Entrez dans le cercle vertueux de la lutte anti-CO2
Par ANNE LÉVEILLÉ - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3239
© DIDIER MAILLAC / REA
Le carburant augmente, la fiscalité liée aux émissions de CO2 s'est durcie. En limitant l'impact de son parc sur l'environnement, on engrange les économies.
Le saviez-vous ? Sur les 35 millions de voitures en circulation en France, plus de 5 millions sont des véhicules de société. Avec des distances moyennes souvent supérieures aux 14 000 kilomètres parcourus chaque année par les Français. Et un impact environnemental en rapport. Selon Olivier Laguitton, fondateur du cabinet R-CO2, il suffirait qu'un parc de 100 voitures effectuant en moyenne 30 000 kilomètres par an consomme 10 % de moins pour qu'il diminue de quasiment 5 tonnes par an ses émissions de CO2. L'avantage est également financier. Entre la taxe sur les véhicules de société (TVS) et le carburant, ce bénéfice environnemental se traduirait par une économie annuelle d'environ 20 000 euros. La recette numéro un pour réduire les émissions de CO2 d'une flotte consiste évidemment à utiliser des modèles plus sobres. Les gestionnaires de parc peuvent ensuite lancer des formations à l'éco-conduite ou, plus radicalement, instaurer l'autopartage. S'il existe toujours des réfractaires du côté des salariés, on accepte de plus en plus facilement l'idée de rouler dans un véhicule moins puissant, de revoir son style de conduite. Selon Benoît Jouanneault, responsable chez GE Capital Fleet Services, « adopter une conduite plus souple et mieux anticipée réduit le stress et améliore la concentration. Les personnes qui appliquent ces principes réduisent leur consommation d'environ 10 % et voient en parallèle leur risque d'accidents baisser. »
Comme l'explique Jean-Loup Savigny, directeur commercial et marketing d'Arval, loueur de véhicules : « Au début des années 2000, repenser les flottes était une initiative forcée. Il était lié au fait que le CO2 soit devenu la base des TVS. Il s'est aujourd'hui transformé en une prise de conscience collective dans laquelle s'impliquent tous les acteurs de l'entreprise. » Le directeur financier n'est plus le seul à y trouver un intérêt. La communication ou les ressources humaines apprécient de pouvoir mettre en avant une image écologiquement responsable.
1-CHANGER DE CYLINDRÉE
Coup de chapeau aux constructeurs : depuis plus de vingt ans, leurs bureaux de R et D ont permis une baisse continue des consommations et des émissions de CO2. Les généralistes proposent tous des véhicules diesel dont la consommation tourne autour de 4 l / 100 km. Et les flottes d'entreprises affichent des émissions moyennes de 140 g au kilomètre (contre 160 pour le parc français). Opter pour des modèles un peu plus petits ou des versions un peu moins nerveuses suffit pour envisager les 120 grammes, voire les 100 g. Les gestionnaires de parc ont tout intérêt à repenser la composition de leur flotte. Ils économiseront sur le carburant, les frais d'entretien et sur la TVS. Entre une TVS à 2 euros du gramme pour les voitures émettant moins de 100 grammes (comme une Peugeot 207), à 4 euros entre 100 et 120 g (Renault Megane), à 5 euros entre 120 et 140 g (VW Passat), ou à 19 euros pour celles dépassant les 250 g, tel le Porsche Cayenne, la décision peut être rapide. Ceux qui ne savent pas comment analyser les émissions de CO2 de leur flotte pourront s'adjoindre les services des loueurs longue durée comme GE Capital Fleet Services, Lease Plan ou Arval, ou des sociétés de conseil spécialisées dans les achats comme Factea. À partir des consommations normalisées publiées par les constructeurs, ces prestataires dresseront un bilan CO2. Ils définiront ensuite les besoins exacts des collaborateurs avant de proposer une sélection de modèles plus sobres. « Le développement durable est avant tout une question de bon sens : 80 % des véhicules sont sous-utilisés. La première façon de limiter les émissions de CO2 d'une flotte est donc de la redimensionner. Puis de choisir le modèle et la motorisation adaptés à son usage. » assène Jean-Louis Haie, manager chez Factea. Théoriquement idéale, la voiture électrique, avec ses 100 à 120 km d'autonomie, ne peut répondre qu'à des usages restreints. En revanche, arguant qu'une voiture de société n'est pas obligatoirement un véhicule plaisir, Jean-Louis Haie suggère de se tourner vers des modèles moins puissants ou de se passer d'équipements non indispensables et dévoreurs de CO2, comme la climatisation. Le tout est alors de trouver le bon compromis entre les desiderata du directeur financier, friand de la moindre économie, et de ceux du DRH, qui sait que la voiture reste un puissant outil de motivation. Pour Benoît Jouanneault, « modifier une politique de flotte est un exercice difficile, mais se fonder sur des données chiffrées et objectives permet d'ouvrir le dialogue. »
2-LEVER LE PIED
Le deuxième levier qui permet de limiter les émissions de CO2 agit sur le comportement des utilisateurs. Entre un conducteur au pied léger et un « Fangio » au petit pied, des études montrent que la consommation peut varier de 40 % ! Selon Factea, les adeptes d'une conduite sportive ou agressive représenteraient 10 % des utilisateurs. Plus raisonnables, les autres pourraient faire baisser d'environ 15 à 20 % leur consommation en adoptant quelques règles simples de bonne conduite. À l'image des anciens pilotes de compétition de Formule 1 ou de rallye, comme Jean-Pierre Beltoise et Bernard Darniche, les prestataires sont de plus en plus nombreux à organiser des stages d'éco-conduite.
