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Etre ou ne pas être "made in France" ?

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Tribune Pour Arnaud Groff, président de La Fabrique à Innovations, le "made in France" doit faire l’objet d’une "mise à jour" du concept, de ses freins et des bonnes pratiques pour le développer.

Etre ou ne pas être made in France ? © DR

Après vingt ans de rêves et de mépris de l’esprit créatif et innovant des autres pays, la France et son élite redécouvre l’intérêt de savoir produire et d’écouter les idées qui viennent des territoires de France. Redécouvrir le fabriqué en France doit donc faire l’objet d’une "mise à jour" de ce que cela signifie aujourd’hui pour éviter le syndrome de la fausse bonne idée.

Protectionnisme ou stratégie de conquête ?

Le made in France (MIF) ne doit pas être une réaction de protectionnisme mais bel et bien une action de conquête et de croissance internationale. Focaliser la stratégie du made in France uniquement en l’imaginant pour le marché intérieur serait très rapidement prise pour une action de protectionnisme. Il faut bien sûr proposer aux Français une offre de marché lui permettant de soutenir son économie, celle dans laquelle leurs enfants, leurs petits-enfants doivent pouvoir y travailler dignement. Mais il faut aller plus loin. La valeur du MIF est très reconnue à l’étranger. Par exemple, à Shanghai, les produits certifiés France se vendent avec de fortes marges. Il faut donc chercher la valeur ajoutée dans chacun de nos domaines et proposer des produits et services à forte valeur ajoutée.

Or, des connaissances ont disparu en France car l’intergénérationnel ne s’est pas toujours bien fait et nombre de retraités sont partis avec leurs savoirs. Des savoir-faire sont également partis à l’étranger et pas forcément de l’autre bout du monde. Il suffit par exemple de passer le Rhin pour trouver tout la connaissance sur les démarreurs de voiture.

Aujourd’hui, nous avons pris conscience qu’il convient de protéger certains savoir-faire autrement que par l’unique stratégie brevet : par la formation continue défaillante en France car détournée de son intérêt pour financer les organisations syndicales, par la transmission des savoirs entre les générations, par l’implication et l’engagement dans l’aventure humaine que doit être le vie d’une entreprise.

Plus qu’une étiquette sur un produit

La simple étiquette MIF ne suffira pas. Le consommateur étranger attend derrière cette appellation un ensemble de caractéristiques qu’il associe à la France et sa culture : style, qualité, ingéniosité, technicité, singularité etc... et bien sûr l’innovation et pas uniquement technologique. Or, à ce jour, la France commence seulement à soutenir l’innovation non-technologique, ce qui laisse présager de superbes opportunités dans les services mais également de la reconquête de la compétitivité de l’outil de production France via des innovations relatives dans le domaine des organisations, du management.

Par exemple, la tong 100% France My Tatane. Cette chaussure personnalisable à volonté, produite par un plasturgiste automobile, a permis à ce partenaire de se concentrer sur l’innovation organisationnelle et industrielle pour adapter son outil de productions aux demandes de demain, à savoir des quantités moindres, des matières premières nouvelles etc… Et en produisant une tong en plastique biosourcé, hypoallergénique, il pourra facilement proposer à ses clients automobiles des innovations technologiques.

Un simple problème du coût du travail dans nos usines ?

Bien sûr, tout ceci a un coût mais cela rapporte durablement. Et la perte de compétitivité de l’outil de production France n’est pas un problème du coût du travail sur la chaine de production si celle-ci est agile et optimisée intelligemment.

Après 24 mois d’expérimentations et de rencontres dans les chambres consulaires un peu partout en France, nous pouvons faire le même constat. Si le produit fabriqué en France se retrouve à des prix difficilement défendables, nous retrouvons toujours les mêmes causes, qui ne sont pas liées au coût du travail :
- Des négociants en position de monopole abusif ou au mieux d’oligopolitisme (entre copains) sur les matières premières. La PME  productrice de vraie valeur ajoutée se retrouve déjà avec un handicap.
- Des professions du commerce qui défendent un modèle peu éthique et obsolète en osant prétendre qu’il est légitime pour eux de défendre des marges de 80% net.
- Le manque de dialogue social qui est moins impactant dans les petites structures et qui nous laisse à penser que c’est chez nous, les petits, que nous réinventerons une économie plus responsable économiquement, socialement et écologiquement.
- Un organisme de normalisation Afnor, défendeur du lobbying des grands groupes français sur le marché intérieur et acceptant de travailler sur des normes qui tueront notre capacité créative.

Pour certaines causes il ne faut pas jeter la pierre, mais chercher à comprendre. C’est le cas des commerçants, qui expliquent pour certains les raisons de cette dérive. Mais est-ce à l’industrie française de subventionner l’obsolescence de leur modèle. Ne faut-il pas revoir leur organisation ? Ne faut-il pas réglementer un peu plus l’immobilier professionnel trop libéral ? Attention, la non remise en question de cette profession et de ses contraintes représente un tapis rouge pour Amazon.

