VU SUR LE WEB La voiture a finalement peut-être vécu sous la forme qu’on lui connaît. A l’heure où l’écosystème industriel cherche sa voie d’avenir, Nicolas Colin, spécialiste de l’économie numérique, milite pour la fin de l’automobile, comme objet achevé et voué à la décote, et plus pour une plateforme enrichie par des services sans cesse renouvelés.
Cette façon de voir de Nicolas Colin est une déclinaison tirée de son livre "L’Age de la multitude" co-écrit avec Henri Verdier, et dont nous vous avions déjà parlé. Où son idée est donc de relancer l’intérêt de la voiture, et donc l’activité de ceux qui la produise, par une itération permanente, un ajustement et un enrichissement incessant.
"Dans cette approche, l’automobile n’est plus cet objet achevé, qui ne peut être personnalisé qu’avant l’achat, au stade du choix des options. Elle devient une itération permanente, une application au design réussi, puis une plateforme qui sur-traite le développement de maintes autres applications à tout un écosystème. Une automobile, c’est comme un iPhone : un objet dont la valeur tient aux multiples applications auquel il donne accès."
Nicolas Colin concède que la comparaison avec un objet comme l’iPhone, fabriqué en Chine, "n’est pas forcément heureuse". Mais il insiste sur un point : le prix du téléphone est – pour l’essentiel – supporté par un opérateur, le consommateur lui ne payant "que" pour un forfait et des applications. Pour une voiture, il en est tout autrement. D’où l’attente de prix bas et d’innovations de la part de ce même consommateur.
"Il devient important d’itérer les automobiles comme des applications numériques, de faire entrer ces industries dans l’âge de la multitude"
"Les constructeurs doivent itérer leurs automobiles, mais ce n’est pas à eux d’imaginer les applications proposées aux automobilistes. Si l’industrie automobile essaie de concevoir et de développer elle-même ces applications (ou de les sous-traiter), alors elles seront peu nombreuses, bâclées, banales, décevantes – insuffisantes pour détourner les consommateurs de la concurrence par les prix. C’est pourquoi une automobile ne doit pas se contenter d’embarquer quelques applications. Elle doit devenir une plateforme pour des centaines de milliers d’applications issues d’un écosystème de sur-traitants, seul capable de satisfaire l’insatiable demande d’innovation de la multitude."
Si l’on applique cette logique au cas concret de PSA, Nicolas Colin préconise alors un scénario baptisé French Amazon, par analogie au modèle appliqué par le site de vente en ligne Amazon. Ce scénario permettrait au constructeur automobile non seulement de vendre ses voitures, mais aussi de tirer profit de l’activité des sur-traitants fournisseurs des services associés à la plateforme automobile.
"Les bénéfices tirés de cette plateforme logicielle automobile permettent de maintenir la localisation en France et ainsi, dans une boucle vertueuse, d’augmenter sans cesse la cadence d’innovation sur les chaînes de production – car, rappelons-le, nous ne sommes pas sur le marché B2B des smartphones mais sur un marché B2C qui exige des itérations rapides."
A lire sur le blog de "L'Age de la multitude"










