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EXCLUSIF - Comment PSA compte supprimer 1900 postes sans licencier

Par Cécile Maillard - Publié le
Peugeot Poissy
© D.R.

Dans un document d'une centaine de pages que L'Usine nouvelle s'est procuré, la direction de PSA détaille la façon dont elle pense supprimer 1900 postes sans licencier ni ouvrir de plan de départs volontaires. Des détails présentés ce mardi matin aux salariés lors d'un comité central d'entreprise extraordinaire.

"Du poussariat !"... C'est ainsi que la CFDT de PSA, il y a quelques jours, qualifiait la méthode retenue par la direction du groupe automobile pour supprimer 1900 postes sans licencier, ni mettre en place de plan de départs volontaires. "Ils vont pousser au départ les salariés, en leur supprimant leur travail, en les harcelant, jusqu'à ce qu'ils acceptent des conditions négociées individuellement", craint Jean-Allart Gillet, représentant CFDT.

"A Aulnay, un cabinet de dégraisseur envoie déjà des courriers individuels à domicile pour inciter les salariés à venir le rencontrer, pour étudier les modalités d'un départ négocié, relate Jean-Pierre Mercier, délégué CGT. Ces méthodes vont s'accélérer. Quand on retire son travail à un technicien, au bout d'un moment, il craque et va discuter…"

Le syndicaliste ne croit pas du tout au terme de "redéploiement" utilisé par la direction de PSA. "On va les reclasser où, les salariés ? Tous les sites sont concernés par les suppressions de postes… En plus, les mutations internes, ça ne marche pas ! PSA ne s'occupe pas de trouver un travail au conjoint... Les reclassements seront très difficiles."

Pourtant, dans un document interne que L'Usine nouvelle s'est procuré, la direction espère "reclasser en interne plus de la moitié des 1900 salariés concernés par le plan de performance". Son Observatoire national des métiers a en effet identifié que "de nombreux métiers restent en pénurie de ressources ce qui permet de proposer des opportunités d'évolutions internes pour les salariés du Groupe". En particulier pour ceux qui exercent des "métiers sensibles", en voie de disparition.

PSA met en avant ses aides financières à la mobilité géographique, ses formations permettant des reclassements vers "des métiers d'avenir". En 2011, selon la direction, 5000 salariés ont connu une mobilité professionnelle ou géographique, dont 1000 (2/3 de cadres) ont changé de site. Les syndicats restent dubitatifs. "L'accord GPEC (Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences) est plus un plan de réduction des effectifs – plus de 12000 départs en quelques années - que de formation massive des salariés", tempère le délégué CFDT. 

Des prétextes pour trouver un accord

Autre piste évoquée par la direction dans son document : les départs anticipés à la retraite, pour les salariés qui peuvent obtenir un taux plein. 200 salariés devraient en bénéficier. Et les départs pour emploi trouvé chez un autre employeur ou pour création d'entreprise, estimés à un tiers des 1900 postes supprimés.

Deux modalités pour lesquelles PSA sort son porte-monnaie : indemnité de 5 mois de salaire en plus, compensation du différentiel de salaire pendant un an (dans la limite de 3000 euros) dans le premier cas, ou 6000 euros d'aide à la création d'entreprise et prêt à taux zéro dans le second.

"Mais on a bien vu sur le site de Melun, où de nombreux départs se sont faits pour création d'entreprise, que PSA n'était pas très regardant sur la solidité du projet, souligne Jean-Allart Gillet. Deux ans après leur départ, beaucoup de salariés n'ont plus rien." En fait, les créations d'entreprise étaient souvent des prétextes pour trouver un accord…

Ne vaut-il pas mieux, dans ces conditions, un vrai Plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) bien négocié, collectivement, et plus intéressant ? "Vous voulez que je vous réponde franchement ?" hésite le délégué CFDT. "C'est souvent mieux pour les salariés, que d'aller discuter tout seul en croyant décrocher un pactole… Mais PSA n'a pas licencié depuis près de vingt ans et s'est doté de tous les moyens pour faire partir ses salariés autrement."

Côté CGT, pas question de parler de PSE. "La politique de la CGT n'est pas de demander des PSE… Pour PSA, ce serait une vraie catastrophe médiatique, et un problème politique vis-à-vis du gouvernement qui a versé des aides publiques en échange de ne pas faire de PSE. Vous avez vu le barouf autour de Melun ?"

Le magasin de pièces détachées de Melun ferme, et les 70 derniers salariés (sur les 398 présents en 2010) devaient être licenciés dans le cadre d'un PSE. Il a été gelé fin novembre, en pleine tempête médiatique, alors que Philippe Varin, président de PSA, venait d'être reçu à l'Elysée…

Aucun doute qu'il resurgira. "Après le mois de mai, si vous voyez ce que je veux dire", conclut Jean-Pierre Mercier.

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