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EN FRANCHE-COMTÉ, L'ÉNERGIE A SA VALLÉE

Par PAR LUDOVIC DUPIN - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3259

La région était connue pour la production automobile. Un cluster, constitué autour d'Alstom et de General Electric, pourrait l'aider à devenir un territoirede référence pour l'énergie.

A quelques minutes du Lion de Belfort, oeuvre du sculpteur Frédéric Bartholdi, les usines d'Alstom et de General Electric (GE) se font face. Le premier y fabrique des turbines à vapeur - dont celle géante destinée au réacteur EPR en construction à Flamanville (Manche) -, le second y possède son centre d'expertise mondiale sur les turbines à gaz. Les deux industriels se mènent une farouche concurrence. Pourtant, depuis deux ans, ils ont décidé de collaborer dans le cadre d'un cluster baptisé Vallée de l'énergie, qui a été officiellement lancé en juin.

Le concept de Vallée de l'énergie est né en 2008, dans la douleur. « Nous n'avions pas réalisé jusqu'alors le potentiel de cette filière. Elle était masquée par l'automobile », explique Jean-Luc Habermacher, président du cluster et risk manager chez Converteam, à Belfort. La Franche-Comté connaissait des moments difficiles. Dotée d'une puissante industrie automobile, la région a souffert de la perte de près de 12 000 emplois. Du jour au lendemain, des petits sous-traitants dépendants de PSA Peugeot-Citroën à Mulhouse (Haut-Rhin) ont dû fermer. La Franche-Comté a redécouvert son secteur de l'énergie, susceptible d'offrir des opportunités de diversification à ses PME.

À en croire l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), la Vallée de l'énergie est unique en Europe. Autour d'Alstom et de GE gravitent environ 200 sous-traitants de rang 1, 2 et 3. Ils développent des compétences en ingénierie (Assystem, Converteam, etc.), en production (Milgred, Alizeo industrie, etc.) et en maintenance (Wamar Engineering, etc.). Environ 7 500 emplois sont générés par cette activité, dont 4 900 chez les deux géants. La filière réalise un chiffre d'affaires de quelque 4 milliards d'euros. « Le seul regroupement comparable en Europe est situé à Milan, en Italie, et affiche un chiffre d'affaires de 500 millions seulement », compare fièrement Alain Seid, président de la chambre de commerce et d'industrie de Belfort.

Améliorer les relations

Les premières actions de la Vallée de l'énergie ont consisté à améliorer les relations entre les PME et les donneurs d'ordres, à coordonner les besoins de formations et d'infrastructures, à rapprocher l'industrie de l'université... En juin 2010, les Rendez-vous des acteurs de l'énergie ont réuni à Belfort 30 grands donneurs d'ordres, venus avec leur service achat pour expliquer à 95 entreprises sous-traitantes leurs méthodes de travail et passer des contrats...

Si la mise en valeur des PME du territoire est indispensable pour développer la renommée de la Vallée de l'énergie, rien n'est possible sans l'entente Alstom-GE. « À partir du moment où les deux géants se sont mis d'accord pour se coordonner en cluster, tout a pu se structurer très vite », explique Vincent Donier, président de l'Agence régionale de développement de Franche-Comté. Les deux entreprises concurrentes s'entendent sur des socles communs en matière d'infrastructures et de formations. « La Vallée de l'énergie est un outil essentiel pour la formation et la recherche », assure Fred Grenier, directeur général des ventes de GE Belfort. Les deux groupes et leurs principaux sous-traitants ont noué des contacts étroits avec l'Université de technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM), pour former des ingénieurs et des techniciens à l'environnement du monde de l'énergie, au fonctionnement général d'une centrale électrique et au management de projets.

Servir de modèle

La direction bicéphale est la force de la Vallée de l'énergie, mais elle crée aussi de la complexité. « Le cluster repose sur le respect de l'équilibre entre les deux groupes », explique Vincent Donier. Une façon diplomatique pour dire que la gouvernance, c'est de la haute diplomatie parfois tendue. Autre trouble : la décision d'Alstom de fermer un atelier d'ailettes de turbines. D'aucuns espèrent encore convaincre le groupe de sous-traiter localement cette activité. Les plus pessimistes estiment pour leur part que le cluster n'aura aucun impact sur les choix industriels des deux grands donneurs d'ordres. Enfin, les cycles du secteur de l'énergie sont longs. L'effet de la crise de 2008 devrait se faire sentir jusqu'en 2012. Chez Alstom et GE, on anticipe une baisse de charge de quelque 20 %...

Malgré ces ombres, la Vallée de l'énergie entend devenir une référence internationale. En juin, date de son baptême, elle s'est constituée en association loi 1901 dirigée par trois collèges : les industriels, les organismes de recherche et de formation et ceux d'intelligence du territoire. L'absence des collectivités locales est assumée. « C'est un outil économique, pas politique », rappelle Jean-Luc Habermacher. « Il faut laisser cette structure entre les mains des industriels qui sont efficaces et se tiennent à leurs décisions. Il ne faut pas y mêler le monde politique », estime Alain Seid. Les adhérents de la Vallée de l'énergie ambitionnent de servir de modèle aux futurs pôles de compétitivité. Capable de s'autofinancer, le cluster n'aurait besoin de l'intervention de l'État que pour la conquête de marchés à l'international. Il faudra alors peut-être faire une place aux politiques...

« Le cluster permet d'attirer les donneurs d'ordres »

FRANÇOIS DIDIER Président de Mecaplus, spécialiste de l'usinage des superalliages

« Notre défi quotidien est d'être plus compétitif que les pays à bas coût grâce à la vitesse et à la précision de notre travail. Cela demande beaucoup d'investissements. La Vallée de l'énergie fait la promotion de notre territoire afin que le tissu industriel local devienne une référence mondiale. Ce cluster permet aussi d'attirer des donneurs d'ordres. Il est parfois impossible de trouver seul les services achats. Enfin, à travers la mutualisation des demandes, il est possible d'impulser des formations techniques dont nous avons besoin. À terme, la Vallée de l'énergie pourrait permettre à des industriels de mutualiser des centres techniques. Ce serait un important avantage pour maintenir notre compétitivité. Ensuite, le cluster doit devenir extrarégional. Même si cela prend dix ans, Belfort sera pour l'énergie ce que Toulouse est pour l'aéronautique. »

4 milliards

C'est, en euros, le chiffre d'affaires généré par le secteur de l'énergie en Franche-Comté, principalement autour de Belfort.

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