En l'espace d'une journée, on apprend à changer de vitesse à bas régime, à limiter les à-coups en maintenant une vitesse stable, à éviter de monter dans les tours ou à anticiper les variations de trafic de façon à réduire la force des accélérations et des freinages. Facturés autour de 400 euros par participant, ces stages peuvent être financés dans le cadre de plans de formation continue ou par le DIF (droit individuel à la formation). Ils sont amortis dès la première année grâce aux économies de carburant. Le stage se déroule sur circuit (ce qui permet de multiplier les exercices) ou, de façon plus réaliste, sur le trajet quotidien des participants. Le moniteur prend alors place dans la voiture et relève, en temps réel, les défauts de conduite du stagiaire. Plus ludique et moins chère, une autre méthode consiste à former son personnel sur un simulateur loué à la journée, auprès de sociétés comme Develter. Le moniteur installe alors la machine dans les locaux de l'entreprise. Une prestation de ce type coûte environ 300 euros par participant.
L'éco-conduite se traduit par une baisse des taux de sinistres. Pour autant, les assureurs ne jouent pas la carte de la motivation et n'accordent pour l'instant aucune baisse de tarif aux conducteurs ayant suivi ce type de formation. L'entreprise y trouve néanmoins son compte puisqu'elle enregistre une réduction des accidents du travail et une baisse des coûts de réparation et d'immobilisation des véhicules. Qui se traduisent, au bout du compte, par une baisse de ses cotisations d'assurance.
3-TRAQUER LES MAUVAIS PILOTES
L'apprentissage de l'éco-conduite prouve son efficacité sur le court terme. Toutefois, les mauvaises habitudes réapparaissent rapidement, comme les gestionnaires de flotte ont pu s'en rendre compte. Pour y remédier, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à mettre leurs conducteurs sous surveillance en équipant leurs voitures d'un boîtier de télématique embarqué. Couplés à l'ordinateur de bord ou à un accéléromètre (comme pour les systèmes Masternaut, Traqueur, Peugeot Connect ou Qualcomm) ou retransmis via une application i-phone (disponible chez Orange, Nomadic ou ALD Ecodrive), ces dispositifs enregistrent les freinages et les accélérations du véhicule. Suivant les systèmes, ils peuvent alors soit envoyer un rapport mensuel (via le réseau GSM) au gestionnaire du parc, soit alerter le conducteur en lui signalant par un signal sonore ou lumineux toute dérive de consommation par rapport aux résultats qu'il a obtenus lors de sa formation à l'éco-conduite. Facturés entre 5 et 30 euros par mois, ces équipements seraient rentables dès la première année d'utilisation grâce aux économies de carburants réalisées. Malgré leur efficacité, et leur côté pédagogique, la plus grande difficulté reste alors de faire accepter ce genre de dispositif, souvent perçu par les employés comme une méthode de « flicage ».
