Entrepreneur professionnel

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3291

Depuis sa prime jeunesse, Jean-Baptiste Rudelle veut créer une entreprise. Avec Criteo, pépite aux 600 salariés dont le chiffre d'affaires atteint 200 millions d'euros, il réalise son rêve.

Fraîchement débarqué de la Silicon Valley, Jean-Baptiste Rudelle travaille à deux pas de l'Opéra de Paris, dans une ambiance de déménagement. Trop à l'étroit, Criteo s'installe en effet dans quelques jours dans 10 000 mètres carrés, à proximité de Google. Il faut dire que, depuis qu'il a lancé son offre de ciblage de publicité en ligne fondé sur l'analyse de la navigation des internautes, la croissance est au rendez-vous. La société est passée de 20 salariés et pas de chiffre d'affaires en 2008, à plus de 600 personnes travaillant aujourd'hui dans 15 pays et 200 millions d'euros. Et devrait approcher 850 personnes et 400 millions d'euros en 2012. Vous avez dit ambition ?

C'est un rêve de jeunesse que réalise Jean-Baptiste Rudelle. « Depuis toujours, ce que je veux, c'est créer mon entreprise », martèle-t-il. Une passion héritée de son grand-père, patron de l'usine de la Société métallurgique de Normandie, à Caen ? Ou de ce grand-oncle qui dirigea Nestlé ? Non. « Il ne faut pas chercher si loin, assure-t-il. J'ai juste toujours voulu créer quelque chose. » Et pour cela, ce passionné du jeu d'échecs avait un plan : acquérir des compétences techniques, les enrichir avec celles de businessman, créer une entreprise et, enfin, devenir leader mondial. Ce plan, il l'exécute. Pas à pas.

Goût de l'informatique et facilités en maths obligent, il opte pour un cursus d'ingénieur informatique à Supelec. Diplômé, il travaille chez EDF puis rejoint Philips, mais se sent trop à l'étroit chez ces géants. « J'avais plein d'idées, se souvient-il, et je ne pouvais pas les mettre en oeuvre. » Très vite, il monte une petite entreprise dans les télécoms... qui ferme quelques mois plus tard. « Nous avons fait toutes les erreurs possibles », s'amuse-t-il.

 

 

« Jean-Baptiste Rudelle a une grande lucidité. Et une capacité rare de décider extrêmement rapidement. »

Marie Ekeland, partner de la société de capital-risque Elaia Partners

 

 

Jamais à court d'idées

Qu'à cela ne tienne. En 1996, Jean-Baptiste Rudelle devient consultant chez Roland Berger, puis chez Arthur D. Little. Mais rapidement, il débauche deux de ses collègues... et monte une autre structure en 1999, K Mobile Kiwee. « Ils avaient laissé entrer le loup dans la bergerie », plaisante Francis Cohen, cofondateur, qui dirige aujourd'hui la start-up Iminent. Créée à la faveur de la bulle internet pour vendre des sonneries et des logos pour mobile, la jeune pousse est revendue avec force plus-value à un géant américain.

Jean-Baptiste Rudelle ne tarde pas à trouver l'idée qui donnera naissance à Criteo. Et là, grand coup de chance. Alors qu'il travaille à son premier tour de table, en 2004, il visite un incubateur et raconte son projet à l'un des occupants. « Il m'a indiqué, au bout d'un couloir, deux ingénieurs, qui avaient la même idée que moi ! » dit-il. Quelques semaines plus tard, Franck Le Ouay et Romain Niccoli, ingénieurs informatique de l'École de mines, ex-employés de la R et D de Microsoft aux États-Unis, fondent Criteo avec lui. Nous sommes en 2005. « C'est sa première grande décision, juge Marie Ekeland, partner de la société de capital-risque Elaia Partners et soutien de la première heure. Jean-Baptiste Rudelle a une grande lucidité. Et une capacité rare à décider extrêmement rapidement. »

Même rapidité d'exécution quand il décide, en 2008, de partir vivre à Palo Alto, avec sa femme et ses filles, pour développer une filiale. Histoire de montrer que son implantation, c'est du sérieux, il fait entrer à son capital l'un des plus anciens fonds américains, Bessemer Venture Partners. Un pari américain réussi. Avec quatre bureaux, le pays sera bientôt son plus gros marché.

Jean-Baptiste Rudelle peut rentrer en France. Malgré les contraintes fiscales. Malgré la forte attraction de l'innovation californienne. « Je dois gérer la croissance ici », insiste ce défenseur convaincu de la France comme territoire de développement d'entreprises numériques. « Avec une forte R et D, c'est même un paradis, poursuit-il. Contrairement aux idées reçues, nous avons des investisseurs compétents, capables de parier sur des personnes autant que sur des entreprises. Sans compter nos ingénieurs, que le monde entier s'arrache. » Le jeune patron a rejoint France Digitale, un lobby tout juste né qui regroupe investisseurs et start-up. « J'aimerais donner aux gens l'envie d'entreprendre », ajoute-t-il. Et comme le résume Francis Cohen : « Son moteur, c'est la création de valeur au sens noble du terme. Fabriquer un mécanisme, une horloge, la voir tourner. Et si elle fonctionne mal, l'améliorer. » Un modèle d'ingénieur en somme !

EN QUELQUES MOTS
  • Stagaire Il a eu un petit boulot d'ouvrier comme filteur à l'usine de son grand père, la Société métallurgique de Normandie, à Caen.
  • Indépendant Son père est artiste peintre, sa mère chercheur en sciences politiques, il sera entrepreneur.
  • Aventurier Histoire de s'essayer à un autre modèle d'entreprise, il a ouvert une saladerie.
  • Essayiste Il est l'auteur de deux essais, dont un sur la starisation et la paupérisation simultanées des professions.

 

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