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EnvironnementLE CITADIN SE RÉAPPROPRIE LA VILLEDevenue centre de gravité incontournable, la ville suscite de nouvelles attentes : modes de transport diversifiés, réduction des nuisances, centres-ville réinventés. Une opportunité pour de nombreuses activités.

Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2853

Environnement

LE CITADIN SE RÉAPPROPRIE LA VILLE

Devenue centre de gravité incontournable, la ville suscite de nouvelles attentes : modes de transport diversifiés, réduction des nuisances, centres-ville réinventés. Une opportunité pour de nombreuses activités.



Près de 80 % de l'humanité vit aujourd'hui en ville. Un univers trépidant, synonyme de stress, de manque d'air et d'espace. Et comme il n'a pas trop le choix, le " consommateururbain ", plutôt que de subir la ville, veut se la réapproprier. En réclamant de nouveaux modes de transport pour bénéficier d'une mobilité sans entrave. En exigeant la réduction des nuisances, du vacarme urbain, de la pollution de l'air, de l'insécurité. La fin des années 90 a marqué la reconquête du monde urbain, symbolisée par l'expansion inattendue des " petites roues ", rollers, skate et autres trottinettes. Aujourd'hui, cette tendance concerne tous les acteurs de la ville : pouvoirs publics et transporteurs publics, mais aussi industriels, comme les fabricants de mobiliers urbains, de revêtements de chaussée ou les constructeurs automobiles.

