Etats généraux de l’industrie : « réindustrialiser le pays grâce aux filières d’innovation comme la pharmacie » (Leem)
Par Matthieu Maury - Publié le
Christian Lajoux, président du Leem (Les Entreprises du Médicament), nous expose les attentes des laboratoires vis-à-vis des Etats généraux de l’industrie.
Quelles sont les problématiques que l’industrie pharmaceutique souhaite voir abordées dans le cadre des Etats généraux de l’industrie ?
Christian Lajoux : « D’un point de vue général, le décrochage industriel de la France est frappant à travers certains chiffres, comme l’évolution de la part de l’emploi industriel dans l’emploi total : 25,1 % en 1997 à 13,6 % en 2007. Nous nous réjouissons que Christian Estrosi souhaite investir dans la réindustrialisation du pays grâce aux filières d’innovation, dont la pharma fait partie intégrante.
Pour continuer à jouer un rôle important, face aux mutations internationales du business model et de la R&D, l’industrie du médicament en France doit répondre à plusieurs questions. Comment attirer les investissements dans la recherche en biotechnologies ou dans les nouvelles technologies de santé ? Les positions fortes de la pharmacie dans notre pays, en termes d’emploi ou d’exportations, ont sans doute masqué nos faiblesses en R&D. Comment transformer les sites de production chimique de médicaments en production biopharmaceutique et de génériques ? Ou encore comment créer une véritable filière des industries de santé ? Par exemple, nous importons en très grande partie les machines-outils et le matériel de production (électronique, numérique…), alors que nos 206 sites de production et de R&D, ainsi que les centres hospitaliers et instituts de recherche publics, représentent un gros marché.
Nous percevons positivement la convergence de plusieurs processus. Outre les Etats généraux de l’industrie, le Comité stratégique des industries de santé (CSIS) se tiendra le 26 octobre sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Réunion entre les laboratoires et les pouvoirs publics, sa vocation consiste à redéfinir les conditions d’attractivité et de compétitivité de la France en matière d’industries de santé. Au Medef, la commission économique a également engagé une réflexion sur les entreprises de santé.
Nous sommes satisfaits de voir que le médicament n’est plus stigmatisé comme une charge pour la société et développe son image d’innovation et de créations d’emplois. »
Quelles mesures attendez-vous ?
CL : « Nous appelons à plus de maillage dans une logique de clusters : entre les grands groupes et les PME (il est nécessaire de faire grandir les petites entreprises en ETI à l’allemande), entre l’industrie et la recherche publique. Il faut aussi plus de dialogue avec les autorités politiques et muscler les 8 pôles de compétitivité de la santé, dans leurs ambitions et leur fonctionnement.
Nous revendiquons des simplifications administratives pour plus de lisibilité, notamment dans les aides aux PME.
Nous préconisons une meilleure valorisation des brevets pour entrer dans une véritable culture du brevet et de l’entrepreneuriat. Il faut motiver, notamment par des financements adéquats, à la création d’entreprises suite à un dépôt de brevet.
Nous invitons à augmenter la pluridisciplinarité pour accélérer l’innovation. Dans les sciences du vivant, la biologie doit discuter avec les mathématiques, avec la physique. Pour prendre un exemple, ce n’est pas en réalisant des recherches sur la bougie, que l’on a inventé l’électricité.
Nous demandons un investissement dans les filières de formation sur les nouveaux métiers des industries de santé : biotechnologies, nanotechnologies… Nous avons besoins de chercheurs, mais aussi de techniciens.
La France dispose déjà d’institutions et d’outils, mais il est nécessaire de les améliorer et de les intégrer au sein d’une grande ambition politico-industrielle. Nous n’avons pas le choix, il faut le faire, car les autres pays ne nous ont pas attendu pour avancer en ce sens. »
2 réactions
nounours | 20/10/2009 - 13H18
"entre les grands groupes et les PME (il est nécessaire de faire grandir les petites entreprises en ETI à l’allemande)" : entièrement d'accord. Il n'en reste pas moins que la "grande" entreprise hexagonale du secteur ne s'est jamais vraiment illustrée dans ce domaine.
J'entends que votre parole est "libérée" et comme l'ouvrier de la onzième heure, vous serez certainement le serviteur le plus zélé de la cause des PMEs du secteur. Elles en ont bien besoin.
Tartempion | 19/10/2009 - 17H32
"Dans les sciences du vivant, la biologie doit discuter avec les mathématiques, avec la physique."
Certes, mais encore faut-il qu'en France, les personnes qualifiées soient écoutées, non pas parce qu'elles sont la fille ou le fils d'un tel, ou d'une telle ; mais tout simplement quand lesdites personnes sont Dr en quelque chose...

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