Pour certains, ils sont arrogants et ne savent rien faire. D'autres louent leur agilité, leur culture web et leur insertion dans l'économie mondiale. Mais au fond qu'attendent les jeunes du monde du travail ? La Cegos a mené une étude d'ampleur sur le suj
C'est une véritable mutation qui attend les entreprises. Les vieux modes de management sont caducs face à l'arrivée de ceux qu'on appelle la génération Y. C?est, en tous cas, ce que montre l'étude menée par la Cegos auprès de 1001 jeunes âgés de 20 à 30 ans. L'âge, le sexe, la catégorie socioprofessionnelle ou le niveau d'études n'y font rien. Les jeunes ont un comportement homogène qui marque une vraie rupture avec leurs ancêtres. Finies les logiques de l'honneur ou l'acquisition d'un statut social pouvant justifier des sacrifices : les enfants de la crise ont vu leurs parents au chômage. Cela ne détourne pas du travail qui apparaît comme la seconde réponse à la question « qu'est ce qui important pour vous dans la vie ». Mais pas à n'importe quel prix.
Du travail oui, mais pour gagner de l'argent et s'épanouir. Qu'on se le dise, les juniors d'aujourd'hui ont assimilé les règles de la vie économique et de l'entreprise. Les plus optimistes y verront davantage de réalisme. Ils ne risquent pas d'être déçus pour avoir placé trop d'espoirs dans la vie professionnelle. Elle a sa place, mais sa place est strictement délimitée. S'ils travaillent, c'est d'abord pour gagner de l'argent (91 % des réponses), s'épanouir (53 %) ou avoir une vie sociale (48 %). A peine un cinquième pense que le travail l'aidera à trouver sa place dans la société. Cela donne une idée du changement en cours.
Conséquence : quand ils choisissent leur entreprise, les jeunes s'intéressent avant tout au niveau de rémunération, à l'évolution proposée et aux possibilités de carrière. Un tiers seulement cite la stabilité de l'emploi ! Pourtant, contrairement aux idées reçues, le jeune salarié n'est pas un zappeur forcené incapable de tenir en place, instable par nature comme voudraient le faire croire certains. Ce sont des consommateurs de leur employeur. Aussi longtemps que celui-ci leur apporte une entière satisfaction, que la promesse est tenue, ils resteront. 71 % des jeunes déclarent qu'ils ne quitteront pas leur employeur s'il répond à leurs attentes. En revanche, gare aux promesses non tenues... Les deux premières raisons pour changer de poste de travail sont la dégradation de l'ambiance et le manque d'intérêt du travail.
L'influence d'Internet, un changement majeur
Pour caractériser ces mutants, l'entreprise de formation parle de génération contrat adepte du donnant-donnant. Internet et les nouveaux modes d'éducation sons passés par là. L'autorité ne s'impose plus, elle se mérite. Toute règle pour être acceptée doit être expliquée. Les enfants de Françoise Dolto ont appris à discuter l'autorité. Que les adeptes du management caporaliste ne désespèrent pas, ils pourront continuer à sévir. Le jeune n'est pas rebelle, il fera plutôt le gros dos, la grève du zèle. A tel point que les experts de la Cegos recommandent aux DRH d'observer les signaux faibles.
Les nouvelles technologies sont aussi passées par là. Pour télécharger, faire de la vidéo ou bloguer, ils n'ont pas attendu qu'un adulte leur montre comment faire. Les pairs se sont substitués au père. L'heure est au partage d'expériences. Ainsi, interrogés sur leurs attentes en matière de management, ils plébiscitent les personnes ressources plutôt que le manager traditionnel. Autrement dit, rien ne vaut pour les jeunes un expert pour résoudre un problème. Autre traduction de ce phénomène : les collègues sont ceux en qui les jeunes salariés font le plus confiance (53 % les citent en première réponse et 90 % les citent) devant le manager de proximité. En revanche, la DRH n'est citée que par un petit dixième. Les syndicats et autres représentants du personnel font un peu mieux (5 % les citent en premier, 39 % les citent).
Au-delà de l'influence du web, la raison de cette confiance placée dans les pairs, rappelons aussi bien pour le jeune ouvrier, employé, ou cadre, est aussi à chercher du côté de leur besoin d'écoute, de respect et de reconnaissance. Comme un leitmotiv, le respect revient de question en question. La génération montante donnera à l'entreprise à hauteur de ce que celle-ci leur propose. Voilà les responsables prévenus. A eux d'agir, car une fois la crise finie, et les papys boomers partis, les jeunes auront à nouveau un marché du travail en leur faveur.
Christophe Bys
Vu par les DRH : le jeune, cet incompris
Parallèlement à l'enquête menée auprès des jeunes, la Cegos a interrogé 120 DRH. Ce qu'ils reprochent le plus aux jeunes ? Ce n'est pas d'abord leur arrogance, ou leur difficulté à supporter l'autorité. Non c'est leur trop grand niveau d'exigence. Bel aveu de la difficulté de comprendre la génération donnant-donnant. Ah que le monde serait doux si les 20 30 ans attendaient moins de leur entreprise. Autre défaut pointé par les DRH : la difficulté à respecter les règles.
Tout aussi intéressant sont les formes prises par la « désobéissance » aux normes de l'entreprise. Les DRH interrogés citent
- le micro absentéisme - plutôt que de protester, les jeunes vont rattraper les heures supplémentaires qu'on leur a imposées ;
- le non respect de la confidentialité des informations - à l'heure des réseaux sociaux, gare aux fuites ;
- et le déclenchement plus fréquent des litiges, toujours ce rapport contractuel donnant-donnant.
Pour la Cegos, l'arrivée des jeunes obligera les entreprises à revoir notamment leur politique RH en individualisant le management, en acceptant la culture de l'expérimentation (sur internet, l'essai erreur est roi). Côté règles, mieux vaut donner des repères clairs, en indiquant clairement ce qui est négociable et ce qui ne l'est pas. De même, l'entreprise doit être exemplaire et se comporter comme elle le dit. Et comme rien n'est jamais simple, pour s'adapter aux jeunes, il faudra savoir donner de l'autonomie tout en renforçant la supervision. Bon courage !