Résultats en berne, P-DG remercié... Le groupe français s'enfonce dans les turbulences. Mais promet une nouvelle organisation avant la fin de l'année.
Altran va-t-il replonger dans une crise majeure ? Alors qu'il amorçait à peine son redressement, le groupe de conseil en innovation vient de publier des résultats catastrophiques. Le bénéfice net s'est effondré à 8,1 millions d'euros au premier semestre, soit une baisse de plus de 50 %. Le chiffre d'affaires en France a quant à lui chuté de 6 %, à moins de 330 millions d'euros.
A ces mauvais résultats s'ajoute une nouvelle crise de management. Sans signe avant-coureur, Christophe Aulnette, à la tête du groupe depuis mars 2005, a été débarqué le 24 septembre. Officiellement pour des « différends d'ordre personnel ». Officieusement pour une opposition frontale avec Eric Albrand, le directeur financier. « On lui reprochait aussi son manque de charisme », ajoute-t-on en interne.
Le retour des baronnies
Reste que son successeur, Yves de Chaisemartin, 58 ans, est loin de faire l'unanimité. « C'est un mauvais choix. Il est trop proche des fondateurs, Hubert Martigny et Alexis Kniazeff », juge un analyste. « C'est le retour des baronnies, le contraire de ce qu'il fallait à Altran », poursuit un responsable syndical. Autre reproche adressé à l'ex-patron de la Socpresse, son absence d'expérience dans le conseil en innovation. « C'est vrai que je ne suis pas spécialiste du secteur, concède Yves de Chaisemartin. Mais je dirige le conseil de surveillance depuis plus d'un an. Et je ne suis pas un novice ». Enfin, à ceux qui ne voyaient en lui qu'un président par intérim, il rétorque qu'il gardera son poste jusqu'à ce la limite d'âge de 70 ans. « Je vais acheter cette semaine un million d'euros de titres Altran. Je les conserverai jusqu'à mon départ », ajoute-t-il.
Pour l'heure, Yves de Chaisemartin, déjà surnommé « Chaise » par plusieurs de ses collaborateurs, entend accélérer le plan de réorganisation lancé par son prédécesseur. Baptisé « Altran 2008 », celui-ci vise avant tout à réduire le nombre de filiales - plus de 200 aujourd'hui. Le problème majeur du groupe.
Bâti à coups d'acquisitions, celui-ci s'est transformé au fil des années en un agrégat de PME indépendantes. Certes, cette stratégie a permis à Altran de s'imposer comme leader européen du secteur avec 1,43 mil-liard d'euros de chiffre d'affaires. Mais elle a surtout abouti à un ensemble opaque, ouvert aux dérives financières. A partir de 2002, pour maintenir la croissance du chiffre d'affaires malgré l'explosion de la bulle internet, certains anciens dirigeants sont suspectés d'avoir mis en place un système de fausses factures. Plusieurs d'entre eux, y compris Hubert Martigny, sont toujours mis en examen pour abus de biens sociaux.
Christophe Aulnette avait donc commencé par regrouper au sein de deux entités séparées les activités françaises d'externalisation de R et D et de services informatiques. Il avait aussi rassemblé les sociétés présentes dans la région parisienne en quatre entités (télécoms, transport, aérospatial et énergie), installées au nouveau siège du groupe, à Levallois-Perret. Reste que cette réorganisation n'est toujours pas actée au niveau juridique. En cause, le système des « earn-out », ces primes proposées lors des rachats des sociétés à leurs dirigeants et versées dans les années qui suivent, selon les résultats.
Cet obstacle semble aujourd'hui levé. « Il n'y a plus d'earn-out à payer en France. Nous venons de finir de les régler, parfois par anticipation », explique Eric Albrand. Libéré de cette contrainte, Yves de Chaisemartin assure qu'il proposera la création d'une société unique, rassemblant les 26 filiales françaises du conseil en R et D, dès l'assemblée générale du 29 décembre.
« Une révolution culturelle », selon ses propres termes, qu'il faudra expliquer aux quelque 5 600 consultants, sur plus de 16 000, concernés. « Ils n'arrêtent pas d'être baladés d'un manager à l'autre, d'une entreprise à l'autre. Ils sont usés, souligne un responsable syndical. Yves de Chaise-martin doit faire attention. Il ne faudrait pas grand-chose pour déclencher une guerre. »