Rééquilibrer l'espace public

Premier enjeu de l'urbanité : la mobilité et la maîtrise des flux. Y apporter de nouvelles réponses est la raison d'être de l'Institut pour la Ville en Mouvement, un organisme créé en juin 2000 par le groupe PSA Peugeot Citroën. Selon son président Jean-Pierre Orfeuil, " les déplacements seront de plus en plus dispersés et irréguliers, car on observe un nombre croissant de personnes ayant plusieurs lieux de travail ". Or, l'automobile, hier symbole de progrès et de modernité, n'est plus capable de faire face à ces défis. L'édition 2002 du baromètre réalisé par la Sofres pour le Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA) sur les rapports entre l'automobile et la société met en évidence une tendance contradictoire. D'un côté, elle confirme le rôle primordial de l'automobile dans les déplacements des Français, de l'autre émerge un raidissement vis-à-vis des nuisances et des dangers qui lui sont attribués. Embarras de la circulation, pollutions sonores, risques d'accidents, et, surtout, dommages à l'environnement (87 % des personnes interrogées associent automobile et pollution de l'air). Désormais, 79 % des Français sont prêts à payer plus cher une voiture qui polluerait moins, véhicule électrique ou hybride. Pour favoriser les petits déplacements de banlieue à banlieue, l'heure est à la mise en place de moyens alternatifs et diversifiés. Comme le tramway, par exemple, qui opère son grand retour. Après Strasbourg, Bordeaux, Nantes, Lille ou Lyon, Paris et les villes de banlieues engagent à leur tour de multiples actions. Ainsi, le tramway entre le Pont Garigliano et la Porte d'Ivry sera bel et bien achevé. Et plusieurs autres projets viennent d'être confirmés par la région Ile-de- France, histoire de désenclaver la banlieue, à l'image de la ligne Saint-Denis-Bobigny, créée au début des années 90, et qui ne désemplit pas. Pour Daniel Laguet, directeur de la Voirie de Paris, " l'objectif est de rééquilibrer l'espace public entre les différents modes de déplacement. Il s'agit d'offrir des alternatives à l'automobile, de repenser le plan de circulation en aménageant les axes rouges, ou de créer un réseau de Quartiers verts sans trafic de transit ". La Ville de Paris travaille en partenariat avec la RATP sur le programme Mobilien, qui prévoit la restructuration du réseau d'autobus. Les dix-sept lignes les plus fréquentées seront améliorées d'ici à 2006. Et pour cause ! En dix ans, le trafic après 20 heures a augmenté de 59 %, celui du week-end de 14,3 %. Pour s'adapter aux nouveaux besoins des urbains, la RATP a engagé de nombreux programmes de modernisation. Elle a notamment passé un accord avec Alstom, Technicatome, Bombardier et CSEE pour la fourniture de 161 trains MF 2000, le métro du futur, pour remplacer ceux usagés, soit 20 % du parc total. Sur le plan qualitatif, beaucoup de services seront développés : l'accueil, le confort climatique, la réduction du bruit, la sécurité, l'information en temps réel de l'heure de passage et du temps d'attente. Autre initiative : le projet Microbus, véhicule multiservices, se veut une alternative entre la voiture particulière et le bus traditionnel, pour assurer des services partagés, notamment pour les handicapés. Le vélo n'est pas en reste. Furtif, agile et pratique, il est promis à un bel avenir. La Ville de Paris vient ainsi de signer une convention avec la RATP pour la création d'un réseau de " six Maisons Roue Libre Paris réparties dans la capitale ", souligne Daniel Laguet. Dès le second semestre 2003, 1 200 vélos totalement sécurisés seront mis à la disposition des Parisiens. De tels services de location tendent à se multiplier. Ce qui a conduit le groupe JC Decaux à proposer en 2002 une offre spécifique basée sur le principe d'une carte à puce. " Le concept a suscité un vif intérêt et nous y croyons beaucoup. Il reste toutefois des obstacles à surmonter avant qu'il ne se généralise : la sécurité du matériel, l'existence de pistes cyclables et le coût ", explique Xavier Hubert, directeur industriel du leader mondial du mobilier urbain. On observera également avec intérêt l'accueil du public à la Segway, la fameuse trottinette bourrée de puces, fonctionnant à l'électricité et qui fera son apparition en France courant 2003. L'idée du véhicule partagé peut aller au-delà du deux-roues. Liselec, projet mis en place en 1999 à La Rochelle est, à ce titre, exemplaire. Il repose sur un réseau de clients abonnés, qui utilisent en libre-service, 7 jours sur 7, des véhicules électriques, à leur gré dans l'une des sept stations de la ville. Un principe souple et ciblé. Mais il faudra aussi désengorger les centres-ville de la multitude de véhicules de livraison, dont le nombre risque de s'accroître. Le projet européen Elcidis (Electric Vehicle City Distribution System) vise à expérimenter des plates-formes logistiques de regroupement des marchandises en périphérie des villes. Et à organiser leur livraison en véhicules électriques ou hybrides. Une demi-douzaine de villes européennes sont partenaires de cette opération, dont La Rochelle. Sept mois après ses débuts en février 2001, 400 colis sont livrés chaque jour en centre-ville, via Elcidis. Mieux vivre en ville c'est aussi lutter contre le bruit. " Il y a aujourd'hui une prise de conscience dans ce domaine, comme pour la pollution atmosphérique il y a dix ans ", résume Alexandre Puchly, secrétaire général de l'Observatoire du bruit de Paris. Selon une enquête que l'Insee vient de publier sur la qualité de vie dans les grandes agglomérations d'au moins 50 000 habitants, cette nuisance est citée par 54 % des ménages interrogés comme la principale : elle est jugée plus sensible encore que la pollution, classée en seconde position ! Pour améliorer la situation, une directive européenne de juin 2002 fixe, d'ici à 2008, deux objectifs : d'une part, réaliser un diagnostic de l'environnement sonore pour les villes de plus de 250 000 habitants, d'autre part élaborer un plan de prévention et de lutte contre le bruit. Pour l'instant, la France a créé, en septembre 1999, l'Observatoire du bruit de Paris, une structure de concertation regroupant notamment la Mairie, la SNCF, la RATP et des groupements professionnels. L'organisme vient de dresser une cartographie de la capitale, en 3D, colorisée grâce à un logiciel de modélisation, et qui calcule le niveau sonore du trafic routier de chaque rue, en fonction de la géométrie du bâti, du type de revêtement de la chaussée ou de la vitesse. Ainsi apparaît une carte du bruit où dominent le rouge et le bleu, zones à niveau sonore de plus de 70 décibels. Face à ce fléau, il ne peut y avoir, pour Alexandre Puchly, que de " petites avancées " dans de multiples domaines, comme les moteurs, les pneumatiques ou les revêtements de chaussée. Autre axe d'amélioration : réduire les " pics " de bruit perçus comme douloureux. Par exemple, les coups de Klaxon et les pots d'échappement non réglementaires des deux roues. Sur ce dernier point, les fabricants ont été récemment mobilisés par les pouvoirs publics pour trouver rapidement des solutions d'insonorisation. Mais bien d'autres idées sont à l'étude. Comme la colonne Morris, imaginée par JC Decaux qui intègre un bac à verre " silencieux " au ramassage, grâce à un astucieux procédé intégré dans les camions. " On passe d'un bruit intolérable à un bruit acceptable ", souligne Xavier Hubert. Dans les revêtements, le groupe Colas, leader mondial dans la construction et l'entretien des routes, travaille depuis de nombreuses années à créer des enrobés anti-bruit. Par exemple, Colsoft. Lancé en 1994, cet enrobé acoustique non drainant, le premier sur le marché, fait appel dans sa formulation à l'incorporation de poudrette de caoutchouc qui sert d'amortisseur. Il réduit le bruit en moyenne de 5 à 7 décibels. Or un gain de 5 dB divise l'énergie acoustique par trois : ainsi le passage de 100 véhicules n'équivaut plus qu'à 30 véhicules. Plus classiques, les murs antibruit font également partie des moyens déployés par Colas.

