Et si vous passiez à l'électrique...
Par Anne Léveillé - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3191La voiture électrique devient, enfin, une réalité. Les premiers modèles seront disponibles cet hiver. Bien étudiée, la solution peut être rentable pour les flottes d'entreprise. A moins qu'elles ne lui préfèrent l'hybride.
Ça y est ! Dans quelques mois, les premières voitures électriques seront sur le marché. Mis à part quelques particuliers soucieux d'être à la pointe des technologies, les gestionnaires de flottes vont être les premiers à s'intéresser à ce mode de propulsion. Pour plusieurs raisons. Du fait de l'usage que les entreprises et les collectivités locales font d'une partie de leurs parcs (tournées prédictibles, zones urbaines ou semi-urbaines), elles peuvent s'affranchir des contraintes liées à l'autonomie. S'appuyant sur les infrastructures de stationnement dont elles disposent en interne, elles peuvent facilement déployer des bornes de recharge. Finançant pour la plupart leur parc en location longue durée, elles pourront aussi, plus aisément qu'un particulier, amortir le prix d'achat sur la durée de vie du véhicule. Pour Steven Blanchard, le chef de marché grands comptes chez le loueur Leaseplan,« il y a encore trop d'incertitudes sur les prix, l'après-vente, la durée de vie des batteries et les infrastructures de recharge pour que nos clients passent à l'acte, mais ils sont très demandeurs ».
La demande est d'autant plus forte que les premières voitures carburant aux 240 volts pointent enfin le bout de leur capot ! PSA commercialisera cet hiver ses petites Ion et C0, fabriquées au Japon par Mitsubishi et équipées de batteries nouvelle génération au lithium ion. Renault suivra rapidement avec une gamme de quatre modèles, dont deux sortis des lignes de Maubeuge et Flins. Et, d'ici à 2013, Mercedes leur emboîtera le pas avec sa Smart électrique, BMW avec ses Mini et Série 1, ou Volkswagen avec sa Golf. Ciblant davantage le marché des quadricycles, et donc des petits engins de livraison adaptés aux centres-ville ou aux projets d'autopartage « autolib », des petits fabricants comme FAM, Eco&mobilité, Matra, ou Heuliez proposent eux quelques modèles ingénieux capables de répondre à des besoins spécifiques.
HYBRIDES : POLYVALENCE ET FINANCEMENT CLASSIQUE
Moins radicale, puisque davantage polyvalente, l'offre de voitures hybrides va également s'étoffer. Toyota va compléter sa gamme Prius par une version Plug-in rechargeable (20 km d'autonomie électrique contre 2 km pour le modèle actuel), Opel lancera son Ampera (100 % électrique + groupe électrogène essence) et PSA commercialisera en 2011 sa 3008 hybride-diesel. Les professionnels disposeront alors de véhicules performants en termes d'autonomie et d'émission de CO2. Mais le fait que la TVA ne soit pas récupérable sur l'essence handicape des modèles comme la Prius et limite leur compétitivité face à des berlines diesel. De plus, les gros rouleurs ont peu d'intérêt à passer à l'hybride. Pour Steven Blanchard, du loueur Leaseplan, « le gain de consommation des hybrides est intéressant principalement en ville. Mais basculer sur ces modèles peut être avant tout un choix d'image pour nos clients ».
Concernant leurs financements, les hybrides ne posent pas de vrais problèmes. N'utilisant que peu de batteries, ils se financent comme une voiture classique, à crédit ou en location longue durée. Une voiture électrique, en revanche, nécessite de réinventer le modèle économique traditionnel des flottes. Vu les faibles quantités produites, son prix de vente est aujourd'hui dissuasif. Pour exemple, la Mitsubishi I-Miev, soeur jumelle des Peugeot Ion / Citroën C0, s'affiche au Japon à 32 000 euros, répartis à part égale entre la voiture et les batteries. Par comparaison, une Twingo thermique - de taille équivalente à la Ion - coûte, elle, moins de 10 000 euros... Un surcoût difficile à faire passer, même auprès des gestionnaires de parc les plus écologistes.
L'idée des constructeurs est donc de ne pas vendre ces voitures, mais de les louer. S'il accepte déjà les précommandes pour ses Fluence et Kangoo électriques, Renault se refuse à annoncer un tarif. Peugeot est plus transparent. Les mensualités de ses Ion / C0 tourneront autour de 500 euros. Pour ce prix, l'entretien, la maintenance et des services d'assistance comme Peugeot Connect seront assurés.
