Ethera évalue l'air in situ
Par AURÉLIE BARBAUX - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3236
L'air de nos maisons serait vicié. En cause, des polluants chimiques volatiles, issus de colles pour moquette et de certains contre-plaqués. Jusque-là, pour les mesurer, il fallait remplir d'air un tube et le porter dans un laboratoire. La start-up grenobloise Ethera avance une solution pour réaliser les mesures in situ. Elle exploite des matériaux nanoporeux développés par la chercheuse Thu-Hoa Tran-Thi, du laboratoire Francis Perrin (CNRS/CEA-Iramis) à Saclay. Ces derniers sont capables de piéger, filtrer et même de concentrer des molécules de formaldéhyde (ou formol, reconnu cancérigène), présentes dans l'air, même à une infime concentration. Associés à des molécules sondes, ils changent de couleur en fonction de la proportion du gaz cible mesuré, en quelques minutes. Le potentiel de cette découverte n'a pas échappé à Yves Bigay et Sylvain Colomb, deux ingénieurs du CEA en charge de la valorisation. À tel point qu'ils ont profité du programme d'essaimage de l'organisme de recherche pour fonder, avec la chercheuse Thu-Hoa Tran-Thi, leur entreprise, à Grenoble, en mars 2010.
Lauréate 2010 du concours du ministère de la Recherche, Ethera a aussi séduit les fonds Emertec Gestion et CEA Investissement, qui ont misé 1,2 million d'euros sur la technologie. De quoi porter l'effectif à huit personnes et installer sur le site de Minatec Entreprise un centre de production. « Nous allons lancer la commercialisation de nos kits de mesure pour professionnels d'ici à la mi-2011. Ils comprennent un lecteur électronique, qui coûtera entre 1 000 et 1 500 euros, et les capteurs consommables, qui reviendront à environ 70 euros l'unité », explique Sylvain Colomb. Une offre pour les particuliers est également prévue. Et d'autres polluants, comme le benzène devraient être mesurés, voire piégés, pour dépolluer l'air. À terme, l'entreprise pourrait employer jusqu'à 30 personnes.
Ethera a développé des capteurs synthétiques transparents qui changent de couleur en présence de molécules de formaldéhyde dans l'air, même pour des concentrations inférieures à 10 microgrammes/m³. Les surfaces internes de ces capteurs nanoporeux contiennent une molécule sonde déposée par un procédé sol-gel. Un lecteur électronique associé effectue la mesure en quelques minutes.
L'Agence nationale de la sécurité sanitaire, alimentaire et d'environnement du travail (Anses) propose de fixer, par décret, à 30 microgrammes/m³ la limite maximale acceptable de formaldéhyde dans l'air des habitats.











