle en exclusivité pour L'Usine Nouvelle les dispositions de ce contrat.
L’Usine Nouvelle – Vous devez vous rendre au Japon début novembre pour finaliser la signature des contrats avec la société Tokyo Sangyo. En quoi consistent-ils ?
Pierre-Marie Lemer – Nous allons signer un accord de distribution exclusive, à travers la société Sangyo, de nos matériaux de radioprotection, en fonction d’une liste de clients identifiés. Notre société se réserve le droit de vendre par d’autres canaux des produits qui n’auraient pas été sélectionnés par Sangyo, ou à des clients qu’ils n’auraient pas contactés.
Quels produits allez-vous livrer au Japon ?
Pierre-Marie Lemer - Des protections très performantes. En effet, le périmètre de protection a été élargi à un rayon de 100 km autour de Fukushima. La priorité est de se protéger contre le césium 137, et le césium 134, car ils dégagent une énergie cinq fois plus puissante que celle d’un scanner.
La commande porte donc sur des vêtements particuliers développés à partir d’un matériau radio-protecteur écologique sans plomb. Nous allons aussi livrer des hublots antiradiations réalisés en verre au plomb multi-feuille, sécurisés à l’impact. C’est extrêmement résistant, donc rassurant pour les opérateurs qui partent parfois inquiets sur les interventions.
Pourquoi Lemer Pax a-t-elle été choisie pour soutenir les Japonais ?
Pierre-Marie Lemer – Cette signature de contrat découle d’un processus long. Les Japonais nous ont d’abord rendu visite en mai dernier, puis je me suis rendu à Tokyo en juillet. Nous avons rapidement livré quelques produits. Puis Sangyo a décidé que nous étions les bons partenaires, du fait de notre avance technologique considérable.
Ils ont su être très attentifs et accueillants. Ils se sont montrés flattés de notre venue. Selon leur expression, "on reconnaît ses vrais amis quand ils viennent vous voir sous la pluie".
Mais nous sommes également très flattés de pouvoir participer à ces opérations. Nous sommes identifiés en tant qu’entreprise stratégique, nous avons d’ailleurs reçu la qualification Oseo 2000, récompensant les entreprises les plus innovantes. D’autre part, nous disposons d’une large antériorité sur la problématique de la radioprotection puisque Lemer Pax est née dans les années 50 avec le Commissariat de l’énergie atomique (CEA). Notre aide est donc très pertinente.
On aurait pourtant pu croire que, dans l’urgence de la situation, ils prendraient leur décision plus rapidement…
Pierre-Marie Lemer - Le processus de signature a en effet un peu traîné mais a débouché sur une relation durable. Sangyo a pour habitude de collaborer dans le temps. C’est ce que nous voulions aussi. Nous avons déjà fait deux expéditions vers le Japon, d’autres commandes devraient se concrétiser pour la fin d’année. Et elles devraient s’intensifier au premier semestre 2012.
Ces contrats représentent plusieurs millions d’euros, il s’agit d’une très belle vente. Mais elle revêt un caractère un peu particulier, celui de la démonstration d’un bel acte de coopération internationale. Et bien entendu, nous aurions préféré que cette vente ne se soit pas conclue dans le cadre d’une catastrophe !

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