A l'image des difficultés que rencontre actuellement Inco (racheté depuis par CVRD) pour développer une usine hydrométallurgique sur le site de Goro en Nouvelle-Calédonie, les sidérurgistes qui tentent de construire de nouvelles aciéries en Inde se heurte
Trois Etats pauvres, Orissa, Jharkhand et Chhattisgarh disposent de respectivement 5,4 ; 3,5 et 2,3 milliards de tonnes de minerais de fer de réserves. Assez pour attirer les projets sidérurgiques des grands de l'acier mondial (Arcelor Mittal et Posco) ou locaux (Tata Steel et Essar Steel), d'une valeur combinée de près de 50 milliards de dollars, mais pas assez pour recueillir l'assentiment des populations concernés, des agriculteurs appartenant souvent à des populations tribales.
Si tous les affrontements générés par l'irruption de la sidérurgie ne se sont pas terminées par un bilan aussi sanglant qu'en Orissa, où une douzaine de manifestants ont été tués par la police sur le site du projet d'aciérie de Tata Steel, il n'en demeure pas moins que le climat ne leur est pas favorable. Le coréen Posco, incapable de s'approcher du site en Orissa où il compte ériger une aciérie de 12 millions de tonnes de capacité, doit utiliser des photos satellitaires pour étudier le terrain. Choisissant la voie de la conciliation, Posco s'est engagé à acquérir des terrains pour compenser les producteurs de bétel qu'il devra exproprier pour construire son unité, ceux-ci refusant une indemnisation monétaire.
Dans l'Etat de Chhattisgarh une guérilla maoïste s'en est prise à plusieurs reprises aux installations de National Mineral Development qui exploite un gisement de fer dans l'Est, détruisant des convoyeurs et endommageant un train. Des milliers de militaires et de policiers ont été déployés pour protéger des installations menacées suite à l'autorisation donnée à Tata Steel et à Essar Steel d'exploiter le gisement de Bailadila, qui détient 1,2 milliard de tonnes de minerai de fer à haute teneur.
Ces incidents à répétition illustrent les difficultés de mener à bien les nouveaux projets destinés à répondre à la forte demande indienne et surtout chinoise. Du Canada à l'Australie, de la Nouvelle-Calédonie à la Papouasie Nouvelle-Guinée, les populations habitants les régions riches en minerais doivent désormais être prises en compte. Une tendance qui va s'accentuer et faire augmenter tant les délais de mise en production des nouvelles unités que leurs coûts. Canaques, Papous, Inuits, Aborigènes et peuples tribaux participent à leur manière au supercycle des matières primaires.
Daniel Krajka