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Enjeu européen

Par PIERRE-OLIVIER ROUAUD - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3229
PIERRE-OLIVIER ROUAUD
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Loin des révoltes arabes sur lesquelles, hélas, l'Europe n'a pas encore parlé d'une voix unie, nos 27 chefs d'État et de gouvernement se réunissent le 11 mars. Un conseil à Bruxelles qui en prépare un autre, décisif, les 25 et 26 mars. Au menu, la réforme de la zone euro. Derrière l'aspect rebutant (les politiques communes des 17 pays de l'eurozone), l'avenir européen s'y jouera.

En 2010, des orages grecs ou irlandais surgit une crise existentielle. Dans l'urgence, après d'âpres débats, on trouva des solutions pour éviter le chaos. Ce furent les aides d'urgence, puis le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et ses 500 milliards d'euros. Non sans succès, même si la mèche reste allumée. Au-delà, ces crises posèrent ex abrupto de bonnes questions au vu de l'insuffisance du pacte de stabilité, que pour mémoire Dublin et Madrid respectaient avant la crise.

Désormais, doivent être fixées les bases d'un gouvernement économique et la pérennisation du FESF. Comment ? Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont avancé, à l'automne, les idées de surveillance étroite des budgets nationaux, de sanctions accrues et de réforme (limitée) du traité de Lisbonne. Le couple franco-allemand a remis le couvert début février en proposant un « pacte de compétitivité », à savoir la constitutionnalisation des règles de déficit, une fiscalité encadrée, l'harmonisation des retraites... Certains, à Athènes ou à Dublin, trouvent ces dispositions iniques, d'autres en Europe centrale craignent une Europe à deux vitesses. Angel Merkel doit composer avec un fait nouveau outre-Rhin : l'euroscepticisme. En France, l'indifférence est quasi totale.

Au-delà de la technique, quelles qualités sont nécessaires pour réussir cette réforme ? La première est l'intelligence. Le plan franco-allemand a l'immense mérite d'exister, mais n'est recevable que si les règles ne relèvent pas du dogme. Pour mémoire, l'Allemagne enfreint, entre 2002 et 2005, la règle des 3 % de déficit à laquelle elle disait tenir à la virgule près. La seconde est l'équité. Sans encourager les pays cigales, l'enjeu est d'éviter le syndrome de la maison de redressement (l'Irlande sera un bon test). La dernière est la clarté. Notre avenir commun est en cause, on attend une parole publique forte. Chacun peut s'opposer à ce qui se construit. Nos dirigeants, eux, doivent une explication claire aux peuples.

Complexe, bureaucratique, faite de compromis, l'Europe ennuie ou énerve. C'est vrai. Mais dans ce monde en ébullition, elle reste un pôle de stabilité, le continent de la redistribution, celui ayant choisi la coopération. Osons le, un modèle. Pourquoi pas pour les peuples arabes (quelle allure aurait un Maghreb uni). Au-delà de l'eurozone, l'enjeu est là.

 

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