ESPACEARIANE 5 CONTRARIE LES AMBITIONS DE LA SNPELa fabrication de perchlorate d'ammonium pour les boosters à poudre d'Ariane 5 fragilise les comptes de la SNPE. Mais cette activité l'ancre dans la fabrication de propergols solides.
Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2518ESPACE
ARIANE 5 CONTRARIE LES AMBITIONS DE LA SNPE
La fabrication de perchlorate d'ammonium pour les boosters à poudre d'Ariane 5 fragilise les comptes de la SNPE. Mais cette activité l'ancre dans la fabrication de propergols solides.
La Société Nationale des Poudres et Explosifs (SNPE) pourrait-elle abandonner la production de perchlorate d'ammonium et laisser les boosters d'Ariane 5 à la merci des Américains? Le seul fabricant européen de cette précieuse poudre blanche, qui entre pour près de 70% dans la composition des propergols solides utilisés pour la propulsion spatiale, agite cet épouvantail. Motif de sa colère: il se voit quasiment écarté, pour l'instant, des fournitures destinées au nouveau lanceur lourd européen au profit de son concurrent d'outre-Atlantique, Kerr-McGee Corp., exception faite du deuxième vol prévu en novembre 1996. Le Centre national d'études spatiales et Arianespace estiment en effet que l'oxydant fourni par la SNPE pour la réalisation des deux moteurs d'appoint à propergols solides (MPS P230) doit, avant toute nouvelle commande, faire ses preuves en vol. La découverte de défauts de fabrication d'un booster à l'Usine de Propergol de Guyane, exploitée par Regulus (SNPE: 40%; BPD-Fiat Avio: 60%), lors d'un essai de développement a jeté le trouble. Même temporaire, le revers est sérieux pour l'entreprise, qui réalise un chiffre d'affaires de 40millions de francs avec ce produit intermédiaire (sur un total de 4,3milliards de francs). Car la SNPE convoite 80% du marché d'Ariane 5, qui correspond à 2000tonnes par an (soit une soixantaine de millions de francs) à raison de cinq lancements par an. Pour ébrécher le leadership américain, elle a investi 200 millions de francs, pour moitié sur son site de Toulouse et pour moitié chez Atochem, qui doit l'approvisionner en perchlorate de soude pendant une quinzaine d'années. En pure perte? Brader ces installations, dont l'équilibre financier oscillerait autour d'une production annuelle de 2500tonnes, paraît difficile. Non qu'elles ne puissent intéresser personne... En 1988, Serge Tchuruk, alors président de CDF Chimie, n'avait pas caché son intérêt pour les produits de propulsion de la SNPE. Mais l'on voit mal le principal client du perchlorate d'ammonium français, l'Etat, actionnaire à 99% de la SNPE, laisser filer sans broncher la maîtrise d'un ingrédient stratégique pour la réalisation des étages propulsifs des missiles de la force de dissuasion française! Quelque 500 à 600tonnes de perchlorate sont produites annuellement pour les besoins des états-majors. Elles sont notamment indispensables au missile M45 qui équipe les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins. Les seules alternatives sont... américaines ou russes. Céder la moindre parcelle de son savoir-faire dans l'ensemble de la chaîne de la propulsion solide, potentiel de nouveaux développements, n'est d'ailleurs pas dans l'intérêt de la SNPE. Les techniques développées pour les missiles stratégiques et utilisées dans le domaine spatial peuvent trouver dans le futur de nouvelles applications dans les générateurs de gaz, destinés à gonfler les coussins de sécurité (airbags). L'apport d'airbags gonflés au propergol dans la corbeille de Livbag, filiale à 50-50 avec le suédois Autoliv, s'annonce par exemple comme un axe de diversification des plus florissants (mais leur formulation ne contient pas, pour l'heure, de perchlorate). La société commune spécialisée dans la sécurité automobile a vu son chiffre d'affaires passer de 130millions de francs en 1993 à 500 millions l'an dernier. Le développement du propergol solide à la fois dans le militaire et le civil a l'avantage d'ancrer la SNPE dans une spécialité. Et elle y joue en partie son positionnement à plus long terme au sein d'un éventuel pôle "grosse propulsion" en Aquitaine, qui verrait le rapprochement d'Aérospatiale, de la SNPE et de la SEP. La Délégation générale pour l'armement est favorable à une telle rationalisation. Déjà, un duo est formé avec Aérospatiale pour la propulsion des missiles tactiques, via Celerg. La SNPE va donc sans doute "composer" avec l'incertitude sur le marché spatial de son activité perchlorate d'ammonium en attendant la levée des "doutes" de ses clients lors du deuxième vol d'Ariane 5. La reprise de ses fournitures n'interviendrait cependant qu'à partir du septième lancement. Danger le plus immédiat, ces fabrications "à perte", faute de volumes suffisants, vont peser sur le résultat du groupe pour 10 à 20millions de francs en 1995. L'entreprise publique, sortie du rouge l'an dernier, devrait cependant poursuivre son redressement avec un résultat courant de 77 millions de francs au premier semestre, en hausse de 10%. Nadine Bayle
USINE NOUVELLE N°2518