Que les centres-ville redeviennent des " lieux de vie "

Retrouver la qualité de vie en ville suppose aussi de se sentir bien dans son quartier. Et, bien sûr, en sécurité. " Cette attente est très forte chez les citadins. Nous la traduisons par l'emploi le plus systématique possible d'éclairages dans nos mobiliers urbains. Ce qui du même coup les rend plus esthétiques ", souligne Emmanuel Zeferino, directeur du bureau d'études de JC Decaux. Pour apporter au " consommateururbain " le sentiment de contribuer à la préservation de son cadre de vie, le groupe multiplie les astuces pratiques, comme par exemple, ces mobiliers intégrant un bac à piles usagées. " Un très gros succès, au-delà de ce qu'on avait imaginé au départ ", ajoute Emmanuel Zeferino. La revitalisation des centres-ville passe enfin par la case commerce. Pour Franck Alezra, directeur général de Métropole Concept, agence d'architecture et de design, " les marques sont conscientes de la forte demande d'une ambiance de village. On se dirige vers le point de vente identitaire. " Le retour des commerces vers les centres-ville était d'ailleurs le thème central du Mapic, le salon de l'immobilier commercial, qui s'est tenu fin novembre à Cannes. Décathlon qui a créé Decat', un concept dédié aux centres-ville en témoigne. Tout comme le succès inattendu des petites et moyennes surfaces alimentaires face aux gros hypers. Ou encore, les initiatives de poids lourds du bricolage, comme Leroy Merlin et Lapeyre, plus habitués jusque-là au développement commercial en périphérie.



Les citoyens font pression

Les embouteillages et leur lot de pollutions suscitent un ras-le-bol général : 87 % des Français associent voiture et nuisances en tout genre.

Les tramways et les modes alternatifs sont plébiscités. Il est indispensable de diversifier les modes de déplacement.

La pollution sonore devient intolérable : 54 % des Français la considèrent comme la nuisance principale, avant la pollution de l'air.

La vie de quartier, avec des espaces verts et des commerces revisités, revient au coeur des préoccupations des habitants.

Sources : Sofres, Insee, CCFA



Respirer, bouger, s'entendre, s'informer...

LE SILENCE RETROUVÉ

Le bruit est devenu la principale nuisance que dénoncent aujourd'hui les urbains. Avec le revêtement silencieux Colsoft, développé par le groupe Colas, les municipalités peuvent faire coup double : l'appliquer sur la zone réservée aux automobiles (en gris sur la photo) et créer une piste cyclable avec un revêtement coloré pour une meilleure visibilité, histoire de faciliter le développement du vélo, le transport silencieux par excellence.

LA MOBILITÉ ÉTENDUE

A Strasbourg (ci-contre), comme dans une douzaine de villes de province, on redécouvre le tramway comme outil idéal pour favoriser la mobilité des citadins : relativement silencieux, peu polluant, plus rapide en moyenne que les bus, le tramway est plébiscité. En Ile-de-France, ce mode de transport sert de plus en plus à développer les relations de banlieue à banlieue, si longtemps délaissées au profit d'un réseau en étoile, où tout ramène à Paris.

LA VIE FACILITÉE

Fruit d'un partenariat entre JC Decaux et la RATP, ces bornes interactives sont reliées à l'internet pour donner des informations pratiques aux usagers : transport, santé, démarches administratives etc. l'objectif : dépanner rapidement les citadins. Cet outil permet notamment de télécharger des itinéraires. Vingt-quatre bornes de ce type ont déjà été déployées dans la région parisienne.



Proposer la mobilité pour tous

" L'automobile n'est plus le seul maillon de déplacement. Aujourd'hui, il faut travailler sur toutes les solutions alternatives face à l'enjeu fondamental qu'est la mobilité ", insiste Philippe Chollet, directeur des études générales et de l'environnement du groupe PSA Peugeot Citroën et membre du Comité de pilotage de l'Institut pour la Ville en Mouvement. " Créé en juin 2000, l'Institut a pour vocation de proposer des solutions innovantes afin de développer de nouvelles formes de mobilité pour tous, y compris pour les aveugles et malvoyants ou les pré-adolescents. Il rassemble des spécialistes internationaux de la réalité urbaine (urbanisme, sociologie, transport, technologies de l'information...), qui confrontent leurs expériences et leurs témoignages. C'est un organe de réflexion et de proposition qui identifie les bonnes pratiques au plan mondial, les teste, les fait connaître afin que toute entreprise ou collectivité puisse prendre le relais. " De son côté, le groupe PSA réfléchit en amont et teste de nouvelles expériences. Par exemple, le système de covoiturage, appliqué depuis plus de quatre ans dans le centre de production de Vélizy (plus de 10 % du personnel l'ont adopté), ainsi que dans le nouveau centre tertiaire de Poissy. " Nous pensons qu'il faut valoriser socialement les covoitureurs en les autorisant à emprunter les couloirs de bus afin de reconnaître leur effort et en motiver d'autres ", ajoute Philippe Chollet. L'un des objectifs du groupe PSA est aussi de développer les systèmes de transport en ville " à la demande ".



EN SAVOIR PLUS

Adresses sites web

www.ville-en-mouvement.com

www.insee.fr

www.colas.com

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