Euro qui comme Ulysse
Le 19 mars 2010 par Fabrice Frossard
Les grecs ont visiblement un don pour la saga. Homère a laissé des traces.
Pour le plus grand bonheur des exportateurs européens, l’euro n’en a pas fini de dévisser cette semaine face au billet vert pour se stabiliser à 1,368 dollars jeudi. L’incertitude persistante sur un plan de sauvetage de plus en plus virtuel pour sauver les finances grecques n’en a pas fini d’accentuer la fébrilité des marchés. La psychorigidité allemande avec son discours simple, une économie faible n’a rien a faire dans la zone euro implique à la fois un éventuel recours au FMI et en creux un affaiblissement de l’euro à court terme. Une stratégie qui profiterait bien évidemment à l’Allemagne, le premier exportateur de la zone euro, mais déstabiliserait un peu plus le bloc euro et son rôle de stabilisateur dans le commerce monétaire mondial. L’Allemagne dynamiserait ainsi son commerce extérieur au détriment de la Grèce et du bloc européen dans son ensemble…Et continuerait d’agacer Christine Lagarde dans ce duel à fleuret moucheté qui a sans conteste été le feuilleton de la semaine. Petit effet collatéral, le baril de pétrole s’affichait légèrement à la baisse sous les 80$ du fait d’un renforcement de la monnaie américaine face à l’euro, mais aussi du fait du manque de visibilité sur la demande mondiale.
La régulation en suspens
Pendant ce temps, Wall Street n’en finit pas de monter. Mercredi, l’indice clôturait ainsi à 10.733,67 points, son plus haut depuis octobre 2008. La raison est double : un maintien par la FED du statu quo sur les taux directeurs et un recul cette semaine des prix à la production aux Etats-Unis en février. En clair, l’inflation n’étant pas au rendez-vous, la machine à liquidité de la banque centrale, dont le rôle est, entre autre de juguler l’inflation, n’a aucune raison de se tarir par une remontée du prix de l’argent. Toutefois, la santé insolente de Wall Street ne doit tromper personne, les volumes d’échanges restent faibles, preuve que la prudence reste de mise dans un contexte incertain ou chacun attend un repli évident. Sans savoir quand. A l’occasion peut-être d’une loi sur la régulation financière proposée par le chef de la Commission bancaire du Sénat, Christopher Dodd. Une loi qui devrait être discutée le 22 mars prochain et dont l’objectif est de laisser à la Fed la supervision de banques et institutions ayant plus de 50 milliards de dollars d’actifs. Pour Ben Bernanke, cette loi, si elle passait, ôterait à la Fed une vue d’ensemble de l’économie américaine au travers du prisme des 6 000 banques actuellement surveillées contre une quarantaine si la loi passait. D’un autre côté, la crise de 2007 n’a pas démontré l’efficacité de la Fed a réguler le système. Et pourtant, la banque centrale reste la plus apte pour ce faire. Une quadrature du cercle d’autant plus complexe qu’une précédente loi votée en décembre accentuait le rôle de la Fed comme agent de régulation.
Les parapétrolières en vedette
Cette fébrilité du marché a été patente à la Bourse de Paris. Le CAC 40 a baissé cette semaine malgré de très bons indicateurs américains, que ce soit les prix à la production, les inscriptions au chômage en phase avec les attentes des analystes ou encore l’immobilier. En cause, d’une part les prises de bénéfices, mais aussi de nombreuses incertitudes suite à plusieurs séances de hausses. Du côté des valeurs, les parapétrolières se sont très bien tenues : Bourbon gagnait 4,124 à 31,50 euros, Maurel et Prom 4,59% à 11,95 euros et Vallourec 1,66% à 146,95 euros (cours jeudi à la cloture). Presque industrielle, la valeur de Bolloré a elle baissé de 1,32% à 120 euros tandis que Lagardère gagnait 0,69% à 27,83 euros suite à l’annonce de l’ouverture de négociations exclusives pour la reprise par Bolloré Média de la chaîne de télévision Virgin 17 (groupe Lagardère).
Pour sa part, l’action Dassault aviation progresse de 2,12% à 552,49 euros après la publication des résultats 2009 du groupe. Des résultats affichant pourtant un bénéfice net annuel à 275 millions d’euros en recul de 31% par rapport à 2008 après l’amortissement de Thales (316 M€). Cette légère hausse et les recommandations d’achats spéculent sur les éventuelles ventes de Rafale au Brésil ou aux Emirats Arabes Unis, la seul aviation d’affaires ne devant pas faire de miracle cette année selon l’avionneur.
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