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En région parisienne, les déchets valent de l'or

Par Marion Kindermans - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3202

Produisant un quart des déchets nationaux, le Bassin parisien est un gisement porteur pour les entreprises. De gros investissements sont en cours ou à venir.

La facture atteindra le milliard d'euros. Le nouvel inci-nérateur d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), construit par le Syctom, le syndicat intercommunal qui traite les déchets ménagers de 5,5 millions d'habitants de Paris et des communes avoisinantes, sera opérationnel en 2019. À côté de l'incinérateur d'une capacité de 600 000 tonnes, une usine de méthanisation produira du compost et du biogaz à partir des déchets organiques. L'énergie fournie approvisionnera 100 000 « équivalents logements ». « L'investissement de base s'élève à 800 millions d'euros. Il évoluera en fonction de l'enfouissement ou non du site, de la réalisation ou non d'un tunnel reliant le centre à la Seine, d'où seront acheminés les déchets. Le cahier des charges sera défini début 2011 », précise François Dagnaud, le président du Syctom. Fin juin, le syndicat intercommunal a décidé de changer l'exploitant de l'actuel incinérateur d'Ivry-sur-Seine. Il a désigné Novergie (filiale de Sita France, groupe Suez Environne-ment), qui remplacera, à compter de février 2011, Tiru, l'opérateur historique des incinérateurs parisiens.

Les travaux de l'incinérateur Isséane, à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), d'une capacité de 460 000 tonnes, s'achèvent à peine. Le Syctom a investi 600 millions d'euros dans cette usine de verre et de bois construite entre les sièges sociaux de Microsoft et d'Yves Rocher. « Le coût élevé de ces équipements s'explique par la nécessité de les intégrer, en relevant un double défi architectural et de protection de l'environnement », explique François Dagnaud. Les montants se justifient aussi par les enjeux considérables que recouvre cette filière dans la région capitale. La production francilienne de déchets représente un quart de la production nationale et 20 % des emplois français du secteur. Rien d'anormal puisque la région concentre 19 % de la population française.

Une filière portée par la réglementation

Contrairement au reste de la France où la compétence a été dévolue aux départements, en Ile-de-France, c'est le conseil régional qui a la responsabilité des déchets. Depuis 2005, il cherche à mieux en organiser le traitement. En novembre 2009, il a adopté trois plans, courant sur dix ans : le Predd (pour l'élimination des déchets dangereux), le Predas (pour les déchets des activités de soin) et le Predma (pour les déchets ménagers et assimilés). Les déchets du BTP - quelque 20 millions de tonnes par an - feront l'objet d'un pan spécifique, encore à l'étude, qui devrait être dévoilé en 2011. La politique régionale vise quatre objectifs : diminuer la production de déchets à la source, augmenter le recyclage, favoriser le compostage et la méthanisation et le transport fluvial et ferré.

La manne des déchets dangereux

« Le gros enjeu de cette filière réside dans le recyclage », martèle Hélène Gassin, la vice-présidente du conseil régional en charge de l'environnement. « Alors que l'Allemagne, l'Autriche et la Belgique affichent des taux de recyclage de 60 à 70 % de leurs déchets ménagers, la France stagne à 30 % », rappelle Helder de Oliveira, le directeur de l'Observatoire régional des déchets d'Ile-de-France (Ordif), association créée par l'Etat et la région. Même si les résultats en matière de déchets industriels sont meilleurs, avec un taux de plus de 50 %, beaucoup reste à faire. « La filière est porteuse, poussée par la réglementation, la prise de conscience écologique et le potentiel économique », se réjouit Jean-Luc Petit-huguenin, le PDG de Paprec, le numéro 3 français du recyclage.

Paprec enregistre une croissance moyenne de 25 % par an depuis sa création en 1994. Le groupe emploie 2 000 salariés, dont la moitié en Ile-de-France. Il vise 500 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2010, contre 320 millions en 2009. « En 1990, 100 % des déchets de la Défense étaient incinérés. Aujourd'hui, deux tonnes sur trois sont intégrées dans des programmes de recyclage. Dans cinq ans, seulement une tonne sur dix sera incinérée », assure Jean-Luc Petithuguenin. Après le lancement d'une unité de recyclage du plastique (lire l'encadré ci-dessus), la société a investi 30 millions d'euros à Pont-Sainte-Maxence (Oise) pour transformer plastiques, cartons, déchets d'équipements électriques et électroniques et piles. L'usine, qui ouvre début septembre, comptera 300 salariés d'ici à quatre ans.

« Collectivités et entreprises évoluent vers moins d'élimination et plus de valorisation », explique Philippe Maillard, le directeur général délégué de Sita France (3 milliards d'euros de chiffre d'affaires, dont 600 millions dans le recyclage, 20 000 salariés). « Le recyclage est rentable pour les papiers-cartons et les métaux mais encore en devenir dans le domaine des plastiques », nuance le patron de cette filiale de Suez.

Les déchets dangereux représentent une autre manne intéressante. « La tendance à la valorisation de ces déchets est un mouvement de fond », confirme Jean-François Nogrette, le directeur général de Sarp Industries (2 200 salariés pour un chiffre d'affaires de 500 millions d'euros). Cette filiale de Veolia exploite depuis huit mois une usine à Limay (Yvelines), qui produit 40 000 tonnes de biodiesel à partir d'huiles de friture.

La filière des déchets fait aujourd'hui appel à des prouesses technologiques. « Il y a d'énormes projets en R et D », confirme Philippe Maillard, qui confie « travailler de plus en plus avec des start-up positionnées sur des niches et dont les résultats sont beaucoup plus efficaces et rapides. Cela permet d'accélérer les tests industriels ». « Nos brevets dans ce domaine sont une porte d'entrée pour conquérir les marchés de la propreté brésiliens ou chinois », déclare Jean-François Nogrette. Cette évolution se reflète dans la création de métiers à plus forte valeur ajoutée. « Les niveaux de qualification ont considérablement augmenté. Un emploi coûte 200 000 euros, contre 150 000 il y a deux ans, en raison des investissements en matériel qui y sont liés », précise Jean-Luc Petithuguenin.

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