Encore plus intelligent, le web 3.0 se dessine
Par LUC MATHIEU - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3063Machines qui communiquent, moteurs de recherches plus efficaces, internautes maîtres de leurs contenus... L'internet nouvelle génération multiplie les promesses
Démodé le web 2.0 ? Obsolètes, les blogs ? Pas encore. Mais le web de demain, déjà surnommé web 3.0, commence à prendre forme. Des géants tels Google, Intel et IBM se positionnent et augmentent leurs dépenses de recherche-développement. Des start-up se lancent en Europe et aux Etats-Unis. Des chercheurs, dont Tim Berners-Lee, considéré comme l'inventeur du web, enchaînent les colloques et multiplient les publications. A quoi ressemblera la prochaine génération du web ? Trop tôt pour le dire. Mais plusieurs pistes se dessinent.
Les machines parlent aux machines
Première certitude, le web de demain facilitera la communication entre les appareils numériques d'un même foyer. « Le web 1.0 a connecté les PC, le web 2.0 les gens, le web 3.0 reliera les objets », assure Alexandre Casassovici, le cofondateur et P-DG de WaveStorm, une start-up française. Dotés de connexion sans-fil de type Wi-Fi, Bluetooth ou ZigBee, consoles de jeux, décodeurs de télévision ou téléphones mobiles devront être capables de s'échanger des contenus et d'accéder aux services de n'importe quel appareil connecté. « Une console de jeux portable permettrait par exemple de récupérer les vidéos stockées sur le PC et de les lire sur un téléviseur », explique Alexandre Casassovici.
Mieux, les réseaux qui se créent entre les objets continuent à fonctionner lorsque la liaison internet est rompue : les machines parlent directement entre elles via des liaisons sans fil.
Regroupés au sein du consortium UPnP, les grands industriels comme Cisco, Microsoft ou Intel définissent les architectures de réseaux et les fonctions de communication des appareils. Les start-up sortent leurs premiers produits. Baracoda a développé pour Orange une radio numérique Wi-Fi qui se connecte au web même si le PC est éteint. Meccano devrait sortir en septembre prochain un robot conçu avec WaveStorm. Baptisé « Spyke », il intègre une caméra et peut être commandé à distance par internet. Il sert également de relais aux services de téléphonie sur IP type Skype et peut lire des fichiers musicaux MP3 stockés sur les ordinateurs du foyer.
Autre piste de recherche, moins avancée mais plus ambitieuse, le web dit sémantique. Formalisée en 2001 par Tim Berners-Lee dans le magazine « Scientific American », l'idée consiste à rendre le web intelligent. Depuis sa création, il se résume à une sorte de catalogue regroupant des milliards de documents accessibles par des liens. Sémantique, le web ressemblerait à un guide capable de répondre à des questions complexes. Il suffirait par exemple de demander « Y a-t-il un bon restaurant dans les environs qui aurait une table disponible cette semaine ? » pour qu'une application parcourt les sites de critiques gastronomiques, fasse une réservation, l'inscrive dans votre agenda et réserve un taxi à l'heure souhaitée.
Pas étonnant que tous les grands de l'informatique comme Yahoo, Google ou IBM développent des applications de ce web de nouvelle génération. Mais c'est Radar Networks, une start-up américaine, financée notamment par Paul Allen, l'un des fondateurs de Microsoft, qui est aujourd'hui la plus avancée. Sa technologie consiste à organiser les informations d'un site communautaire, comme MySpace, dans de nouvelles bases de données. Celles-ci enregistrent non plus seulement les informations basiques liées aux internautes mais aussi les relations - ami, frère, collègue, etc. - qui existent entre eux. Un utilisateur pourra ainsi demander quelles sont les stations de ski préférées de ses collègues. Une première version de l'application permettant de développer ce type de « portail sémantique » devrait sortir d'ici à la fin de l'année.
A la fois producteurs et hébergeurs des contenus
Plus intelligent, le web 3.0 reposera peut-être plus largement sur ses utilisateurs. « Avec le web 2.0, de plus en plus de gens stockent en ligne leurs données numériques - photos, vidéos, musique - chez Google, Yahoo ou Flickr. Cela pose des problèmes de confidentialité et de perte de contrôle des informations personnelles », explique Fabrice Le Fessant, chercheur à l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria). Cofondateur du projet « Peerple » qui intéresse notamment Mandriva, un spécialiste des solutions de logiciel libre, il mise sur un web où les internautes seraient à la fois les producteurs et les hébergeurs des contenus. Les données s'échangeraient alors directement entre les PC des internautes connectés en mode pair-à-pair. Avantage, les capacités de stockage ne sont alors plus limitées comme sur les sites de partage. En outre, l'utilisateur peut décider qui a accès à quel type de données. Cryptés, les contenus seraient enfin protégés du piratage. Le web 2.0 paraît bien démodé. .











