Eon : Et si on sauvait les centrales au charbon...

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3302
centrale charbon
© ianrthorpe - Flickr - c.c.

  Eon convoque un comité central d'entreprise (CCE), ce jeudi 11 octobre, consacré au plan social qui prévoit la suppression de 215 postes. Le numéro 1 allemand de l'énergie veut fermer quatre de ses centrales au charbon en France. Sparkling Capital a pourtant manifesté son intérêt pour les reprendre. Mais personne ne semble prendre en compte son offre.

Le charbon n'intéresse plus personne en France ! Et pourtant, notre pays produit encore près de 5% de son électricité à partir de ce combustible... Mais la plupart des 20 unités de production en activité sont sur la sellette. EDF, qui possède 13 tranches thermiques au charbon, et Eon France, qui en détient sept, ont décidé de fermer leurs unités dont la puissance est inférieure à 250 MW. Eon fermera les centrales d'Hornaing (Nord) en mars 2013, Lucy à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) en mars 2014 et Huchet 4 et 5 à Saint-Avold (Moselle) en 2015. Le site de Gardanne (Bouches-du-Rhône) sera transformé en centrale biomasse pour 220 millions d'euros. Présenté le 11 octobre aux salariés français, ce plan de restructuration prévoit la suppression de 215 emplois sur un total de 885.

Ces sites devaient théoriquement fermer le 31 décembre 2015 à cause de la directive européenne sur les grandes installations de combustion (GIC) limitant les émissions de polluants (SO2, Nox...). Une mise aux normes de ces petites unités âgées de 40 ans ne serait pas rentable. "Dès 2013, ces tranches nous feront perdre plusieurs dizaines de millions d'euros par an à cause de la fin des quotas gratuits de CO2", justifie Jérôme Dupont, le secrétaire général adjoint d'Eon France. C'est sans compter sur Michèle Assouline et sa société Sparkling Capital qui possède sept mines de charbon en Indonésie. Elle propose de reprendre les quatre tranches d'Eon et tous les salariés. Son offre comprend une rénovation et une mise aux normes des sites. Coût de l'investissement : 365 millions d'euros.

Solution validée

Pas question de parler d'une offre farfelue ! La jeune femme a su s'entourer. L'Usine Nouvelle s'est procuré une lettre signée de Nabil Barakat, le PDG de l'américain Wamar, un spécialiste de la rénovation de centrales. Il se dit prêt à investir 400 millions de dollars (300 millions d'euros) dans le projet. Avec EDF, Sparkling a par ailleurs signé un contrat d'ingénierie qui valide cette solution. "Nous avions travaillé en 2007 sur un projet similaire à celui proposé par Sparkling Capital pour nos tranches charbon 250 MW. Sur le plan technique, c'est tout à fait crédible, même si nous avons finalement opté pour un autre choix stratégique", explique Michel Tournier, le directeur de la production thermique d'EDF. Du côté d'Eon, Jérôme Dupont est catégorique : "Nous n'avons pas reçu d'offres." La réalité est un peu plus compliquée...

Michèle Assouline est entrée en contact avec l'énergéticien à la fin de 2011. Les deux groupes auraient négocié une reprise pour 1 euro symbolique et le versement par l'industriel allemand d'une partie des frais de fermeture (indemnisation des salariés, dépollution des sites et pertes d'exploitation). Les deux entreprises n'ont pas trouvé d'accord sur le montant. Sparkling demande 185 millions d'euros. Eon propose 89 millions. Les négociations ont pris fin en juillet.

Aujourd'hui, Michèle Assouline en appelle aux autorités : "Je ne réclame pas 1 euro à l'État. Je lui demande juste de nommer un expert pour juger mon offre." Les syndicats d'Eon France appuient sa demande. Pas le gouvernement. "À ce jour, il n'y a pas d'offres sérieuses de reprise pour les centrales d'Eon", assure le cabinet de Delphine Batho, la ministre de l'Environnement et de l'Énergie.

Dans une note diffusée en interne, le ministère est catégorique : "Il paraît difficile d'envisager que le projet de Sparkling Capital soit économiquement rentable." Michèle Assouline, elle, réfute cet argument : "Je ne cherche pas une rentabilité de 9% à 12% comme les grands groupes, mais de 5% à 6%.." Sparkling Capital cherche en effet à diversifier son activité et à disposer d'une une visibilité à long terme.

Michèle Assouline est une ancienne membre de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) et fondatrice d'une société de trading d'électricité. Pourtant, ni Eon ni l'État ne font confiance à son modèle économique. Si les centrales faisaient faillite dans les années à venir, le gouvernement devrait gérer un plan social en se retournant vers Eon...

Dans cette affaire, la sécurité d'approvisionnement de la France est la grande oubliée. "La part du charbon est faible dans le mix énergétique d'EDF, mais elle est essentielle pour l'équilibre du réseau", rappelle Michel Tournier. Avec les barrages et les centrales au gaz, le charbon permet de répondre aux pointes de consommation. "Si cette électricité n'est pas produite en France, il faudra l'acheter ailleurs", plaide Michèle Assouline.

Le temps presse. Les audits des tranches d'Eon demanderaient douze semaines à Sparkling pour proposer une offre définitive. L'engagement de l'américain Wamar ne court que jusqu'au 31 décembre. Michèle Assouline sort son drapeau : "Je suis patriote. En tant que chef d'entreprise, je considère que c'est une responsabilité d'investir en France..."

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