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EXCLUS DE L'EMPLOI, REPÊCHÉS PAR LES ENTREPRISES

Par PAR CÉCILE MAILLARD - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3223
Vincent Vauchel
Vincent Vauchel
© STÉPHANIE JAYET POUR « L'USINE NOUVELLE »

Le gouvernement a décrété la mobilisation générale en faveur de l'emploi des jeunes. Certaines entreprises se bougent déjà, redonnant leur chance à des moins de 26 ans peu qualifiés.

Après 2010, année des retraites, 2011 sera celle de l'emploi des jeunes. Le président de la République en a fait l'une de ses priorités, le gouvernement a reçu toutes les organisations syndicales pour évoquer le sujet, Medef et syndicats de salariés l'ont inscrit à leur agenda social. Il y a urgence : 24 % des actifs de 15 à 24 ans étaient au chômage fin 2010, selon l'Insee. Chaque année, 140 000 jeunes sortent du système scolaire sans diplôme. Pour eux, le chômage est de 49,2 %, contre 9,6 % pour les diplômés du supérieur. Alors, mobilisation générale, d'accord, mais comment ?

Un point fait consensus : aucun contrat spécifique ne sera créé. Un tel drapeau rouge ne s'agite pas un an avant une élection présidentielle ! De plus, les entreprises ne sont pas demandeuses. Laurence Parisot (Medef) l'a rappelé en décembre : « Pas question d'inventer un méandre de plus dans les usines à gaz des particularités contractuelles. » Lors de leurs rencontres, les partenaires sociaux travailleront plutôt sur l'accès au logement et sur l'orientation des jeunes. Qui ne se joue pas qu'à l'école, souligne Hervé Garnier, responsable emploi des jeunes à la CFDT : « Les filières mises en place par les États généraux de l'industrie pourraient dire où sont les emplois de demain... »

Nicolas Sarkozy a montré sa préférence pour l'alternance. « Il faut doubler » le nombre de jeunes en bénéficiant, sans dire en combien de temps. Ses ministres ont recadré l'objectif, le rendant plus réaliste : passer de 600 000 à 800 000 contrats d'ici à 2015. Des décisions seront prises avant la fin du premier trimestre, a promis Xavier Bertrand, ministre du Travail. Des mesures techniques sont envisagées : relèvement du quota obligatoire de jeunes en alternance de 3 à 4 % dans les entreprises de plus de 250 salariés ; modulation de la taxe appliquée en cas de non respect de ce quota ; exonération de charges pour les entreprises de moins de 250 salariés embauchant un apprenti.

Pour réussir une forte croissance du nombre de jeunes en alternance, il faut doter les Centres de formation d'apprentis (CFA) de nouvelles places, d'enseignants, et de logements. Nadine Morano, la ministre déléguée de l'Apprentissage, a annoncé que 500 millions d'euros du grand emprunt y seraient consacrés. Ces mesures seront-elles suffisantes pour inciter les entreprises à modifier leurs politiques de recrutement ? « Elles ont surtout besoin d'activité... » rétorque le DRH adjoint de Veolia, Christian Dapilly. Y a-t-il un lien ? Les deux tiers des PME comptent avoir moins recours à l'apprentissage en 2011. Les entreprises ont pourtant leur rôle à jouer. Certaines se sont déjà engagées dans des actions de recrutement de jeunes peu qualifiés, exclus du marché du travail. Découverte des dispositifs à l'oeuvre chez des pionniers nommés EDF, Veolia ou DCNS.

VEOLIA INVESTIT 20 000 EUROS PAR JEUNE SUR SES CAMPUS MAISON

Sur ses campus, Veolia Environnement ne délivre pas seulement de la formation. Elle offre également un cadre, un rythme, une remise en selle pour certains jeunes en difficulté. A Jouy-le-Moutier, dans le Val-d'Oise, campus « historique » du groupe ouvert en 1994, des jeunes en alternance, du CAP à l'ingénieur, partagent les mêmes pièces historiques du château, la halle technologique suréquipée en matériel moderne, la salle de conférences donnant sur la campagne. Cinq autres campus sont en train de se monter en France. Objectif : y accueillir 1 200 alternants en 2011, 2 000 fin 2012. 20 diplômes des métiers de l'eau, de l'énergie, de la propreté, des transports, peuvent y être obtenus. « Nous menons une politique volontariste en direction des publics en échec scolaire ou en difficulté, qui représentent environ 30 % de nos alternants, indique Christian Dapilly, le DRH adjoint de Veolia Environnement. Avec certains jeunes en CAP, nous sommes même à la limite de l'insertion. » Veolia s'est engagé à proposer un contrat à tous ceux qui obtiennent leur diplôme dans un de ses campus. Cela limite forcément le nombre de personnes accueillies. « Un jeune formé en entreprise coûte 20 000 euros par an, en formation, déplacements, rémunération, note Christian Dapilly. Nous préférons le garder ! »

