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«Eviter d'entrer dans un processus d'achat dangereux pour la pérennité des entreprises»

Par Redaction L'Usine Nouvelle - Publié le
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Claude Cham, fraîchement nommé président de la plateforme permanente de concertation et d'échanges entre clients et fournisseurs de la filière automobile, explique comment cette structure va fonctionner et quelles sont ses priorités.

La structure opérationnelle de la plateforme d'échanges au sein de la filière automobile, dont la création a été décidée lors des Etats Généraux de l'automobile, a été mise en place le 28 avril par le Clifa et le CCFA. Entretien avec son président Claude Cham, administrateur de Magnetto Wheels France, et président du Sfepa et de la FIEV depuis le 29 avril. 

Quels sont les objectifs de la plateforme d'échanges ?

L'objectif numéro un de cette structure est que le maximum d'entreprises de la filière sortent de cette crise. Ensuite, dans cette période d'incertitude, il faut renforcer la filière pour qu'elle soit la plus compétitive possible. Pour cela, il faut améliorer la communication entre constructeurs et équipementiers, du rang 1 jusqu'à n, car l'industrie s'est profondément déconcentrée ces dernières années. Beaucoup de tâches ont été externalisées, ce qui a rendu la prise de risque beaucoup plus conjointe. Plus la filière aura un comportement cohérent, plus elle sera en mesure d'affronter la concurrence.

Allez-vous jouer un rôle dans les choix d'investissement du Fonds de Modernisation des Equipementiers Automobiles ?

Nous sommes consultés par le FMEA, avec lequel nous entretenons des relations étroites. Cependant nous n'avons pas vocation à être partie prenante du comité d'allocation des crédits.

Combien de membres composent la plateforme ? Comment ont-ils été sélectionnés ?

La structure permanente opérationnelle rassemble une centaine de participants, choisis au terme d'un processus de sélection au cours duquel nous avons privilégié la compétence. Toutes les tailles d'entreprises et tous les secteurs sont représentés. Il y a aussi un certain nombre d'experts transversaux.

De quelle manière va fonctionner la plateforme ?

Le comité de pilotage, constitué par les dirigeants, le Comité stratégique pour l'avenir de l'automobile initié lors des Etats généraux du secteur, les signataires du Code de bonne conduite et les observateurs de la DGCIS, se réunira au minimum deux fois par an. Le Comité stratégique pour l'avenir de l'automobile, lui, se réunira une fois par mois. La structure opérationnelle est dirigée par un bureau de trois personnes, reposant sur le principe d'une présidence tournante tous les deux ans entre représentants des constructeurs et des équipementiers, avec un secrétaire exécutif de l'autre bord [aujourd'hui, Patrick Blain, chargé de mission auprès du président chez Renault - ndlr]. L'idée est de privilégier l'efficacité, ce que nous avons réussi à faire jusqu'à présent. En effet, en deux mois et demi, depuis mi-février, à raison de deux réunions par semaine sous l'égide du gouvernement, la structure à l'origine de la création de la plateforme a réussi à négocier sa composition et son mode de gouvernance de la plateforme, malgré l'hétérogénéité des participants et les intérêts parfois divergents en jeu. Je trouve que nous avons été très rapides !

L'action de la plateforme s'organisera en quatre groupes de travail. Pouvez-vous nous en dire plus sur les priorités de chacun ?

Concernant le lean, des groupes vont avoir à charge de propager les bonnes pratiques tout au long de la filière. La responsabilité de diffuser les pratiques d'excellence opérationnelle prévue par le Pacte Automobile est donc dévolue à la plateforme.
Sur les compétences et les métiers de demain, il s'agit de réfléchir ensemble sur les technologies qui vont se développer : électronique de puissance, optimisation de la diésélisation du parc, hybridation, etc.
Le thème des TIC couvre tout ce qui touche à la dématérialisation : prise de commande, achat de biens d'équipement... La dématérialisation nécessite des accords entre les donneurs d'ordres et les équipementiers, et c'est l'un des points de friction, notamment pour la filière métallurgie.
Enfin, la façon dont fonctionnera le groupe sur les stratégies à moyen et long terme des donneurs d'ordres est encore en suspens : il est difficile de faire travailler ensemble des concurrents ! Son but est de faire en sorte que les donneurs d'ordres puissent éclairer leurs stratégies d'investissements pour les années à venir.
De manière générale, l'idée est d'associer à ces groupes de travail des structures déjà existantes, telles que la SIA, les pôles de compétitivité, et d'aller voir comment d'autres secteurs, tels que l'aéronautique, gèrent ces problématiques.

Comment allez-vous vérifier le respect du Code de bonnes pratiques, qui fait partie des mesures du Pacte Automobile ?

De vifs échanges relatifs aux délais de paiement, qui ont amené un certain nombre de tensions au sein de la filière, sont à l'origine de la création de ce Code. Nous voulons gommer ces tensions, mais cela ne se fera pas du jour au lendemain. Car le plus difficile à changer, ce sont les comportements. Nous avons décidé de mettre en place des plateformes de médiation, et le secrétaire exécutif a la charge de surveiller cela de très près. Si une entreprise constate que le Code n'est pas respecté, elle pourra le porter à la connaissance des médiateurs, qui ne pourront pas être issus de la filière achat. Ce qu'il faut à tout prix éviter, c'est d'entrer dans un processus d'achat dangereux pour la pérennité des entreprises. Signalons que le Code s'applique aussi entre équipementiers de rang 1 et n.

La plateforme a-t-elle vocation à perdurer au-delà de la crise ?

Oui.

Propos recueillis par Raphaële Karayan

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