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EADS-BAE : genèse d'une fusion... avortée

En avalant le britannique BAE, EADS réussirait le coup parfait

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© D.R. - EADS

  Avec cette acquisition, le groupe présidé par Tom Enders effacerait ses deux faiblesses majeures : son poids marginal dans le secteur de la défense et son absence du marché américain.

Louis Gallois en rêvait, Tom Enders, son successeur à la tête d'EADS l'a fait. Ou presque. Quoi donc ? L'opération, un rapprochement avec le britannique BAE Systems, qui permet à la maison mère d'Airbus de se poser enfin en véritable rival d'un Boeing : à la fois sur les marchés civils et de défense tout en étant fortement présent sur le marché américain.

Et mieux encore : Louis Gallois n'envisageait ce rééquilibrage de son groupe aussi bien en termes d'activités que géographiques qu'à l'horizon 2020. Enders le réaliserait en 2012 si les négociations aboutissent.

"Tous les acteurs de la défense cherchent à se renforcer aux Etats-Unis. Même si les budgets du Pentagone sont en baisse, ils restent de loin encore très nettement supérieurs à ceux de toutes les régions du monde. Pour EADS, BAE est le pont transatlantique idéal", estime Philippe Plouvier, directeur des activités aéronautique et défense chez Roland Berger.

Le budget américain fait en effet saliver tous les vendeurs d'armes. Le Pentagone dépense bon an mal an pour environ 550 milliards de dollars, soit 4,8% du PIB national. En comparaison, c'est deux fois plus que la totalité des budgets européens de défense...

Qui plus est, EADS et BAE se connaissent déjà bien. Ils sont co-actionnaires dans le consortium Eurofighter, et ils le sont aussi chez le fabricant de missiles MBDA.

L'autre alternative, un rapprochement avec un groupe américain, se serait avérée plus difficile nécessitant l'accord de la Maison Blanche. BAE Systems a lui l'avantage d'être un groupe américain... sans véritablement l'être : les Etats-Unis sont son premier ou deuxième marché avec le Royaume-Uni, où une grande partie de ses effectifs est située.

Pour EADS, BAE présente en effet le profil de complémentarité idéal. "BAE est un pure player de la défense. Il rééquilibre de manière massive le portefeuille d'EADS surtout porté par l'activité commerciale d'Airbus."

Le groupe britannique réalise en effet l'essentiel de ses 24 milliards d'euros de chiffre d'affaires en fournissant les différentes armées du monde. Au contraire, le chiffre d'affaires d'EADS est (trop) largement dominé par les ventes d'Airbus, ne le laissant pas à l'abri d'un retournement du marché de l'aviation civile.

Des trésors de technologie

BAE Systems fait ainsi partie du top 5 mondial des équipementiers de défense dans le monde. Derrière Lockheed Martin, il fait jeu égal avec les autres ténors américains du secteur : Boeing, Northrop Grumman, General Dynamics, Raytheon...

Sur le seul marché US, il fait partie des 10 premiers fournisseurs du Pentagone. Et surtout, EADS trouvera dans le portefeuille de BAE des trésors de technologie. Le groupe britannique est positonné sur le segment clé de l'électronique de défense - ce qui donne l'intelligence aux équipements - et des plateformes : l'avionique, les radars, les sonars, les systèmes de communications informatisés...

Autre atout de ce rapprochement : EADS pourra enfin se remettre de n'avoir pas pu mettre la main sur Thales en 2009, tombé dans l'escarcelle de Dassault.

Mais la complémentarité va encore plus loin. Le premier vendeur d'avions civils dans le monde, serait également à la tête d'activités terrestres (chars et véhicules blindés...), et marines (frégates, porte-avions, sous-marins...). DCNS, Nexter et autres n'auront alors qu'à bien se tenir !

Des faiblesses dans la gouvernance et les services

S'il fallait trouver des faiblesses à ce tandem, il y en aurait deux. Forcément, les problèmes de gouvenance hérités d'EADS. Le groupe européen est déjà critiqué en France pour ne pas être assez français, en Allemagne pour ne pas être suffisamment allemand...

L'ajout des dimensions britannique et américaine pourrait encore compliquer les choses. Il faudra donner des gages à tous les gouvernants concernés. "Le succès du fabricant européen de missiles MBDA montre qu'il est pourtant possible d'intégrer des activités réparties sur plusieurs pays pour s'imposer sur un marché très sensible et concurrentiel tout en conservant de bonnes relations avec les différents ministères de la défense des pays", précise toutefois Philippe Plouvier.

Autre faiblesse : les services. Les deux partenaires ne réalisent encore qu'une faible partie de leurs revenus dans ce domaine.

Si la fusion avec BAE s'opérait, Tom Enders aura transformé EADS d'une manière radicale, moins dépendant d'Airbus et capable d'affronter les ténors américains de la défense sur leur propre terrain. Et tout ça en quelques mois seulement. Vertigineux !

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