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L'usine Agro

En France, il n’est plus question d’OGM pour Monsanto

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le

Au cœur de la Beauce, Monsanto planche sur le colza non OGM de demain. Le groupe américain développe de nouvelles variétés de semences conventionnelles, comme le colza. Reportage à Toury, dans l’Eure-et-Loir, entre son centre de recherches et les champs d’expérimentation.

En France, il n’est plus question d’OGM pour Monsanto © DR

En France, l’américain Monsanto, numéro un mondial des OGM, ne fait plus pousser de plantes transgéniques, tenez-vous le pour dit. Ses activités portent uniquement sur le développement de semences conventionnelles et de pesticides. Au cœur de la Beauce, "le grenier de l’Hexagone", le centre de recherches de Monsanto sur le colza est niché à Toury, en Eure-et-Loir. Cette plante aux vives fleurs jaunes constitue la deuxième grande culture phare de l’américain après le maïs : il en est d’ailleurs le leader en Europe. Toury est son plus gros site de sélection de variétés de colza au monde.

Sans plaque ni totem, Monsanto discrètement implanté au coeur des champs

Ici, pas de plaque ou totem indiquant la présence de l’agrochimiste. Sur un site de 1,5 hectare qui sera prochainement doublé, le petit ensemble de maisonnettes blanches et de serres, fondé en 1981 par Cargill et racheté en 1998 par Monsanto, se fait discret. Pour tester ses semences, l’américain ne possède pas de terres : il les loue auprès d’agriculteurs partenaires.

Objectif, développer une vingtaine de nouvelles variétés par an, pour n’en lancer in fine qu’une dizaine capable de répondre aux tests de sélection maison. Les semences retenues devront prouver en champs, via un réseau de 110 sites à travers l’Europe, qu'elles peuvent détrôner les bestsellers du marché. Les critères de performance : rendement élevé, résistance aux maladies et à la sécheresse, faible besoin en azote et qualité d’huile.

Entre le croisement d’espèces pour donner naissance à une nouvelle semence et son arrivée chez l’agriculteur, il faut compter sept à dix ans. Et encore, les techniques d’hybridation et de marquage moléculaire (réalisé dans le centre R&D américain de Monsanto) ont permis d’accélérer la connaissance des plantes et donc le processus, estime Jean-Pierre Despeghel, le directeur de la recherche de Monsanto sur le colza.

Du laboratoire aux serres, un travail manuel minutieux

Sur le site de Toury aux 27 salariés - sans compter les saisonniers qui se relaient en période de floraison et de récolte - sept travaillent au laboratoire, en conditions stériles. Des grains de pollen sont mis en culture dans des boites de pétri, placées durant quinze jours en étuve, donnant naissance à des embryons qui seront cultivés en chambres climatiques.

Ils passent ensuite en serres pour être étudiés. Avantage, par rapport au champ, "la possibilité de réaliser deux sélections par an, au lieu d’une, et de contrôler tout l’environnement (température, qualité et quantité de lumière…)", explique Cyril Zini, le responsable Technologies du site. La température idéale pour que le colza se développe ? 22 degrés. Ici, tout se fait manuellement et minutieusement : rempoter, enlever les boutons à la pince à épiler…

La sélection se poursuit en champs à quelques kilomètres de là. Une production expérimentale s’effectue sous cages. A l'intérieur de chacune se niche un hybride différent. Objectif : faire interagir les colzas mâles et femelles avec, au centre, une ruche remplie d’abeilles accélérant la fertilisation, pour mieux sélectionner les lignées. Celles-ci passent ensuite en champs d’isolement, de grandes bandes de plantes mâles entourées de plusieurs centaines de femelles, où sera récoltée la semence hybride.

Des semences hybrides pour l'agroalimentaire

Un peu plus loin, dans des champs d’expérimentation avec des éoliennes en toile de fond, les semences hybrides sont testées sur des parcelles de 1 mètre 50 sur 7 mètres durant deux à trois ans. Si leur production est jugée convaincante, elles pourront être amenées au processus d’inscription auprès des autorités et être alors officiellement testées durant deux ans. Et, si tout se passe bien, figurer ensuite en guest stars au sein du grand champ servant de vitrine commerciale dans une commune voisine, où agriculteurs et coopératives peuvent découvrir les nouveaux produits de Monsanto. Comme DK Exception, lancé l’an dernier et prisé pour sa productivité ; DK Expression, résistante au froid, ou encore DK Platinium, sa première variété capable de résister à la hernie du choux, un marché ouvert par les concurrents.

Pourquoi le colza est prisé en France

8 millions d’hectares de colza sont cultivées en Europe, dont 1,5 million par la France, premier producteur. 70% du colza français part à destination du biodiésel. Il est également utilisé sous forme de tourteau comme source de protéine pour la nutrition animale, principalement des vaches, prisé pour son caractère non OGM. Enfin, l’huile de colza est évidemment utilisée dans l’agro-alimentaire. 

Sur un marché disputé que se partagent quatorze semenciers, Monsanto espère être le premier à se lancer dans la variété de colza HOLL, dont l’huile a une haute teneur en acide oléique et une faible teneur en acide linolénique. Objectif, créer des huiles de colza pour l’industrie agro-alimentaire plus résistantes à la chaleur et utilisables en friture sans odeur, ou en salade à un prix trois à quatre fois inférieur à l’huile d’olive, se projette déjà Jean-Pierre Despeghel.

Répondre à l'interdiction de certains insecticides

En attendant, le sélectionneur doit faire face à un autre défi : comment aider les agriculteurs à protéger leur colza, alors que le nombre d’insecticides autorisés se réduit. Le Sénat se penche ainsi sur l’interdiction des pesticides néonicotinoïdes. Or les alternatives préconisées "impliquent des passages supplémentaire aux champs, générant une augmentation de notre empreinte carbone et des insectes résistants aux insecticides", assure Jean-Pierre Despeghel. Au sein d’un consortium de semenciers, son équipe planche donc sur de nouvelles variétés de colza tolérantes à ces insectes. Mais aussi avec des industriels du biocontrôle, ces alternatives non chimiques aux pesticides.

Gaëlle Fleitour

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