« Il fallait que je trouve quelque chose »

Vincent Vauchel, 25 ans, sait ce qu'il veut. Ses 15 camarades de classe l'ont élu délégué, et on comprend vite pourquoi. Il a arrêté l'école à 16 ans, au milieu d'un CAP cuisine, puis travaillé dans la restauration et l'armée, qu'il quitte pour se rapprocher d'Abbeville (Somme), où il a une fille. Suivent une flopée de contrats d'intérim dans le BTP et l'industrie. « Mais il fallait que je trouve quelque chose de fixe, c'est dur la vie. » Recruté par Veolia, il prépare un CAP sur le campus du Val-d'Oise et travaille à Abbeville, dans le traitement des eaux usées. « C'est contraignant, les odeurs sont fortes. Mais je peux enfin voir mon avenir, avec une petite maison, des vacances avec ma fille. »

DCNS TROUVE UN EMPLOI À TOUS SES

« DCNS a le matelotage dans les gènes ! » s'exclame Jacques Vessot, responsable du recrutement à la DRH du groupe. Avec « les Filières du talent », l'entreprise navale renouvelle l'exercice. Entre 2008 et 2010, elle a accueilli en alternance via ce dispositif maison 303 jeunes sortis du système scolaire sans qualification. « Le but n'était pas de recruter, mais d'aider des jeunes en grande difficulté à s'insérer sur le marché de l'emploi », explique Jacques Vessot. Ces moins de 26 ans en galère ont été prérecrutés par Pôle emploi et les missions locales. « Beaucoup sortaient de troisième ou de seconde, et nous les avons amenés vers un bac pro », détaille Bertrand Le Fèvre, chargé du projet Filières du talent. A l'issue de la période d'alternance, ceux qui n'ont pas été embauchés par DCNS ont été accompagnés vers l'emploi pendant six mois par les unions locales de la métallurgie. Bilan : sur ces 303 jeunes, 115 avaient trouvé un travail fin 2010 chez DCNS, ses sous-traitants ou de petits chantiers navals. « Certains n'ont pas fini leur apprentissage, d'autres ont préféré reprendre leurs études ou n'ont pas souhaité être suivis », précise Bertrand Le Fèvre. L'expérience sera renouvelée.

« Maintenant, je sais que j'ai un avenir »

Vincent Reverdito, 22 ans, enfant de La Seyne-sur-Mer (Var), a toujours rêvé de travailler dans la « Navale ». Aujourd'hui, après quatre ans de galère, il est appareilleur-grutier-agent de bassin chez DCNS à Toulon. Et, c'est par voie de mer qu'il va au boulot, avec la navette de la rade. Le jeune homme a arrêté l'école à la fin de sa seconde, tenté un CAP de maçonnerie, enchaîné des CDD dans un port et a jeté l'ancre chez DCNS. Vincent Reverdito est recruté pour un an d'apprentissage dans le cadre des Filières du talent. Sur les six stagiaires formés par l'industriel à Toulon, deux ont été embauchés à l'issue de leur stage. Vincent en fait partie. « Maintenant, je sais que j'ai un avenir. »

