Emballage : les matériaux sans pétrole se font une place
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Les fabricants de produits d’emballage et de calage à base de matériaux naturels ou de déchets ont le vent en poupe. A l’image de Dell, les industriels veulent changer leurs habitudes.
Le plastique et le polystyrène vont-ils encore longtemps régner sur le monde de l’emballage ? Peut-être ! Mais les fournisseurs qui proposent des solutions alternatives et qui ont toujours été marginalisés ont désormais voix au chapitre ! Exemple avec Agripack qui commercialise depuis près de dix ans des particules de calage compostables à base de semoule de maïs pour remplacer les traditionnelles chips en polystyrène. « Hier, les distributeurs nous fermaient les portes car ils ne croyaient pas à l’existence d’une demande. Quand ils ont vu qu’on s’adressait directement aux industriels, ils ont commencé à nous référencer ! », explique Stéphanie Morillon, chargée de clientèle de la société charentaise.
Une évolution de la demande...
Parmi les nouveaux partisans des matériaux sans pétrole, le constructeur informatique Dell annonçait il y a quelques jours un emballage à base de bambou pour protéger une partie des ordinateurs portables envoyés à ses clients. Seuls deux modèles de machines sont pour le moment concernés, mais avec de nouvelles annonces à prévoir dès le début de l’année 2010, ce bois à croissance rapide devrait se substituer progressivement au carton ondulé et au plastique expansé (comme le polystyrène) utilisés aujourd’hui. Le matériau est biodégradable et renouvelable puisqu’il est certifié FSC (Forest Stewardship Council). Mais il est avant tout résistant, élastique… et rentable. Pour les quatre prochaines années, Dell espère économiser huit millions de dollars grâce à sa nouvelle stratégie emballage ! Et accessoirement cent cinquante mille arbres ! Le constructeur, qui travaille sur d’autres matériaux d’origine agricole, s’est fixé des objectifs précis. Il s’engage à proposer 75 % de paquets recyclables d’ici 2012, à augmenter de 40 % la part de matériaux recyclés dans la composition de ses emballages, et à réduire leur volume de 10 %. « Le bénéfice environnemental de la petite taille des paquets équivaut à l'annulation de plus de vingt-deux mille tonnes d'émissions de gaz à effet de serre », illustre Oliver Campbell, responsable Emballage de Dell.
Le pop-corn, une fausse bonne solution ?
Pourquoi ne pas remplacer les chips de polystyrène par d’authentiques grains de maïs soufflés ? La question revient régulièrement au goût du jour et plusieurs entreprises s’y sont essayées… Avec beaucoup d’inconvénients : un poids et un coût de revient assez élevés, mais surtout un aspect alimentaire qui pose problème. Une bille de calage et un produit destiné à la consommation n’ont légitimement pas le même cahier des charges sanitaire, notamment en termes d’entreposage et de conservation ! Ce qui veut dire qu’il est impératif de faire figurer la mention « impropre à la consommation ».
...Et de l’offre
« L’attention à la problématique environnementale n’est même plus une approche de différenciation. C’est quand on ne fait pas l’effort qu’on supporte le regard des consommateurs désormais sensibilisés et informés », lance Bruno Deluzet, directeur général d’Ecofeutre. La société bretonne fabrique sur mesure des produits de calage basés sur une fibre végétale recyclée. Elle collecte pour cela des journaux et des magazines dans un rayon de cent kilomètres. Mais son histoire prouve que le développement d’emballages plus verts n’est pas seulement une affaire de demande. Il est aussi lié aux évolutions technologiques. D’abord spécialisée dans les boîtes à œufs en cellulose, Ecofeutre a pris le temps avant conquérir de nouveaux marchés (cosmétique, emballage industriel…). Car sa technologie ne convenait tout simplement pas à l’emballage haut de gamme ! Le séchage de la pulpe de cellulose en four tendait à déformer les objets de calage. Jusqu’à ce qu’après deux ans de recherche, la société réussisse à faire évoluer son procédé en développant des machines capables de sécher les emballages dans leurs moules. Avec moins d’air entre les fibres, la cellulose haute densité propose un produit lisse, respectueux des dimensions fixées, solide, non déformable et dépilable facilement, ce qui n’est pas un détail dans un monde où l’on emballe à la chaîne ! Les commandes sont au rendez-vous. Y compris à l’étranger. « Notre problème, c’est que les emballages sont très volumineux », explique Bruno Deluzet. Conséquence : l’entreprise choisit plutôt d’exporter ses machines.
Le matériau naturel : nécessaire, mais pas suffisant
En créant un réseau européen avec six lignes de production, Ecofeutre évite l’écueil de la fausse bonne solution. Le coût environnemental du transport aurait sérieusement remis en cause le bilan écologique du procédé ! Et les spécialistes des emballages à base de pétrole critiquent à juste titre des sociétés qui se donnent parfois une couleur « développement durable » grâce à un matériau naturel, mais en oubliant quelques paramètres dans l’équation environnementale comme le poids des matériaux qui joue sur le bilan carbone du transport des marchandises ou le risque de concurrence alimentaire pour les matériaux d’origine agricole. Chez Agripack, on assume le modèle d’emballage écologique jusqu’au bout. D’abord parce qu’« avec une surproduction de maïs, l’agriculteur a aujourd’hui besoin de se diversifier pour vivre », note Stéphanie Morillon. Ensuite parce que la partie non utilisée du maïs est valorisée et que dans son cahier des charges, la société impose à chaque exploitant qui travaille pour elle un maïs non OGM, des semis précoce qui évitent une surconsommation d’eau à la saison chaude et l’absence des engrais les plus polluants. Stéphanie Morillon accuse à son tour : « Les grands fournisseurs cherchent aussi des solutions naturelles, mais attention aux leurres avec par exemple des agents plastifiants qui peuvent être ajoutés aux balles de calage pour les rendre plus légères ! »
Olivier Descamps
Le salon de l’emballage qui se tiendra à Paris à l’automne 2010 consacrera un large espace aux initiatives vertes qui sont prises tout au long de la chaîne de l’emballage. « Emballage in green » mettra en avant des matériaux, mais aussi par exemple des procédés de production moins énergivores… Une bonne manière de ne froisser personne !

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