Exclusif : Alstom et Schneider Electric emporteraient Areva T&D

Le 06 novembre 2009 par Catherine Moal
areva - alstom
© DR

Exclusif. D’ici à lundi soir, trois offres définitives de reprise devraient être déposées chez Areva concernant sa filiale T&D. Si l’américain GE et le japonais Toshiba continuent encore de jongler avec les fonds, Alstom et Schneider Electric l’auraient déjà emportée, selon nos informations.

Malgré tout ce suspense entretenu depuis des semaines, il ne devrait pas y avoir de surprise ! L’Etat-actionnaire a pris sa décision et devrait confier, d’ici à la mi-novembre, l’avenir de la filiale Transmission & Distribution d’Areva au duo français, Alstom et Schneider Electric. Nous l’avions déjà dévoilé en exclusivité sur notre site, le 19 juin dernier

Ceci se fait évidemment contre l’avis d’Anne Lauvergeon, patronne du groupe Areva… et des 41 vice-présidents de la filiale T&D qui s’opposaient violemment cette semaine au démantèlement de leur division.

De fait, quelle cohérence y a-t-il pour l’Etat français, actionnaire à plus de 90 % d’Areva, de céder un tel « fleuron » aux concurrents directs du leader mondial du nucléaire ? La réponse vient de la bouche même de Jean-Pascal Tricoire, patron de Schneider Electric, dans Le Monde daté d’aujourd’hui : « C'est un secteur éminemment stratégique pour le futur. Il concerne la question du développement des énergies renouvelables, des économies d'énergie et de la dérégulation du marché de l'électricité. Toutes les grandes puissances industrielles se dotent de capacités technologiques dans ce domaine. Dans cette bataille, l'Europe dispose d'une avance incontestable. On comprend que T&D suscite des convoitises. »

En effet, Clara Gaymard, présidente de General Electric France, se réjouissait déjà dans Les Echos du 2 octobre dernier, de l’intérêt de créer, en s’alliant à T&D, un « leader de 10 milliards d’euros » : « Il aurait environ 16 % du marché, ce qui le placerait derrière le groupe ABB, avec environ 20 % et au même niveau que Siemens. Son effectif atteindrait quelque 47 000 personnes, dont 16 000 venant de General Electric »… Par ailleurs, le japonais Toshiba, même associé à deux fonds d’investissement, reste tout simplement le propriétaire de Westinghouse, le concurrent le plus direct d’Areva dans la construction de réacteurs nucléaires, avec notamment son AP 1000. Ces deux groupes envisagent enfin d’introduire l’activité T&D en bourse dans les années à venir… d’où l’idée de certains de n’y voir qu’une opération purement financière !

L’opération de cession de T&D au duo français devrait donc voir le transfert des activités « transmission » très haute et haute tension à Alstom, le spécialiste des infrastructures de transport et d'énergie. Un nouveau pôle (transmission) serait créé au sein du groupe sous la direction de Philippe Joubert, vice-président exécutif d'Alstom et l’actuel patron de la division Power. La moyenne et basse tension (distribution) passerait chez Schneider Electric, le leader français des équipements électriques, qui atteindrait ainsi la « taille critique ».

« Ce scénario nous semble le plus adapté compte-tenu des différences importantes entre les métiers de la moyenne et haute tension et de la forte complémentarité qui existe avec chacun des acteurs sur leurs métiers respectifs », notaient déjà cet été des analystes de Natixis Securities. Pour financer l’opération, selon eux, « Alstom n'aurait pas forcément besoin de lancer une augmentation de capital s'il ne rachetait que la partie haute tension d'Areva T&D ». En parallèle, d’autres jugent qu'un rachat des actifs de T&D dans la moyenne tension pourrait coûter entre 1,4 et 2 milliards d'euros à Schneider Electric, ce qui aboutirait à une levée de capitaux comprise entre 800 millions et 1,4 milliard d’euros.

Reste enfin la question « sociale » qu’entraînerait une telle scission (Areva T&D compte 5 500 salariés en France, répartis sur huit sites). A ce sujet, Patrick Kron et Jean-Pascal Tricoire, les patrons respectifs des deux groupes français, ont systématiquement cherché à effacer tout malentendu dans leurs dernières interventions. « Une phase de cession est forcément anxiogène. Mais nous nous engageons sur le maintien des emplois et des sites. Notre offre est une construction industrielle et garantit la pérennité des activités », déclare ainsi le patron de Schneider dans le Monde.

Au final, T&D aura donc fait un « aller-retour » chez Alstom qui, en difficulté suite à sa scission d'avec Alcatel, avait du vendre fin 2003 à Areva cette branche pour 913 millions d’euros.




Areva T&D est un spécialiste de l'extra haute-tension (500 à 1 200 kV)

> Il prévoit une croissance de son chiffre d'affaires de 18 % cette année, à près de 6 milliards d'euros, contre 5,08 milliards en 2008 et 3,72 milliards d'euros en 2006.
> Le résultat opérationnel a atteint 560 millions en 2008, soit un taux de marge opérationnelle de 11,1 %.
> Avec un carnet de commandes rempli à hauteur de 5,8 milliards d'euros en 2008, Areva T et D dispose de plus d'une année d'activité assurée d'avance.
> Très impliqué en R&D dans les Smart Grid (gestion intelligente des réseaux), T et D se place sur un marché en fort développement, qui vise à optimiser les équilibres production/demande et l'efficacité énergétique.
> Son déploiement est désormais mondial, avec 68 sites industriels, une présence commerciale dans 100 pays et 31 000 salariés, dont 5 500 en France (8 sites).




 


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2 réactions

stemp1962 | 07/11/2009 - 21H26

Finalement le Buzz sur l'EPR est arrivé fort à propos après le Buzz de Cadarache pour faire mettre un genou à terre à AREVA...

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citoyen français | 07/11/2009 - 20H02

Évitons le désastre pour les joyaux technologiques français .Il n'y a aucun intérêt à démembrer une société qui fonctionne et continuera de fonctionner à merveille : 5 milliards de CA en progression constante , une marge opérationnelle de 12 % qui rapporte à l'état français et un carnet de commande plein !combien de société font une aussi bonne progression en temps de crise ! Nous ne pouvons pas vendre les fleurons technologiques français pour des intérêts politiques . Areva t&d , ce sont des hommes et des femmes qui s'investissent chaque jour dans leur travail et cela fonctionne très bien, alors qu'elle est la logique de vouloir vendre et dépecer cette entité ! Qui sera là pour soutenir la maison mère si elle rencontre des difficultés, T&D générant beaucoup de liquidités (40% du CA total) et permettant de favoriser les synergies industrielles (contrats, R&D) .quel est cette logique en temps de crise de dissoudre une entreprise d'état qui marche avec l'impact négatif que cela aura sur le plan social ! Sur la même logique pourquoi ne pas vendre la tour Eiffel à Alstom tant qu'on y est ! Ils pourront toujours se partager les étages et dire que c'est un projet industriel 100% français (100% perso plutôt ) Il faut conserver ce qui marche et l'aider si jamais il en a besoin ,nous l'avons fais pour les banques et l'automobile , alors faisons le pour Areva si c'est le cas (vu que ses besoins sont plutôt limitées étant donné les actions réalisées récemment )au lieu de l'amputer de son meilleur élément!

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