Energie Différence de ton, pas de fond
Le 30 octobre 2008 par DE NOTRE CORRESPONDANT AUX ETATS-UNIS, PHILIPPE DEROIN | L'Usine Nouvelle n° 3121
En matière de politique énergétique, les candidats, même s'ils reprennent en partie les options traditionnelles de leurs partis, affichent tout deux des priorités assez similaires : plus d'indépendance, plus de technologies propres, un retour du nucléaire... Pour l'Américain de la rue, la crise de l'énergie s'est traduite avant tout sur le prix du gallon d'essence passé de 1 dollar début 2002 à plus de 4 dollars cet été. Les prix baissent maintenant (2,4 dollars), mais le public craint une nouvelle flambée. Avec 5 % de la population mondiale, les Etats-Unis consomment 25 % du pétrole et ne produisent plus que le quart de leurs besoins. John McCain martèle que les importations d'or noir pèsent pour 41 % dans le déficit commercial. Il veut donc forer plus en Alaska et sur le plateau continental, en espérant toucher le gros lot, comme le Brésil l'a fait récemment. Barack Obama accepte l'idée de nouveaux forages. Mais il veut aussi contraindre les pétroliers à exploiter les champs pour lesquels ils ont reçu des permis mais qu'ils ont laissé à l'abandon, sous peine de perte des autorisations. Les candidats s'opposent au sujet d'un impôt exceptionnel sur les pétroliers que John McCain refuse mais dont Barack Obama espère tirer jusqu'à 1 000 dollars par famille.
Sur un thème au moins, tous deux sont d'accord : il est temps de contrôler la manière dont les marchés jonglent avec le baril. Pour McCain, il s'agit de réformer les contrats pétroliers à terme, quand Obama veut « punir » les spéculateurs. Le débat est toutefois faussé par des slogans « d'indépendance nationale » cadrant mal avec les mécanismes réels du marché.
Dans le domaine du charbon, l'oncle Sam garde de considérables réserves, mais malgré l'effervescence médiatique autour du charbon propre, les centrales en construction restent conventionnelles et polluantes. John McCain veut injecter 2 milliards de dollars par an dans le charbon propre et créer un crédit d'impôt recherche en énergies nouvelles de l'ordre de 10 % de la masse salariale. Il veut promouvoir les biocarburants et les véhicules flex-fuel mais aussi réduire les subventions à l'éthanol jugées abusives et qui sont, de fait, très liés au clientélisme agricole.
PLUSIEURS VOIES À EXPLORER
Outre les énergies vertes (lire p.26), le nucléaire est le secteur qui a le plus à gagner de la disette énergétique et la lutte contre l'effet de serre. John McCain promet de 45 à 100 nouvelles centrales. Barack Obama, plus mesuré (notamment sur le site de stockage de Yucca Mountain, dans le Nevada), a néanmoins rompu avec le traditionnel mantra antinucléaire démocrate et sa politique ambitieuse anti-CO2 joue en faveur de l'atome. En fait, les deux candidats se plient à la réalité : l'Amérique n'a pas besoin d'une solution unique mais doit explorer plusieurs voies, y compris l'efficacité énergétique. Déjà une petite révolution. .

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