Embraer a livré 264 appareils en 2009
Le 19 mars 2010 par Yann Le Houelleur
Le troisième constructeur aéronautique mondial a sauvé les meubles, l’an dernier, grâce à l’envolée de ses avions d’affaires, principalement le nouveau Phenom, vendus à des particuliers et des sociétés de taxi aérien. Le segment des avions commerciaux, quant à lui, a eu les ailes rognées par la crise financière planétaire. L’année en cours s’annonce tout aussi difficile.
La crise financière a soumis le troisième constructeur aéronautique mondial à de fortes turbulences, qui se sont traduites par une plongée de son chiffre d’affaires. En 2009, le CA de la compagnie sise à São José dos Campos (Etat de São Paulo) a été de 4,44 milliards d’euros, contre un CA de 4,81 milliards en 2008. Toutefois, en raison de «creditos tributarios» (exemptions, en termes fiscaux), les bénéfices en 2009 se sont élevés à 368 millions d’euros contre 176 millions l’année précédente.
Dans la jungle de résultats et statistiques communiqués par le constructeur de São José dos Campos, un chiffre attire l’attention plus que les autres : l’an dernier, Embraer a livré 122 avions commerciaux (tous des moyens courriers, à l’exception de 7 ERJ-145), alors que 162 appareils de la même famille étaient sortis de ses chaînes d’assemblage en 2008. Comment expliquer une telle chute ? Un collaborateur de la compagnie fait savoir qu’en réalité la crise a amené plusieurs clients à reporter leurs commandes, «ce qui ne signifie pas une annulation des contrats signés avec nous.» Changement de taille : les compagnies nord-américaines ne sont plus le principaux clients d’Embraer, dont le principal débouché commercial est désormais l’Europe et l’Asie.
Le Phenom en deux versions
Autre chiffre frappant : le nombre d’avions qu’Embraer a livrés dans le segment affaires a été de 115 en 2009, contre 36 au cours de l’exercice précédent. Cette explosion des ventes, dans un tel segment, s’explique par la toute nouvelle commercialisation du Phenom. Cet appareil est disponible en deux versions : le Phenom 100 comprend cinq places alors que le Phenom 300a une capacité deux fois supérieure. Or, la forte progression des ventes d’avions destinés aux hommes d’affaires et aux sociétés de taxi aériennes ne saurait compenser le recul enregistré dans «la catégorie supérieure», celle de l’aviation commerciale. Alors qu’un Phenom 100 coûte 2,6 millions d’euros, le prix de vente d’un appareil commercial peut atteindre 22 millions d’euros.
Dans le segment de la défense, Embraer a livré 27 avions en 2009, dont 20 Super Tucanos.
La montée en force de la défense et de la maintenance
Les dirigeants d’Embraer ne font pas mystère de certaines inquiétudes quant à l’année en cours, qui devrait être aussi morose que 2009. Il ne faut s’attendre à aucun miracle : «L’aviation commerciale réagit un an après qu’on ait touché le fond lors d’une forte récession», rappelle le collaborateur d’Embraer ayant répondu aux questions de l’Usine Nouvelle. Toujours est-il que le carnet de commandes du constructeur brésilien représente, à l’heure actuelle, 12,2 milliards d’euros (aviation commerciale et aviation d’affaires mêlées), ce qui garantit à l’entreprise trois années de production.
Un autre aspect intéressant, quant à l’évolution d’Embraer, est la montée en force de deux autres segments, ceux de la défense et de la maintenance, qui ont généré respectivement en 2009, un CA de 370 millions d’euros et de 431 millions. (Cette année-là, par ailleurs, l’aviation commerciale a généré des recettes de 2,5 milliards d’euros et l’aviation d’affaires 660 millions.)
L’intention du constructeur de São José dos Campos a toujours été de réduire sa dépendance par rapport à l’aviation commerciale et de trouver des relais de croissance dans les autres segments, un objectif qui est en train de se concrétiser. L’an prochain, selon les projections faites par la compagnie, le segment défense devrait dégager un CA de 477 millions d’euros, tout comme celui de la maintenance. En 2010, également, Embraer prévoit des recettes de 800 millions d’euros avec ses avions d’affaires et de recettes de 1,9 milliard avec ses appareils commerciaux. Une révolution, plus qu’une évolution, à São José dos Campos, quand on songe que le segment des avions commerciaux constituait deux-tiers du chiffre d’affaires il y a quelques années.
Yann Le Houelleur

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