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Enfin des interlocuteurs à l'Agence de l'innovation industrielle

Par JEAN-MICHEL MEYER - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2990

Annoncée voici un an, l'Agence de l'innovation industrielle sera prête début 2006. Elle financera 20 projets dans l'année qui vient. Et 10 en 2007.

Rien ne sert de courir, il faut partir à point. La toute jeune histoire de l'Agence de l'innovation industrielle (AII) démontre une fois de plus la clairvoyance de Jean de la Fontaine. A la veille de son premier anniversaire, le nouveau bras armé de l'Etat pour relancer de grands programmes industriels termine de s'installer, complète son recrutement et ne sera opérationnel qu'en janvier 2006.

Difficile d'aller plus vite. Imaginée par Jean-Louis Beffa (le patron de Saint-Gobain), qui en devient le président du conseil de surveillance, l'AII a d'entrée été placée sous la pression du politique. Annoncée par Jacques Chirac, le 5 janvier, le Chef de l'Etat l'a inaugurée le 30 août. « Je souhaite que les premiers contrats de soutien soient passés avec l'industrie avant la fin de cette année », exigeait-il, ce jour-là.

4 domaines d'action

« C'était un peu ambitieux, tempère Robert Havas, le président du directoire de l'AII. Nous financerons une vingtaine de projets en 2006. » Et pour cause ! L'ancien directeur de la coopération de la R & D chez Thomson a été recruté le 1er septembre. Le décret de sa nomination a été publié le 21 septembre, avec celles des deux autres membres du directoire, Michel Rebuffet, ex responsable de la technologie chez EADS, et François Demarcq, qui a été directeur général de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe).

Et ce n'est que depuis le 10 octobre que l'équipe est rassemblée dans des locaux parisiens de la Caisse des Dépôts, où flotte encore une odeur de peinture fraîche. Sur un effectif de trente personnes à recruter avant la fin décembre, il en reste une dizaine à finaliser. « L'ossature de l'agence sera en place avant la fin de l'année et nous fonctionnerons de manière très simple », explique Robert Havas.

L'AII financera des projets innovants pilotés par des groupes dans quatre domaines : les TIC, l'énergie et l'environnement, le transport et les systèmes de transport, ainsi que la chimie et les biotechnologies. Michel Lemonnier, qui vient de Philips France, prend la direction du programme TIC. Et Bernard Gindroz, transfuge de l'Ademe, celle de l'énergie et de l'environnement. Les deux autres postes seront pourvus avant la fin du mois. « Nous avons recherché des personnes capables de comprendre les enjeux au-delà de leur spécialité », souligne le président du directoire.

En parallèle, une direction de la prospective est confiée à Patricia Renaud, qui était, depuis 2002, directeur de la R & D de Suez Environnement. Une fonction éminemment stratégique. « Ce poste doit nous permettre d'ouvrir les yeux et d'être proactifs », commente Robert Havas. Patricia Renaud a déjà sa feuille de route : « synthétiser la R & D mondiale, savoir qui fait quoi, où sont les lacunes françaises et inciter les industriels à se lancer sur des pistes inexplorées en France. »

« On peut se réjouir que l'Etat manifeste une volonté forte de soutenir l'innovation, souligne Hervé Juvin, le président du cabinet conseil en stratégie Eurogroup Institut. Mais il faut être vigilant pour que l'agence ne succombe pas à la tentation du saupoudrage et qu'elle obéisse à une logique de résultat. Sinon son pouvoir ne se mesurera qu'à l'augmentation de son budget. »

Les profils d'industriels choisis pour animer l'Agence suffiront-ils à éviter une telle dérive ? Depuis le 5 décembre, un site Internet (www.aii.fr) énumère les étapes pour soumettre un projet. « Nous voulons créer des champions mondiaux, s'exclame Robert Havas. Notre finalité c'est le marché, ce n'est pas de faire avancer l'état de l'art de telle ou telle technologie. Nous devrons déterminer la capacité des chefs de file des projets à emmener leur consortium vers l'excellence mondiale pour occuper, d'ici 5 à 8 ans, une partie non négligeable du marché avec un produit, un service ou des brevets. » Une vingtaine de groupes ont déjà présenté un ou plusieurs projets. « Nous serons très durs. Nous ne soutiendrons que les dossiers dont nous sommes sûrs qu'ils réunissent toutes les conditions pour réussir, jure-t-il. Tout le monde veut que nous allions vite. Nous aussi. Mais nous engageons de l'argent public, nous devons donc mener des instructions solides. »

Ce n'est donc qu'à partir d'avril 2006 que l'AII attribuera ses premiers soutiens pour en désigner une vingtaine dans l'année. Et une dizaine en 2007. Les quatre projets franco-allemands présentés, pourtant, par Jacques Chirac le 30 août, le réseau multimédia du futur, le développement de l'imagerie moléculaire à très haut champ, la biophotonique et la bibliothèque numérique du futur (Quaero), ne seront financés qu'au printemps 2006.

Jouer la complémentarité

Annoncée comme le concurrent de Google, Quaero est le plus emblématique. L'un de ses initiateurs, du temps où il était encore chez Thomson, n'est autre que Robert Havas. C'est à cette occasion qu'il a rencontré, en mars, les promoteurs de l'AII. Le projet rassemble Thomson, France Télécom et des PMI : LTU (logiciels d'indexation d'images), Vecsys (reconnaissance vocale) et Exalead (moteur de recherche). « Le marché des moteurs de recherche se consolide horizontalement, analyse François Bourdoncle, le P-DG d'Exalead, une PME de 40 personnes. On assiste à l'émergence des Auchan, Wal Mart ou Carrefour de l'économie numérique. L'Europe ne peut pas rester sans agir. Quaero réussira s'il parvient à faire collaborer des partenaires aux technologies complémentaires. »

Ce n'est pas gagné ! « Les grands groupes français ne jouent pas le jeu d'une collaboration gagnant/ gagnant avec les PME, regrette le P-DG d'Exalead. Avec des règles écrites par l'Agence, la collaboration sera peut-être plus intelligente. Cela vaut le coup d'essayer. » Un pari que relève Robert Havas : « Nous aimerions bien que les PMI apportent du sang frais aux grands groupes. » Rendez-vous en avril.

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