Pour les autres causes, je serai moins indulgent. Dans ces moments de remise en question, nous devons consacrer nos efforts vers ceux qui souffrent et qui sont au bout de la chaine. Ces métiers de négoce et de normalisation s’adapteront, je leur fais confiance.

Plus qu’un choix industriel ?

Le made in France doit aller bien au-delà d’une simple décision stratégique du dirigeant qui décide du jour au lendemain de produire tel ou tel objet en France. En effet, pour qu’il soit viable et compétitif, le made in France nécessite l’intégration de cette caractéristique le plus en amont possible du processus de conception. Le simple constat de l’équipe de direction en fin de démarche d’innovation de la non viabilité du projet s’il est produit en France n’est plus acceptable et ne doit plus être pris comme une simple fatalité.

Une stratégie du made in France nécessite donc de concevoir ou repenser les produits dans leur conception pour que le processus de fabrication intègre les contraintes et avantages inhérents à la production en France (certaines matières premières, savoir-faire, technicité..). A partir des ces éléments, tant sur les choix techniques que sur les choix méthodologiques ou industriels nous pouvons trouver de nouveaux leviers de compétitivité.

C’est exactement ce que nous avons dû faire en industrialisant des tongs en France notamment en adoptant l’approche Ikea pour limiter le coût de main d’œuvre à faible valeur ajoutée et en proposant au consommateur de monter lui-même sa tong. L’innovation consiste à partir de cette contrainte technique de mobiliser la créativité de toute votre équipe pour trouver en quoi monter sa propre tong peut devenir une valeur ajoutée pour le client.

Sept principes à appliquer :

- Organiser notre économie productive autour de bassins d’activités, qui s’appuient sur les entreprises des territoires, sans se préoccuper du découpage administratif des régions et départements pour développer l’agilité de nos territoires. 
- Faire la promotion d’une vision plus ouverte et moins élitiste de l’innovation pour redonner à chacun les moyens d’être acteur et créateur du monde dans lequel il vit (décloisonner, éviter la consanguinité des organisations, faire la promotion de l’innovation managériale dans les PME)
- Baser notre politique d’innovation principalement sur l’innovation participative qui a permis de construire les principales innovations sociétales de notre pays depuis plus d’un siècle : de la création des sapeurs pompiers à la mise en place de primes pour les bonnes idées chez Michelin dans les années 50…
- Rendre l’appareil productif français plus agile en généralisant le modèle de la start-up La Fabrique à Innovations, qui créé le principe d'"open fabrication" : solution qui permet d’augmenter la rentabilité des savoirs et compétences de nos PME par une agilité dans l’exploitation ouverte de leurs moyens de production (exemple de l’imprimeur à Marseille) sur de multiples projets. Une des exigences est le décloisonnement et la modernisation des Chambres consulaires et la simplification des réseaux régionaux d’innovation (RRI)
- Faire la promotion d’une nouvelle approche de la conception de produits et services innovants. Il faut que la responsabilité des entreprises aille jusqu’à concevoir des solutions innovantes qui intègrent à la fois les usages, les besoins clients, mais également le plus en amont possible les contraintes culturelles, administratives et législatives pour concevoir techniquement et économiquement des projets d’innovation viable en France.
- Prendre en main nos responsabilités et construire une vraie autorité stratégique de défense des intérêts des 83% d’entreprises de France (TPE/PME) agissant directement à Bruxelles via des lobbyistes impliqués et en utilisant les lois actuelles permettant de favoriser le Made in France comme par exemple la loi sur le SBA qui permet de privilégier une entreprise du territoire sur les marchés publics en toute légalité (loi votée en 2005 et très peu appliquée en France)
- Utiliser le numérique comme promoteur de cette révolution industrielle : révolution grâce aux nouvelles technologies notamment la technologie des imprimantes 3D, révolution grâce aux technologies de l’information qui permettent aux innovations sociétales de se fédérer et d’être plus fortes pour se libérer des prisons procédurières que notre pays a mis en place et qui ont créé des inégalités territoriales. Quand le collectif et la diversité passent outre les processus en place pour avancer, c’est l’ensemble des forces créatrices de nos territoires qui s’expriment.

Nous avons conçu La Fabrique à Innovations de cette manière avec comme objectif d’intégrer ces sept principes dans notre modèle. Et si les citoyens décidaient d’arrêter de s’indigner et utilisaient leur énergie pour produire et agir de façon collaborative ?  Nul doute qu’on pourrait avoir des résultats concrets très novateurs, au delà de tout conservatisme politique ou administratif.

Dr Arnaud Groff, président de La Fabrique à Innovations

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1 commentaire

Nom profil

27/05/2014 - 17h49 -

merci, Dr Arnaud Groff, président de La Fabrique à Innovations de cette "mise à jour" exercée " enfin !! " par un "professionnel "de l'innovation ...
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