EON et Gazprom ouvrent un nouveau front
Le 29 février 2008 par Rédaction L'Usine Nouvelle
Les deux géants gaziers ont signé un accord pour ouvrir une centrale électrique à gaz en Allemagne. Un accord signé alors qu'EON est sous le feu des critiques du gouvernement allemand.
Après plusieurs mois de négociations, Gazprom et EON, les deux géants russes et allemands de l'énergie sont tombés d'accord sur la future construction conjointe d'une centrale électrique à gaz à Lubmin, près de la frontière polonaise. Aux termes de cet accord, les deux groupes formeront une société commune détenue à parité.Cette centrale à cycle combiné fonctionnera au gaz et à la vapeur pour fournir d'ici à 2011, date de son ouverture, une capacité de 1 200 mégawatts.
L'approvisionnement de cette centrale sera assuré par le gazoduc Nord Stream, prévu pour desservir l'Europe de l'Ouest, actuellement en cours de construction. Celle-ci ravive actuellement une tension, il est vrai historique, entre la Pologne d'un côté et l'Allemagne et la Russie de l'autre.
Ce partenariat entre les deux gaziers consolide une relation déjà en œuvre sur plusieurs projets énergétiques, dont entre autres l'exploitation de champ gazier de Loujno Rouskoïe en Sibérie. Un échange de bons procédés entre les deux acteurs, l'un pour accroître son champ d'exploitation, l'autre pour mettre un pied en Allemagne.
« Malgré les appréhensions quand aux visées de Gazprom, les Européens sont obligés de s'allier avec le fournisseur russe qui détient les plus grandes réserves mondiales de gaz. C'est un rapport de coopétition gagnant/gagnant entre entreprises, mais aussi entre Etats », explique Laurent Hassid consultant en intelligence économique et stratégique. Autre élément explication, la majorité des centrales nucléaires allemandes devront cesser leur exploitation en 2021.
Le gouvernement allemand critique
Pourtant, sur le dossier du découplage, le gouvernement allemand a critiqué en filigrane la décision d'EON de vendre son réseau électrique et ce afin de calmer les enquêtes en cours de Bruxelles sur les pratiques anticoncurrentielles du groupe. Cité par l'AFP, Thomas Steg, le porte-parole adjoint du gouvernement avoue que ce dernier « considère qu'une autre décision aurait été plus judicieuse, surtout quand il s'agit d'obtenir davantage de concurrence dans le marché de l'énergie ». Une déclaration légitime. Le gouvernement allemand a de longue date soutenue EON, soucieux qu'il est de posséder un géant de l'énergie, « L'Allemagne est pragmatique. Bien avant la chute du mur de Berlin, le pays avait anticipé et tissé un vrai réseau afin de racheter les entreprises de l'Est intéressantes. Dans ce cadre EON s'est retrouvé en position quasi monopolistique en Europe centrale et orientale. Cette situation a été dénoncée par le Commissaire européen à la Concurrence, Nelly Kraus et a valu EON d'être sous les feux de Bruxelles », rappelle Laurent Hassid.
Dans les faits, en optant pour un découplage (scission entre transport et production) effectif, EON ouvre une brèche dans l'Union entre les quatre opérateurs énergétiques en Allemagne et surtout, va donc à l'encontre des souhaits de l'Allemagne, un des huit Etats (avec la France) opposé au troisième paquet sur l'énergie présenté par la Commission le 19 septembre 2007. Au sein de ce troisième paquet, outre un nombre de mesures spécifiques, une clause dite « gazprom », est destinée à empêcher l'acquisition par des entreprises étrangères de part de réseaux énergétiques en Europe. Pour mémoire, le 28 février dernier les ministres de l'énergie des Vingt-Sept ne sont pas parvenus à un accord sur l'épineuse question du découplage. Mais ces derniersne désespèrent pas de signer un accord en juin prochain.
Fabrice Frossard

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