La "transition énergétique", c’est comme les 35 heures : une réforme agréable mais qui peut se traduire, si elle est radicale, par une perte de compétitivité de la France.
Les Français, de plus en plus nombreux, rejettent le nucléaire ? Ils craignent les gaz de schiste comme la peste ? Plébiscitent le soleil ? Rêvent d’éolien ? Alors ils doivent assumer. En acceptant, par exemple, que les éoliennes puissent être érigées près de chez eux… En admettant - surtout - que cela coûtera plus cher à tout le monde : aux utilisateurs, particuliers et entreprises, et aux contribuables. Dans son audit rendu public lundi, la Cour des comptes rappelle ainsi que le développement des énergies renouvelables représentera, d’ici à 2020, un supplément de 7,5 milliards d’euros de charges de service public de l’électricité. En réalité, la "transition énergétique" constitue un immense chantier que L’Usine Nouvelle évalue pour la France à 250 milliards d’euros (lire notre enquête, page 23). Opportunités d’affaires pour les uns, comme Schneider Electric, Saint-Gobain… Surcoûts à encaisser pour les autres, à savoir les consommateurs d’énergie. Le grand débat énergétique est donc un débat de politique industrielle.
Si le gouvernement Ayrault, comme son prédécesseur, veut redresser la production, il n’a pas intérêt à alourdir d’un gramme le fardeau qui pèse sur les industriels. Or, la "transition", c’est comme les 35 heures : une réforme agréable qui peut se traduire, si elle est radicale, par une perte de compétitivité. L’emploi industriel serait alors le dommage collatéral du développement durable. L’affirmation a de quoi faire hurler les écologistes, qui ont l’art de dénicher des chiffres rassurants. En Allemagne, affirment-ils, 500 000 emplois ont été créés dans le bâtiment et les énergies nouvelles. Et les emplois détruits par un renchérissement de la facture énergétique ? En l’absence de données, les partisans des énergies "sales" ont le mauvais rôle : celui d’affreux réactionnaires ou de défenseurs sordides des grands lobbys. La réalité est plus subtile. Interrogez les ingénieurs de Total ou d’EDF : vous verrez s’ils sont prêts à sacrifier la santé de leurs enfants dans le seul but de favoriser leur employeur.
De la même façon qu’aucune étude (sérieuse) ne permet d’envisager sans crainte la sortie du nucléaire, aucun argument (rationnel) ne permet de disqualifier l’exploitation des gaz de schiste. Les experts affirment que le sous-sol français en regorge, mais il ne faudrait même pas y songer ! Mieux vaut sans doute continuer d’enrichir les producteurs de pétrole. Mieux vaut moquer les États-Unis qui bénéficient, depuis qu’ils exploitent leurs précieuses huiles enfouies sous leurs pieds, d’une énergie meilleur marché. Mieux vaut rêver.









