Et si l’Europe se faisait aussi avec l’automobile ?

Par  - Publié le
Thibaut De Jaegher
© B.Levy

Le secteur automobile a-t-il besoin d’un plan de sauvetage ? Je ne parle pas ici de la mise en place de bonus ponctuel conçu pour inciter les clients à changer leur vieille voiture et soutenir artificiellement les ventes mais d’une démarche stratégique, concertée entre tous les acteurs (industriels, syndicats et pouvoirs publics) qui permettrait de restructurer en profondeur le secteur… un peu à l’image de ce qui s’est fait, dans les années 1980, pour la sidérurgie. Imitant le fameux plan Acier qui avait divisé par trois le nombre de salariés, un plan Automobile pourrait permettre de réduire durablement les capacités de production du secteur que l’on dit en surnombre.

Cette solution, c’est celle que pousse le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg en France, et les constructeurs latins en Europe, Fiat et PSA en tête. Le problème, c’est que la crise que traverse l’automobile européenne ne frappe pas tout le monde de la même manière. Les Allemands, même s’ils marquent le pas sur le Vieux Continent cette année, continuent à faire de la marge sur leur activité de ventes de voitures. Ce que n’arrivent plus à faire les groupes français depuis plusieurs années maintenant. Leur rentabilité (faible) est assurée essentiellement, pour ne pas dire exclusivement, par leur activité de banque de crédit…

Dans ce contexte, il est difficile pour la Commission européenne d’intervenir. "La situation des surcapacités dans une industrie aussi stratégique que l’automobile est pour moi préoccupante, mais ce problème ne peut être résolu que par l’industrie elle-même !", confiait récemment, dans un entretien exclusif accordé à L’Usine Nouvelle, le commissaire chargé de l’Industrie, Antonio Tajani. Faire le contraire serait une distorsion de concurrence manifeste. Et l’on sait bien que Bruxelles est assez sourcilleuse en la matière…

Que peut-on faire alors ? Laissez les industriels en difficulté régler leur problème tout seul ? C’est toujours possible mais on prend alors le risque de voir certains groupes perdre leur passeport européen (General Motors est déjà chez PSA). Et compte tenu du savoir-faire technologique que possède l’Europe dans le domaine de la mobilité écologique (voiture électrique de Renault, moteurs économes de Fiat ou PSA…), ce serait un beau gâchis. Comme pour la crise de l’euro, la solution pourrait être de jouer la carte de l’intégration. De renforcer en fait les coopérations entre constructeurs du Vieux Continent pour susciter la création d’une sorte d’EADS de l’automobile. En mutualisant les forces et les faiblesses des différents constructeurs du continent, on fabriquerait un champion mondial européen de la mobilité. C’est peut-être cette idée qu’Antonio Tajani a dans la tête quand il envisage de "renforcer le leadership européen dans le domaine de la sécurité et des technologies respectueuses de l’environnement"… Comme pour la crise de l’euro, il faudra d’abord convaincre les Allemands de s’engager dans l’aventure pour que ce projet ait des chances de voir le jour.

Imprimer

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher

Identifiez-vous