EN ARDÈCHE, UN MICROCLIMAT PRO-INDUSTRIEL...
Par PAR VINCENT CHARBONNIER, CORRESPONDANT À LYON - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3255Au pays de Cheylard, l'industrie emploie près de 45 % des effectifs salariés. Une main-d'oeuvre travailleuse qui sait s'adapter aux nouvelles techniques.
Après avoir travaillé une vingtaine d'années dans la région lyonnaise, Cyriaque Petitjean est revenu au pays. Originaire du Cheylard (Ardèche), il a créé Cypack en janvier 2010. Sa spécialité : les machines d'emballage qui posent les poignées adhésives sur les packs d'eau ou de lait. En un an, il en a vendu une dizaine, notamment au Maroc et au Portugal. Son installation a été facilitée par la mairie d'Arcens qui lui loue un bâtiment occupé précédemment par un sous-traitant d'un fabricant de bijoux. Le département lui a octroyé une aide de 15 000 euros pour se lancer. « À une heure de route de la vallée du Rhône ou du Puy-en-Velay, on est loin de tout, reconnaît Cyriaque Petitjean, mais il y a internet ! » La fibre optique serpente sur les départementales jusqu'à la montagne. Ce désenclavement numérique compense l'enclavement routier du pays du Cheylard : Cypack est en relation avec des sous-traitants lyonnais pour l'usinage de ses machines conçues et assemblées à Arcens par une équipe de quatre personnes qui pourrait tripler l'année prochaine.
Cet éloignement ne pénalise pas non plus Perrier (17 millions de chiffre d'affaires, 150 salariés) qui transporte par convois exceptionnels ses lignes d'embouteillage depuis ses ateliers du Cheylard. En quarante-trois ans, cette entreprise familiale s'est imposée comme leader sur le marché des machines de nettoyage de contenants, de bouteilles de vins et spiritueux, d'eaux minérales et boissons rafraîchissantes, de pots de moutarde et de confitures, de flacons pharmaceutiques et cosmétiques. Elle a vendu 3 500 rinceuses, insuffleuses, carrousels de remplissage, dégorgeuses et doseuses pour l'élaboration du champagne, dans 92 pays.
Une banque 100 % locale !
L'industrie reste le moteur de l'économie locale avec près de 45 % des effectifs salariés (17,4 % pour toute la région Rhône-Alpes). L'une des dernières banques indépendantes françaises, Delubac et Cie, a aussi conservé ses racines au Cheylard, où se trouve son siège social. Spécialisée dans l'accompagnement de sociétés en difficulté, elle s'est dotée d'une activité de banque d'affaires en 2008. Présente à Paris, Lyon et Toulouse, elle projette une extension de ses bureaux ardéchois sur la nouvelle zone d'activités du Cheylard. Pour le maire et conseiller général (UMP) du Cheylard, Jacques Chabal, ce microclimat économique tient à la persévérance d'industriels « attachés à leur territoire » et d'une « main-d'oeuvre travailleuse qui sait s'adapter aux nouvelles techniques », au « dialogue social plus facile à cette échelle humaine ». La défense de cette industrie passe aussi par le maintien de services publics et le développement de services à la personne (crèche, halte-garderie, médiathèque, etc.). Élus et industriels se sont mobilisés pour l'implantation en 2000 d'un lycée d'enseignement général doté d'une filiale sciences et techniques industrielles. La création de l'Arche des métiers participe aussi de l'élévation du niveau culturel voulue par le maire, qui s'est inspiré des centres d'interprétation américains pour monter ce Centre de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI) dans une ancienne tannerie, avec le concours des industriels locaux.
Quatre entreprises forment la Vallée du bijou
La « Vallée du bijou », elle, veut sortir de la relative discrétion qui entoure cette industrie présente depuis la création, en 1850, d'une entreprise par un bijoutier parisien qui visait un siège de sénateur en Ardèche. Héritier de ce parachutage, GL (79 millions de chiffre d'affaires en 2010) est devenu le premier fabricant et distributeur européen de bijoux plaqués or et argent. Entre ses deux sites de Saint-Martin-de-Valamas et du Cheylard, le groupe présidé par Pierre Legros emploie « un peu moins de 600 personnes » en Ardèche et 750 personnes en Thaïlande. Dans un contexte d'explosion du prix des matières premières et de tensions commerciales, les quatre entreprises réunies sous l'appellation Vallée du bijou veulent promouvoir des manifestations et des produits touristiques spécifiques, favoriser l'installation de nouveaux fabricants et créateurs, mutualiser des services commerciaux et de prototypage, faire émerger des formations plus proches de leurs besoins, polissage et soudure en particulier.
« Avec la crise, on se fait du souci », s'inquiète Pierre Legros, qui veut accroître ses ventes en Asie et au Moyen-Orient, et se déployer en Amérique, via le Canada dans un premier temps. Pour d'autres bijoutiers, comme Font Art Création, l'heure est à la diversification dans les accessoires de maroquinerie et au rapprochement avec d'autres maillons régionaux de l'industrie du luxe, à Romans et à Lyon.
L'inquiétude est aussi de mise chez Chomarat (textiles et plastiques). Quelque 300 personnes ont manifesté le 13 juillet dans les rues du Cheylard, soucieuses après l'annonce d'un sureffectif de 140 personnes par leur direction. En conversion permanente, les entreprises industrielles du Cheylard doivent se renouveler. L'ouverture en septembre 2012 d'une pépinière tournée vers les projets innovants est censée « donner un souffle nouveau, selon Jacques Chabal, et faire évoluer encore les mentalités ».
ISABELLE BOUCHARDON, cadre dirigeante, Établissements Perrier, fabricant de lignes d'embouteillage au Cheylard (Ardèche)
« En 2009, Perrier n'a pas eu recours au chômage partiel ni de plan social. Des salariés ont accepté de partir par anticipation. C'est ce qui caractérise l'état d'esprit de cette entreprise où il y a peu de turn-over. Le personnel est fidèle. Nous constatons un attachement des jeunes de la génération Y (16-32 ans) aux entreprises locales. Beaucoup reviennent au Cheylard après une première expérience professionnelle ailleurs. On vient de recruter un technicien originaire d'ici qui travaillait à Genas (Rhône). La moyenne d'âge est de 38 ans. Pour faciliter la transmission des savoir-faire, nous avons mis en place un tutorat par des personnes plus chevronnées. Malgré tout, nous avons des problèmes de recrutement de cadres expérimentés. Le problème est de trouver un job à leur conjoint. »
C'est le nombre d'emplois industriels dans le pays de Cheylard pour une population totale de 10 500 habitants.

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