4-REDÉFINIR LES ITINÉRAIRES
Mettre en place une politique de flotte « verte » ne se résume pas à la recherche de véhicules sobres ou à la modification du comportement des conducteurs. Un troisième axe consiste, plus globalement, à optimiser les déplacements à l'échelle de la société. Et cela passe par le déploiement d'un PDE (plan de déplacements d'entreprise). Celui-ci peut comporter plusieurs volets, dont l'incitation au covoiturage, le télétravail, le recours aux visioconférences ou encore la mise en place de l'autopartage. La dernière formule connaît un succès grandissant et plusieurs loueurs, comme Carbox, Mobizen ou Arval, proposent désormais des prestations de ce type.
L'originalité de ce système tient en son mode de financement : plutôt que d'être facturées au mois comme dans un contrat de location de longue durée classique, les voitures mises à la disposition des salariés sur le parking de l'entreprise sont facturées au kilomètre parcouru. Après avoir réservé un créneau horaire sur internet, les employés accèdent à la voiture grâce à un badge personnalisé. Ils peuvent l'utiliser une pour tous leurs déplacements professionnels ponctuels et éliminer ainsi les notes de frais de taxi.
Avantage apprécié de tous, et en particulier de tous ceux qui profitent de l'occasion pour s'épargner l'achat d'un véhicule personnel, les voitures sont également à la disposition des salariés le soir comme le week-end. Dans ce cas, les utilisateurs seront facturés, à un tarif privilégié, en fonction de la distance parcourue. L'autopartage est alors perçue comme un avantage en nature par les salariés qui ne disposent pas de voiture de fonction. Jean-Loup Savigny, chez Arval, s'enthousiasme : « Ces véhicules partagés s'amortissent plus rapidement qu'une voiture de pool achetée en direct par l'entreprise. C'est une solution écologique et économique, qui renforce les liens entre l'entreprise et les salariés. ». Comme, en fait, toutes les solutions qui responsabilisent les employés vis-à-vis de la sauvegarde de l'environnement.
La loi de finances 2011 a diminué le montant des bonus accordés aux voitures peu polluantes et abaissé les seuils d'émission de CO 2 à partir desquels elles sont éligibles. Les acheteurs de véhicules diesel ou essence reçoivent 800 euros (au lieu de 1 000) pour un modèle émettant de 60 à 90 g de CO 2 au kilomètre. Et 400 euros (au lieu de 500) pour ceux compris entre 90 et 110 g. Le bonus de 100 euros qui était attribué à ceux émettant entre 110 et 120 g est supprimé. Par ailleurs, le bonus accordé aux véhicules au gaz (GPL et GNV) est supprimé et les véhicules hybrides devront émettre moins de 110 g de CO2 au kilomètre (au lieu de 135 g) pour prétendre au bonus de 2 000 E. Les 5 000 euros attribués aux voitures émettant moins de 60 grammes (autrement dit, aux voitures électriques) sont en revanche maintenus.
LE COFFRE CHARGÉ N'y stockez ni dossiers ni produits. Chaque kilo inutilement transporté demande un effort supplémentaire au moteur et accroît la consommation (5 % pour 100 kilos). De même, ôtez les barres de toit et la galerie quand vous ne les utilisez pas. LES PNEUS SOUS-GONFLÉS Contrôlez régulièrement leur pression. Rouler avec des pneus sous-gonflés accroît de 3 % la consommation, accélère leur usure, modifie la tenue de route et les distances de freinage, et renforce les risques d'éclatement. LES TRAJETS URBAINS En choisissant vos horaires et en combinant vos déplacements, vous éviterez les petits trajets et les embouteillages, qui génèrent les plus importantes émissions de CO2. Dès que vous êtes immobilisé plus d'une minute, coupez votre moteur. Ou optez pour une voiture dotée du stop and start. LA CLIMATISATION À FOND En limitant à 5 degrés l'écart entre la température extérieure et celle de l'habitacle, on réduit la surconsommation de 30 % sans attenter au confort. Éteignez le siège chauffant passager et le dégivrage de la lunette arrière. LA CONDUITE SPORTIVE Conduisez avec calme, anticipez, maintenez une vitesse constante et gardez vos distances. En évitant les surrégimes, vous limiterez la consommation et les émissions comme les risques d'accidents. L'ENTRETIEN IRRÉGULIER En changeant régulièrement les filtres à huile et à air, en vérifiant l'état de l'échappement et en faisant régler son moteur, on peut fortement réduire les émissions de CO2 ainsi que les risques de pannes et d'accidents.
