Emploi : Comment faire (encore) carrière dans l'automobile

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3300

Le CDI à vie chez un constructeur se fait de plus en plus rare. D'autres voies existent pour réussir dans le secteur : miser sur les ingénieristes, franchir le Rhin...

Top secret. L'information est plus confidentielle que les plans de la voiture électrique... « On ne communique pas sur nos projets de recrutement », répètent en choeur les services de presse des constructeurs automobiles. Sur les sites internet de Renault ou de PSA, côté offres d'emploi, c'est davantage la peau de chagrin que l'âge d'or. Deux propositions d'emplois pour ingénieurs chez le premier. Chez le second, qui a annoncé la suppression de 8 000 postes, la seule opportunité de niveau bac +5 en contrat à durée indéterminée (CDI) pour la France est destinée à un spécialiste lean six sigma, un poste de cadre expérimenté.

 

Cerveaux à remplacer

Trouver un emploi chez un constructeur ne sera donc pas facile, malgré la fuite des cerveaux. « Je reçois des CV de personnes en poste qui veulent sortir de l'automobile », explique Christine Alibert, la responsable du secteur industrie du cabinet de recrutement Boyden. Des ingénieurs qui disent leur ras-le-bol de travailler sur des réductions de coûts et qui veulent rejoindre des domaines où leurs compétences seront valorisées pour innover. Si des places se libèrent, ce n'est pas forcément une bonne nouvelle pour les postulants. La tentation de geler les effectifs est forte, comme l'indique ce directeur des ressources humaines (DRH) de l'un des trois grands constructeurs nord-américains présents en France : « Quand quelqu'un part, nous n'avons pas les budgets pour le remplacer. » Dans la situation incertaine actuelle, les budgets sont serrés et les constructeurs préfèrent redéfinir le périmètre des postes et redécouper les équipes. En attendant des jours meilleurs. Même Toyota, dont l'usine d'Onnaing (Nord) tourne à plein régime, recrutera peu. « Nous sommes plutôt des privilégiés. [...] Nous allons exporter 25 000 véhicules vers l'Amérique du Nord en 2013 », rappelle Benoît Chambon, le DRH. Un surcroît de production qui se traduira par un petit volume d'embauches de cadres [lire ci-contre]. Et les développements à venir ne doperont pas les recrutements. « Les projets de véhicules électriques ou hybrides ne sont pas à un stade suffisamment avancé pour susciter des embauches massives », estime Nicolas Leroy, le responsable de l'industrie chez Michael Page. Pour un cabinet de chasseur de têtes comme Boyden, la part de l'automobile dans le chiffre d'affaires de l'industrie est passée de 60% en 2005 à 20%.

Tout cela ne doit pas décourager les passionnés d'automobile. Cap sur les équipementiers. Encore faut-il bien les choisir . Les plus gros, ceux qui travaillent pour des constructeurs français ou étrangers, s'en sortent le mieux. Les plus petits sont souvent monoclient et touchés de plein fouet par le ralentissement des ventes. Ainsi, Valeo prévoit 400 recrutements cette année et autant en 2013, toutes catégories confondues. Mélanie Zink-Faure, la responsable marketing RH de Bosch France, prévoit de recruter entre « 100 et 150 ingénieurs d'ici à la fin de 2012 et c'est indispensable pour rester innovant ». Des spécialistes de l'électronique et des systèmes embarqués sont ici recherchés en priorité... Toutefois les équipementiers les plus dynamiques suivent les évolutions comparées des marchés et recrutent plutôt du côté des pays émergents. Avis aux candidats qui ont peu de chance d'avoir un statut d'expatrié.

 

Intérim longue durée

Certaines opportunités se cachent aussi chez les ingénieristes. « La montée en puissance des sociétés d'ingénierie est un véritable débouché pour les étudiants », note Pascale Ribon, la directrice de l'Estaca, une école qui forme aux métiers de l'automobile. Chez Alten, les prévisions de recrutement sont de l'ordre de 2 600 ingénieurs. « L'automobile reste globalement un secteur porteur, explique Stéphane Dahan, le directeur du développement RH. En France, l'activité est à peu près équilibrée. » La tonalité est similaire chez le concurrent Altran, tout aussi discret sur ses volumes de recrutement pour l'automobile. Patrice Albuisson, le directeur général de la division automobile et transport pour l'Île-de-France, constate une économie plus ralentie. « Mais les recrutements restent dynamiques, précise-t-il, car constructeurs et équipementiers préparent l'avenir. » Pour décrocher un contrat, l'idéal est d'être un pro de l'électronique embarquée. Mais ce ne sera pas forcément un CDI, comme le souligne Alexandre Pham, le président de Lynx RH. « De plus en plus, les prestataires ont une visibilité limitée à un projet, explique-t-il. En conséquence, ils embauchent pour des missions d'intérim de longue durée de douze mois. Ce phénomène concerne les jeunes diplômés, qui trouvent ainsi leur première mission, comme les seniors, qui ont des difficultés à retrouver un CDI. » Pour Lynx, ce marché croît de 20% par an.

