Europe : le monde des affaires pointe l'urgence des réformes
Par Pierre-Olivier Rouaud - Publié learticles liés
"Un changement de fond dans la relation entre croissance et emploi", James S. Turley, PDG monde d'Ernst & YoungLa conférence WIC sur l'attractivité de l'Europe a été ouverte hier par Herman Van Rompuy, président du conseil européen. Dans une économie mondiale convalescente, les politiques et grands patrons présents assurent que l'Europe aura du mal à rester attractive en matière d’investissements internationaux sans une meilleure intégration économique.
"Plus aucune des 27 nations de l'Union européenne n'est aujourd'hui une puissance mondiale à elle seule. On doit prendre cette réalité en compte pour se réformer, c'est faisable." Lors de la table ronde d'ouverture de la World investment conference (WIC) qui se tient à la Baule sur le thème de l'attractivité de l'Europe jusqu'à vendredi, Herman van Rompuy, le président du Conseil européen a livré hier son verdict sur l'état de l'Union et les réformes à venir.
En regard des crises comme celle d'aujourd'hui, « La priorité est d'être mieux armé », a-t-il indiqué. Pour lui cela passe par « une plus grande discipline budgétaire, des procédures plus sévères, voire des sanctions à l'encontre des Etats sortant des critères du pacte de stabilité et de croissance européen.Il y urgence à réduire les différence de compétitivité entre les différents pays européens, car, selon lui « l'euro a joué un rôle de somnifère pour certains.»
Le président du Conseil a indiqué qu'il travaillait à l'idée d'un gouvernement économique plus fort de la zone euro. Une idée encore floue qui divise les capitales européennes. Paris plaide en ce sens, mais l'Allemagne, tout comme la Commission notamment sont réticentes, préférant s'en tenir aux règles actuelles du pacte de stabilité.
Les 27 travaillent aussi à la mise sur pied d'une stratégie commune dite « 2020 », qui doit prendre la suite de la stratégie de Lisbonne, mais n'aborde pas explicitement ces questions de gouvernance économique. Un sommet sur ce thème est prévu à Bruxelles les 17 et 18 juin.
Suite notamment au rapport récent de l'italien Mario Monti, Herman Van Rompuy a aussi fortement plaidé pour un approfondissement du marché intérieur , « un moyen de relancer la croissance » alors que chacun évoque ici sans cesse les vigoureux taux de croissance de la Chine, l'Inde ou le Brésil sans parler de la reprise américain plutôt convaincante.
Un manque patent de coordination de l’Europe
Thomas Enders, patron d'Airbus présent à la Baule ne s'est pas emparé des questions institutionnelles, mais a néanmoins défendu lui aussi une plus grande intégration de l'Europe. « Lors de l'affaire du volcan islandais, on s'est rendu compte à quel point l’Europe manquait de coordination. Il y a bien une agence aérienne européenne, mais chaque pays a agi dans son coin créant une grande confusion ». Le patron d'Airbus a évoqué aussi l'exemple de l'A400m, « c'est un programme commun à plusieurs pays, mais nous avons du négocier avec chacun des 7 partenaires séparément », a-t-il regretté.
Pour le patron du groupe aéronautique, la crise est une « alerte » pour l'Europe dont les pays ont notamment trop dépensé ces dernières années
Herman Van Rompuy s'est pourtant d'une certaine manière voulu rassurant. « Nous n'avons pas connu d'Apocalypse monétaire. On traversé une période très difficile, mais on n'a pas échoué. A partir du 24 avril, on a en quelques jours inventé une réponse à la crise grecque et mis sur pied un mécanisme de secours de 750 milliards d'euros le 7 mai malgré les questions institutionnelles difficiles que cela posaient. La BCE a revu certaines de ses règles. Tout cela ce ne sont pas des phrases vides».
Renouvelant le besoin de réforme de l'Union, il s'est montré assez optimiste sur sa capacité à rester une zone attractive en matière économique et à attirer les investissements internationaux alors que Ernst &Young vient de livrer un rapport montrant que le nombre de projets a reculé de 11% l'an dernier en Europe à 3303 sous l'effet de la crise (Lire "La france deuxième pays d'accueil en Europe des investissements")
« L'Europe est la première zone économique mondiale avec 500 millions d'habitants vivant dans la paix et la stabilité avec un haut niveau d'éducation. Et je pense que le monde ira a terme vers un modèle de type européen » a assuré Herman Van Rompuy. Raya al-Hassan, ministre des finances du Liban également présente à la Baule lui a donné quitus. « Malgré tous ses problèmes, la construction européenne reste pour nous un modèle et notre pays qui a connu des jours très difficiles veut s'y associer le plus étroitement possible » a-t-elle lancé.
Ce matin lors d'un autre table ronde James S. Turley patron mondial du cabinet Ernst & Young a émis un avis dissonant. « Quand on regarde aux Etats-Unis ou en Asie, je n'ai pas le sentiment que l'on se dirige vers un modèle comparable à celui de l'Europe, notamment en matière de temps de travail ou d'avantages sociaux ».
Il manque à l'Europe l'appétit de gagner.
Ben Verwaayen, le patron d'Alcatel-Lucent, ce matin également lui a emboîté le pas en jugeant absolument critique le besoin de privilégier la croissance sur le Vieux continent. « Nous vivons une crise très profonde de leadership au plan mondial. Croître doit être une priorité absolue sinon nous ferons payer le prix de nos erreurs à nos enfants. Cela passe par des réformes du marché du travail notamment. Il manque à l'Europe l'appétit de gagner. On sait ce que l'on doit faire. Tout est question de volonté » Citant un simple exemple, celui de l'impossibilité des 27 à se mettre d'accord sur la constitution d'un brevet européen unique ou la décision de la plupart des pays européens d'investir séparément lors des plans de relance dans des « industries du passé » comme le BTP ou l'automobile plutôt que dans les TIC.
Tous en tout cas sont tombés d'accord sur la nécessité d'investir d'avantage dans la R&D et l'éducation pour le futur du continent. « Nous avons besoin de 12 000 ingénieurs chaque année, on n'en trouve que 9 000 , il y a donc encore des progrès a faire à indiqué hier Thomas Enders. « Mais on doit le faire de manière intelligente. Il faut éviter de travailler séparément sur les mêmes choses notamment en R&D. Cela passe là encore par une meilleure intégration de nos économies». Les chefs d'Etat et de gouvernements répondront-ils présents ?
A La Baule Pierre-OlivierRouaud

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