PROFITER DU FAIBLE COÛT AU KILOMÈTRE
L'utilisateur n'aura alors qu'à ajouter le coût de sa consommation électrique. Et c'est là que tout se joue. Chef du service transports et mobilité de l'Ademe, Patrick Coroller souligne les avantages de la solution électrique : « Sans tabler sur la hausse du baril, il faut aujourd'hui dépenser environ 10 euros pour parcourir 100 km en ville avec une citadine essence. Sa concurrente électrique ne consommera que 20 kWh, soit l'équivalent de 2 euros. » Une aubaine qui durera tant que l'Etat ne taxera pas l'électricité « carburant » au même niveau que le pétrole. Pour Patrick Coroller, « dans les faits, la location de la batterie est remboursée par le gain en carburant et, lorsque les voitures électriques seront produites en grande série, il n'y aura plus aucune raison qu'elles soient plus chères, hors batterie, qu'un modèle thermique. » Un optimisme que ne partage pas le loueur Arval. Selon lui, bonus de 5 000 euros déduit, le coût total d'utilisation (le TCO) d'une citadine électrique serait de 30 % supérieur à son équivalent diesel, et de 15 % pour un utilitaire...
L'UTILISATION DU VÉHICULE DÉTERMINANTE
Pour profiter au maximum du faible coût au kilomètre offert par les véhicules électriques et pour optimiser leur TCO, les entreprises vont devoir apprendre à analyser au plus juste leurs besoins et à organiser leurs déplacements de façon à faire rouler leur voiture zéro émission plus de 100 km par jour. En s'appuyant sur les outils comme Greenovia de La Poste ou le « Guide des acheteurs » de Peugeot Professionnel, il s'agira tout d'abord de déterminer les voitures qui gagneront le plus à passer au mode électrique. Les chiffres dépendent de l'utilisation. Fonctionnant beaucoup par tournées, La Poste compte basculer 25 % de son parc. Gérant majoritairement des voitures de fonction ou des véhicules de gros rouleurs, Leaseplan ne s'attend pas à ce que plus de 2 % de ses clients soient intéressés.
Les constructeurs tentent aussi de dédramatiser l'usage de la voiture électrique. Par exemple, pour les utilisateurs craignant la « panne sèche », Marcel de Rycker, le directeur des ventes entreprises de Peugeot, a prévu que toutes ses voitures électriques soient équipées de boîtiers indiquant le niveau de charge et les points de recharge rapide les plus proches. Réduisant la durée de vie de la batterie, ces dernières ne pourront être utilisées qu'en dépannage. Les sociétés devront privilégier les prises de recharge lente, qui nécessitent de rester branché 6 à 8 heures, pour ne pas trop entamer la durée de vie de leurs véhicules. Si tout se passe bien, l'harmonisation du format des prises devrait se décider « très prochainement » au niveau européen. Si leur design n'est pas encore connu, leur puissance sera comparable à celles d'un four ménager. Il ne sera donc pas nécessaire de tirer des lignes de force. L'expérience actuellement en cours à Strasbourg montre ainsi qu'il est possible de recharger, sur du simple 220 volts, des Toyota Prius Plug-in, mais également des voitures 100 % électriques.
Face à toutes ces avancées, le marché commence à répondre présent. De nombreuses entreprises et collectivités sont prêtes à jouer la carte écologique. Le mois dernier, 50 000 promesses d'achat ont été présentées par Jean-Louis Borloo, le ministre de l'Ecologie. Conscients de l'intérêt d'enclencher le processus, tous souhaitent soutenir cette nouvelle technologie. Mais n'est pas philanthrope qui veut, et on peut parier qu'elle sera abandonnée si elle grève durablement la compétitivité de leur parc. À court terme, les « pionniers » seront soutenus par divers aides d'Etat. Mais, au-delà de l'actuelle exemption de taxe sur les véhicules de société, les professionnels espèrent que de nouveaux avantages fiscaux seront présentés, en septembre, lors du projet de loi de finances 2011. Pour l'heure, Jean Louis Borloo s'est engagé à ce que les 5 000 euros de bonus soient maintenus « au moins » jusqu'en 2012, autrement dit jusqu'aux élections présidentielles. Par la suite, « on verra. Notre but est de ne pas handicaper une filière industrielle dans laquelle le gouvernement croit. Ce montant pourra être réduit peu à peu, proportionnellement à la baisse de coûts que répercuteront les constructeurs ». D'ici là, la voiture électrique sera peut-être rentrée dans les moeurs...