DSF OFFRE UNE SECONDE CHANCE

« Les jeunes qui ont rencontré des difficultés sont très motivés, ils ont une revanche à prendre, ce sont de très bonnes recrues », s'enthousiasme Freddy Schneider, créateur de Diffusion spécialisée flexibles (DSF). Dans cette TPE lyonnaise, six salariés sur dix ont moins de 25 ans, deux viennent d'être recrutés en contrat de professionnalisation. Très spécialisée, son activité d'assemblage nécessite une intense formation interne, que le petit patron délivre d'habitude sans aide particulière. L'an dernier, son organisme de formation, Agefos-PME, lui demande pourquoi il n'utilise pas ses droits à la formation et finit par lui proposer une aide au recrutement avec l'appui de trois missions locales pour l'emploi. Quatre jeunes passent deux jours dans l'entreprise. Freddy Schneider, qui cherchait un apprenti, en prend deux ! « L'un d'eux a montré tellement d'enthousiasme pour le commercial que je l'ai gardé. » Embauchés en contrat de professionnalisation d'un an, les deux jeunes sont en CDI. « Un signe fort de notre engagement », souligne le patron. Enchanté par l'expérience, il espère la renouveler. « Notre activité est en pleine croissance, nous allons continuer à recruter par ce moyen. Et puis, pour ces jeunes, c'est une seconde chance. »

« Enfin, j'étais quelqu'un »

Yoann Grignand, 19 ans, s'est bien battu avant de trouver un CDI . « Le lundi, j'ai appris que mon contrat d'intérim se terminait. Le mardi, j'étais à la mission locale, le vendredi, je me rendais chez DSF... » Mal aiguillé vers une seconde technologique forestière et agricole qu'il n'aime pas du tout, il préfère arrêter ses études et travailler plutôt que redoubler. Après quelque mois sans emploi, il décroche une mission d'intérim dans la logistique et les transports. « J'ai chargé des camions pendant six bons mois. Ce n'était pas ce que je voulais, mais je n'avais pas le choix. Mon truc à moi, c'est le commerce ! » Une motivation perçue par le patron de DSF, qui l'a gardé. « Enfin, on me laissait une chance, on ne me jetait pas comme dans l'intérim, j'étais quelqu'un. J'ai foncé tête baissée. »

EDF REPREND LES RECRUTEMENTS EN-DESSOUS DU BAC

Dans l'accord « Défi formation » signé par le groupe EDF avec ses partenaires sociaux en septembre 2010, un chapitre entier est consacré à l'alternance. L'engagement : proposer chaque année 100 offres d'alternance permettant d'accéder au niveau CAP, avec promesse d'embauche. « Il existe une volonté forte du président d'EDF, Henri Proglio, de remettre en marche l'ascenseur social, notamment en reprenant les recrutements en-dessous du niveau bac », décrypte Marianne Laigneau, DRH groupe. À la rentrée de septembre 2010, 100 jeunes de 18 à 32 ans ont été recrutés dans toute la France, pour moitié en apprentissage, pour l'autre, en contrat de professionnalisation. Ils sont formés à des métiers techniques de production, distribution, transport d'électricité, plus rarement de contacts avec la clientèle. En 2010, tous niveaux de formation confondus, le groupe a accueilli 4 500 alternants, un moyen de trouver les compétences dont il a besoin pour faire face aux départs à la retraite, massifs. « Au moins 25 % de nos recrutements, en exécution et en maîtrise, devront être issus de l'alternance », note Marianne Laigneau.

« Une grosse entreprise, c'est rassurant »

Kété Lawson, 24 ans, depuis septembre, a repris le chemin de l'école. « On s'y remet vite. » Quelques années plus tôt, il a dû interrompre son bac pro chaudronnerie/robinetterie pour travailler. Après quatre ans et demi de CDD et d'intérim dans toute la France, il se retrouve sans emploi. Sa mission locale l'informe qu'EDF recrute des apprentis, notamment la centrale de Nogent-sur-Seine, à côté de chez lui. Il fonce ! Il est actuellement en première année de CAP chaudronnerie industrielle. « Une grosse entreprise comme EDF, c'est rassurant. Et une centrale nucléaire, c'est passionnant ! » Il gagne moins qu'avant (800 euros nets environ), « mais il y a deux ans à tenir, et après c'est bon ! »

L'IDÉE VENUE DES PAYS-BAS

PAS DE TRAVAIL SANS FORMATION, PAS DE FORMATION SANS TRAVAIL L'insertion des jeunes repose sur les communes, obligées par l'État, depuis 2009, de proposer travail, formation ou les deux aux jeunes. Un jeune ne touche les aides sociales de sa commune que s'il est engagé dans un de ses programmes de formation ou de recherche d'emploi. Dans un pays où tout chômeur est tenu d'accepter un emploi au bout d'un an, la mesure a fait chuter le chômage des jeunes (15-24 ans) de 13 % en 1995 à 8,7 % en 2010. 50 % des jeunes hollandais mènent de front emploi et formation.

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