Ceux que cette précarité rebuterait ont une dernière solution pour faire carrière dans l'automobile : franchir le Rhin et travailler en Allemagne. C'est le choix fait par Romain Lenys, diplômé de l'Estaca, ingénieur en développement et tests chez Bosch à Stuttgart. « J'aime mieux travailler sur des Porsche ou des BMW que sur la nouvelle version de la Twingo », reconnaît-il en évoquant aussi la qualité de vie locale (15 minutes de transport pour rejoindre son bureau, qu'il compare au cauchemar de l'agglomération parisienne) et une adhésion forte aux valeurs du monde du travail allemand. En juin, le Bade-Wurtemberg, la région phare de l'auto, recherchait 8 000 ingénieurs. Laurent Eeckeleers, diplômé des Arts et métiers, a fait la même expérience et travaille aujourd'hui chez Daimler, qui l'a recruté avant la fin de ses études. « Le besoin d'ingénieurs est très fort en Allemagne, dit-il. Une entreprise de la région a même recruté un Français qui ne parlait pas allemand. » Ce qui n'est pas son cas. Paradoxale situation que celle de ce jeune alsacien qui travaille pour l'alliance avec Renault et explique qu'il a été embauché, notamment, pour sa connaissance du français ! L'avenir de l'automobile passe par Stuttgart.

Bienvenue chez les polyglottes

L'automobile est devenue une industrie mondiale, avec des constructeurs et des équipementiers présents sur tout le globe. Pour y faire carrière donc, mieux vaut apprécier les ambiances internationales et l'interculturalité. La pratique d'une langue étrangère est incontournable. « La différence est évidente en début de carrière. Celui qui maîtrise les langues étrangères trouve plus vite un emploi et obtient plus rapidement un poste avec davantage de responsabilités », explique Pascale Ribon, la directrice générale de l'Estaca, une école d'ingénieurs qui forme aux métiers de l'automobile. La raison ? Les équipes projet sont internationales. L'anglais est leur langue de communication. Chez Toyota, les projets sont présentés en anglais ! Les plus doués perfectionneront leurs connaissances dans la langue de Daimler. « Parler allemand est un atout dans l'automobile », affirme Nicolas Leroy, de Michael Page. En attendant que la conjoncture s'améliore, passer six mois à l'étranger pour se perfectionner en langue est un bon investissement.

« Toyota recrute des ingénieurs de production »

BENOÎT CHAMBON DRH de Toyota Motor Manufacturing France

  • Combien de cadres avez-vous engagé ces dernières années ?

En 2011, nous avons recruté 29 cadres. Nous en embaucherons 35 cette année. Nous recherchons essentiellement des diplômés de niveau bac +5, avec deux ou trois ans d'expérience. Sur le site de Valenciennes nous employons 3 600 personnes, dont 600 intérimaires.

  • Toyota n'a pas de R et D à Valenciennes. Un ingénieur embauché ici est-il condamné à faire de la production ?

Cette année, nous avons surtout recruté des ingénieurs de production, pour superviser l'ingénierie et la qualité. Mais Toyota favorise toutes les mobilités fonctionnelles : entré comme ingénieur à la planification de la production je suis aux RH. Par ailleurs, notre R et D européenne est située à Bruxelles et toutes les passerelles sont envisageables.

  • Préférez-vous certains profils d'ingénieurs ?

Notre système de recrutement est bien rodé. Nous recherchons avant tout des personnes qui pourront s'adapter à notre culture d'entreprise. Nous n'avons pas d'a priori sur les diplômes. Les bac+5 venus de l'université ou d'une école d'ingénieurs, quelle qu'elle soit, sont traités de la même façon.

 

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