Espoir limité pour la conférence sur le climat de Durban
Par Solène Davesne - Publié le
Pour les Sud-Africains, les négociations sur le changement climatique doivent suivre la technique des petits pas. Pas vraiment de quoi cadrer avec les attentes des Européens.
Devant le centre de conférence de Durban, un petit attroupement de policiers s’est formé devant les barrières de sécurité, pour un dernier briefing. A quelques jours de l’ouverture de la conférence sur le climat (COP 17) – lundi 28 novembre, les Sud-Africains terminent les derniers préparatifs.
Juste derrière le centre de conférence, des ouvriers s’activent pour les halls d’exposition qui doivent accueillir les 190 délégations, 16 000 officiels et 20 000 visiteurs attendus. Pour l’instant ce n’est encore qu’un amoncellement de planches et de casiers en plastique prêts à être assembler pour former une sculpture "recyclable". "Nous avons l’expérience de la coupe du monde de football. A côté, organiser le COP 17 est une partie de plaisir, tout sera prêt à temps", s’amuse Gill Martini, la chef de projet.
Côté négociations climatiques en revanche, les choses s’apparentent à tout sauf à une partie de plaisir. "Un exercice mouvementé", reconnaît la ministre de l’environnement sud-africaine Edna Molewa. Le pays hôte, qui mène les négociations, part pourtant avec des ambitions limitées. "A Copenhague, on a essayé de faire un big bang des négociations climatiques, cela a été un échec. Ce dont on a besoin maintenant, c’est de construire le système international contre le changement climatique pas à pas, par petites touches", assure Alf Wills, le négociateur en chef sud-africain, longue queue de cheval blonde dans le dos. L’enjeu de la conférence de Durban, pour lui, "n’est pas d’avoir un accord final mais de faire le pas nécessaire pour continuer à avancer dans la mise en place d’un système international".
La forme juridique en débat
Si les négociations avancent à Durban, ce sera donc à la vitesse d’une tortue. D’autant que les rounds de négociation en amont de la conférence n’ont pas permis de sortir de l’impasse les discussions sur les points essentiels de l’avenir du système de régulation des émissions de gaz à effet de serre. Fin 2012, le protocole de Kyoto, qui impose aux 38 Etats les plus industrialisés signataires de réduire leurs émissions de CO2 expire. Mais aucune solution n’a pour l’instant été trouvée pour le remplacer.
Les discussions achoppent notamment sur la forme juridique du prochain système. Les Européens réclament que le nouvel accord de réduction des émissions de C02 soit juridiquement contraignant pour les Etats, comme l’était le protocole de Kyoto. Une perspective à laquelle s’opposent les Etats-Unis, mais aussi le groupe des BASIC (qui réunit les quatre plus gros pollueurs émergents, Brésil, Afrique du Sud, Inde et Chine). Sur ce sujet, "il y a peu d’espoir que cela soit tranché à Durban", reconnait le négociateur Alf Wills.
Autre blocage : le prolongement du protocole de Kyoto au-delà de 2012, rendu nécessaire à défaut d’un nouvel accord sur le climat, est lui aussi mal engagé. Or, "le prolongement de Kyoto dépend aussi de la forme juridique qui sera défini pour le futur accord et du degré de contrainte", reconnait Alf Wills. "Le succès de Durban dépendra de notre capacité à trouver un équilibre sur ces deux sujets importants", confirme Edna Molewa, peu optimiste.
Poursuivre les mesures de Cancun
A Durban, il devrait donc être surtout question de poursuivre les mesures prises à Cancun, au Mexique, l’an dernier. En jeu notamment la mise en place d’un fond pour le changement climatique d’ici 2020 ou la mise en place de mesures pour contrôler les efforts réalisés par chaque pays.
Loin d’être un champion de la lutte pour l’environnement, l’Afrique du Sud cherche en tout cas à se dédouaner d’un nouvel échec des négociations. Avec près de 90 % de son électricité produite à partir du charbon. Mais "le développement économique du continent africain est menacé par les effets du changement climatique", assure la ministre de l’environnement sud-africaine, qui se veut l’avocate du reste de son continent.
Selon l’Afrique du Sud, d’ici 2080, 70 millions de personnes pourraient être menacés par les effets d’un réchauffement climatique, dont 30 % dans les zones côtières. "Nous avons des populations pauvres et donc particulièrement vulnérables aux aléas climatiques", reprend la ministre. Pour convaincre de son implication en faveur du climat, l’Afrique du sud a adopté en octobre un livre blanc qui détaille ses efforts pour réduire ses émissions de C02 de 34 % d’ici 2020 et 42 % d’ici 2025. Une réduction que le pays entend réaliser tout en augmentant ses capacités de production. Un premier appel à projet portant sur 3750 MW d’énergies renouvelables a été lancé en août. A défaut d’accord sur le climat, des entreprises françaises ont déjà commencé à se positionner.

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