Essence ou diesel. Consommant en moyenne 20 % de moins qu'un moteur essence, le diesel émet moins de CO2. C'est la solution à privilégier en attendant des hybrides diesel aux prix abordables. L'E85 (bioéthanol) émet en moyenne 80 % de CO2 de moins que l'essence. Peu de stations en distribuent. En attendant la deuxième génération de biocarburants, issue de plantes non alimentaires, on lui reproche « d'affamer la planète ». Gaz GNV et GPL Les émissions sont de 15 à 20 % inférieures à celles des moteurs classiques. Mais le réseau de distribution est clairsemé, et le bonus auto a disparu. Hybride électricité-essence. Plus chère à l'achat, il faut la réserver au milieu urbain, où le mode électrique est souvent activé. Électrique. Zéro émission de CO2 au pot d'échappement. La faible autonomie des véhicules et l'absence actuelle de stations de recharge pénalisent cette solution théoriquement irréprochable.
RENAULT CLIO VENTES 2010 : 37 060 Version Business Eco 2 DCi FAP 90 CV Prix catalogue 19 750 euros Taux de CO2 94 g/km Bonus 400 euros TVS * 188 euros La seule citadine française sous les 95 g / km. Ses 3,6 l de consommation en cycle mixte reposent, entre autres, sur une boîte de vitesses aux rapports rallongés. PEUGEOT 207 VENTES 2010 : 30 600 Version 98, 1.6 HDi 92 CV Prix catalogue 17 750 euros Taux de CO2 98 g/km Bonus 400 euros TVS * 196 euros Assagie pour consommer moins, elle affiche une aérodynamique retravaillée, des rapports de boîte de vitesses allongés et des pneus basse résistance au roulement. CITROËN C3 VENTES 2010 : 21 750 Version Airdream Business HDi 70 CV Prix catalogue 15 350 euros Taux de CO2 104 g/km Bonus 400 euros TVS * 416 euros Son look est séduisant, mais, malgré sa faible puissance, la petite Citroën dépasse les 100 g. Sa TVS passe ainsi de 2 à 4 euros au gramme de CO2 émis. PEUGEOT 308 VENTES 2010 : 20 400 Version 1.6 e-HDi 112 CV (disponible en juillet 2011) Prix catalogue 24 300 euros Taux de CO2 98 g/km Bonus 400 euros TVS * 196 euros Cette version passe de 104 à 98 grammes en s'appuyant sur une fonction stop and start de dernière génération et des pneus ultra-basse résistance au roulement. RENAULT MEGANE VENTES 2010 : 17 500 Version Business Eco 2 DCi FAP 90 CV Prix catalogue 22 790 euros Taux de CO2 104 g / km Bonus 400 euros TVS * 416 euros Modèle le plus prisé des flottes dans la catégorie des véhicules compacts, la Megane va profiter dès cet été du nouveau moteur 1.6 DCI, de 30 % plus sobre.
FLORIAN LAMBOLEZ Chargé de mission pour les achats non marchands, Vivarte
Comment avez-vous obtenu le trophée Green Car Policy, décerné par le loueur Arval ? Nous nous sommes lancés il y a deux ans dans une politique de flotte visant à optimiser notre performance environnementale. Et nous avons rapidement obtenu d'importants résultats. Plus de 60 % des 100 véhicules renouvelés par an sont sous les 120 grammes et nos émissions de CO2 ont baissé de 60 tonnes. Notre objectif est désormais que toute notre flotte passe sous ce seuil en 2014. Quels ont été vos principaux leviers d'action ? La recette a été de repenser nos achats et de ne plus nous fier uniquement au coût facial et aux montants des loyers. Avant, notre flotte était très diverse et nos critères se limitaient à la puissance fiscale et au prix constructeur. Aujourd'hui, nous tenons compte des émissions de CO2 (qui fondent la taxe sur les véhicules de société), et du TCO (coût total de possession) qui intègre les coûts d'assurance, l'entretien ou la valeur de revente. Certains constructeurs sont-ils meilleurs que d'autres ? Hier, nous achetions surtout des modèles sur lesquels nous obtenions d'importantes remises. Notre nouvelle approche élargit le choix. Entre des émissions très basses et des valeurs résiduelles élevées, les marques allemandes affichent un excellent rapport prestations / émissions / coûts. Nous en référençons quatre, et conservons un choix de véhicules français pour les collaborateurs qui les préfèrent.











