Energie : l'Europe doit être unie et solidaire
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Dans son rapport remis hier au Premier ministre, Claude Mandil prône une plus grande solidarité entre les Etats membres de l'Union sur la question énergétique. Il préconise aussi un arrêt de la diabolisation de la Russie.
La prochaine présidence de la France de l'Union Européenne devra traiter plusieurs chantiers avec en priorité l'agriculture et l'énergie. Sur ce dernier dossier, François Fillon a reçu hier le rapport baptisé « Sécurité énergétique et Union Européenne », réalisé par Claude Mandil, l'ex-président de l'Agence Internationale de l'Energie (AIE).Dans ce rapport, Claude Mandil reste fidèle à ses convictions. Pour lui, la sécurité en approvisionnement énergétique ne dépend pas tant de facteurs exogènes( dysfonctionnements, accidents climatiques, fournisseurs...) qu'endogènes. L'adéquation entre l'offre et la demande sur le moyen et long terme est in fine le seul vrai risque identifié et celui qui menace la sécurité énergétique de l'Europe.
Pour Claude Mandil, face à ces enjeux, chaque pays de l'Union joue aujourd'hui pour son camp en réalisant des accords gré à gré avec les fournisseurs. Si les entreprises de chaque pays jouent normalement le jeu de la concurrence, c'est au gouvernement de chacun des pays de jouer la solidarité et « parler d'une seule voix ». Une nécessité d'autant plus forte que les efforts désordonnés de chacun ne sont pas un gage de sécurité à terme et sont surtout coûteux.
Les pays producteurs n'investissent pas assez
Le diagnostic est pourtant sans appel : alors que la demande ne cessera d'augmenter, les pays producteurs de pétrole ou de gaz n'investissent pas suffisamment pour accroître leur production. De 50 % aujourd'hui, l'Europe importera en 2030 70 % de son énergie prédit le rapport. Hors les risques de crises et de pénurie sont identifiés. Ainsi pour le pétrole, Claude Mandil spécule ainsi sur des besoins à venir de 120 millions de barils par jour (mb/j) alors que la production ne pourra excéder au vu des investissements actuels les 100 mb/j. Une insuffisance diagnostiquée qui créera « une crise pétrolière très sérieuse au cours de la prochaine décennie avec des prix extrêmement élevés ». Une phrase d'actualité, alors que le baril affiche son plus haut niveau historique à 117 dollars...
Devant la raréfaction du pétrole, le gaz est la solution alternative utilisée par nombre d'acteurs de l'énergie pour produire de l'électricité. Mais, là aussi, le rapport pointe les mêmes causes et les mêmes effets. La demande augmente et les producteurs n'investissent pas suffisamment dans les infrastructures pour augmenter la production. Aujourd'hui, l'Union produit un quart de ce qu'elle consomme en gaz, un autre quart est importé de Russie, 16 % de Norvège et 15 % d'Algérie (le solde est assuré par la Libye, le Nigéria ou l'Asie Centrale). Mais l'utilisation du gaz est critique pour entre autres produire de l'électricité et les canaux d'acheminement peu sécurisés.
Le bien commun mondial comme élément fédérateur
Pour pallier ces risques, le rapport préconise plusieurs axes pour l'Europe avec comme postulat de départ que l'UE soit unie et solidaire sur ces questions. Les autres préconisations découlent de ce premier acquis :
- une régulation européenne appliquée à tous les pays de l'Union et appliquée à tous
- une extension des interconnexions entre pays pour pallier les ruptures d'approvisionnement en cas d'accident
- un vrai dialogue avec les pays fournisseurs (hors UE) au nom du bien commun
- l'application des règles pour ralentir le réchauffement climatique (qui rejoint le bien commun)
La Russie, un partenaire fiable
Le dialogue avec les fournisseurs revêt une importance particulière. Et plus encore celui avec la Russie qui est aujourd'hui diabolisée du fait de la quasi « nationalisation » de Gazprom ou tout du moins, ses relations plus qu'étroites entre pouvoir politique et le conseil d'administration du gazier. Du fait aussi de la rupture de livraison initiée par Gazprom en mesure de rétorsion envers l'Ukraine par exemple. Pour Claude Mandil, « l'Europe est dans une position de donneur de leçon vis-à-vis de la Russie, mais c'est un pays souverain. » Hors, jusqu'aujourd'hui, la Russie s'est toujours montrée fiable dans son approvisionnement. In fine, selon le rapport, les risques émanant de la Russie relèvent plus du fantasme que de la réalité. Et l'Europe gagnerait à avoir une politique cohérente, afin de négocier de vraies conditions sur les prix, les modalités et la durée des contrats avec la Russie plutôt que de « réveiller l'ours qui saccage la forêt ».
Un chantier délicat
La présidence française de l'Union a donc une feuille de route conséquente sur le dossier énergie. Mais la France, tout comme l'Allemagne, refuse la séparation entre la production et la distribution d'électricité, pour ne pas démanteler ses opérateurs intégrés. Une posture délicate pour évoquer une meilleure régulation des échanges et du marché.
F.F.
Pour en savoir plus : lire le rapport « Sécurité énergétique et Union Européenne »

dans la même rubrique
26/05/2012 La semaine chargée d’Arnaud Montebourg, et le reste de l’actualité industrielle26/05/2012 Areva tourne vers L’Australie
26/05/2012 Le jurassien Tech Power revisite la signalétique












