EnvironnementTREDI VEUT EXISTER FACE AUX MAJORSInvestissement tous azimuts, développement international : l'ex-filiale d'EMC veut doubler son chiffre d'affaires dans les cinq ans. A condition de sauvegarder son indépendance face aux majors du secteur.
Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2770Environnement
TREDI VEUT EXISTER FACE AUX MAJORS
Investissement tous azimuts, développement international : l'ex-filiale d'EMC veut doubler son chiffre d'affaires dans les cinq ans. A condition de sauvegarder son indépendance face aux majors du secteur.
A Salaise-sur-Sanne (Isère), en plein coeur de la vallée de la chimie et à deux pas du canal du Rhône, le nouvel incinérateur Tredi tranche sur les chaumes environnants par ses éclatantes couleurs bleue et jaune. " Au printemps, le four devrait être allumé. Les plus pressés, ce seraient presque nos futurs clients ", indique Jean-Jacques Belot, solide directeur du site, " quarante-quatre ans d'expérience dans le traitement de déchets ", qui attend avec impatience ce quatrième four, le plus gros de l'entreprise, qui traite, par ailleurs, 100 000 milliers de tonnes de déchets toxiques chlorés ou non. L'investissement pour l'installation d'une capacité de 120 000 tonnes, visant le marché des déchets industriels banals (DIB), est conséquent : 360 millions de francs, trois fois le chiffre d'affaires annuel prévu. Financé par crédit-bail, il ne viendra pas alourdir le bilan de Tredi. Lequel n'en a pas besoin car son ratio dette sur fonds propres doit atteindre 130 % l'an prochain. Tel est en tout cas le prix de l'expansion pour le junior du marché français face à ses puissants concurrents, Vivendi Environnement - via Sarp -, le numéro 1 français (40 % du marché), et Teris, filiale de Suez, faisant jeu égal avec Tredi (de 20 à 25 % de parts). Né, au milieu des années 70, du rachat par EMC (Potasses d'Alsace) des activités déchets toxiques de la Lyonnaise des eaux - qui, alors, négligeait ce créneau -, Tredi, 1 100 salariés aujourd'hui, a vivoté dans le giron du chimiste public avant que, réveillé par le parcours fulgurant de Vivendi Environnement et de Suez, il prenne conscience de son potentiel. Longtemps connu pour ses applications très spécifiques, comme la décontamination des équipements électriques contenant du PCB (pyralène), il est désormais présent sur la plupart des activités de traitement de déchets : stockage, incinération ou recyclage. Par rachats successifs, il est devenu le premier régénérateur français de solvants. Un métier où il a absorbé, en 2000, deux usines (Covalence et Langlois), portant sa capacité à 90 000 tonnes sur cinq sites, dont un en Espagne. " Tredi a doublé de taille ces cinq dernières années et nous avons bien l'intention de recommencer dans les cinq ans à venir ", lance avec un solide optimisme Marc Londchal, 65 ans, P-DG, à partir du siège parisien de la société, mettant en face de son bilan, " un peu lourd ", la bonne rentabilité du groupe (10 % de résultat d'exploitation) sur un marché du traitement des déchets industriels spéciaux (DIS) de 3,5 milliards de francs. Et surtout ses perspectives.
Tredi tente de doper son activité internationale
" Notre objectif de croissance, poursuit le dirigeant, n'est pas un voeu pieux mais correspond à la montée en charge d'investissements déjà réalisés, comme à Stocamine, notre centre alsacien de stockage souterrain de classe 0, unique en France, ou en cours, comme pour Salaise 3. " Le groupe projette notamment d'installer un centre d'incinération de DIS de 80 00 tonnes à Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique) d'ici à trois ans. Tredi tente désormais de doper son activité internationale (20 % du chiffre d'affaires). Il a commencé à le faire en exportant sa technologie de traitement du pyralène par le canal de petites filiales (Québec, Taïwan, Argentine, projet au Mexique...). Reste maintenant à aller au-delà. Avec Cintec, son partenaire québécois dans le pyralène, Tredi a notamment gagné l'exploitation de deux décharges (déchets ménagers et industriels) en Amérique latine : l'une au Salvador, l'autre au Venezuela. Et développe un projet d'incinération de DIS en Hongrie.
Il sera difficile pour Tredi de rester indépendant
Demeure la question de son avenir à moyen terme. Si ses concurrents ont longtemps raillé le caractère semi-public du groupe, cette période s'achève. En 1999, Apax Partners est entré dans le capital à hauteur de 28 % et le groupe a fait, l'été dernier, son apparition en Bourse, où il vaut 215 millions d'euros (EMC gardant 43 %). Si, pour l'élimination de leurs déchets, les clients industriels apprécient de pouvoir échapper au duopôle Vivendi-Suez, " il sera difficile pour un groupe de la taille de Tredi de rester indépendant ", juge l'un de ses rivaux. Voulant se positionner sur les prestations globales, Tredi n'a pas l'enver-gure des grands groupes pour lesquels il pourrait constituer une proie tentante, notamment en ce qui concerne les grands énergéticiens allemands (RWE, E.On...). D'ailleurs, depuis son introduction en Bourse, le titre a bondi de 70 %. " Shanks & McEwan's, au Royaume-Uni, Endaver, en Belgique, AVR, aux Pays Bas, il y a d'au- tres consortiums de taille comparable qui montrent que l'on peut me-ner un développement autonome ", conclut Marc Londchal.
L'international tire la croissance
Chiffre d'affaires 2000 : 176 millions d'euros (+ 14 %), dont 37 millions (+ 44 %) à l'international.
Les moteurs de l'expansion :
Nouvel incinérateur de DIB à Salaise (Isère).
Projet d'incinérateur de DIS à Montoir (Loire-Atlantique).
Deux décharges en Amérique latine (investissement en cours).
Projet de centre de traitement de DIS en Hongrie.

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