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EMBALLAGE : LE PRINCIPE DE PRÉCAUTION

Par PAR OLIVIER JAMES - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3234
LES PHTALATES
LES PHTALATES
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Huiles minérales, phtalates, bisphénol A... Les polémiques concernant la toxicité de certaines substances contenues dans les emballages se multiplient. Face aux préoccupations des consommateurs, les industriels réagissent.

Mardi 8 mars. La chaîne de télévision anglaise BBC News annonce que trois géants britanniques cherchent à supprimer de leurs paquets de céréales toute trace d'huiles minérales. En luttant contre ces composés chimiques utilisés notamment dans les encres d'impression des emballages, Weetabix, Kellogg's et Jordans tentent d'éteindre une polémique allumée il y a un an. À l'époque, Koni Grob, du Food safety laboratory de Zurich, a publié une étude démontrant les dangers pour la santé que représenteraient les emballages en carton utilisés dans l'alimentaire (céréales, pâtes, riz...), du fait de la migration d'huiles minérales du paquet vers les aliments. Selon l'étude, sur 119 produits testés, certains présentaient des taux 50 fois supérieurs à ceux recommandés par l'Union européenne.

Depuis la publication des résultats, c'est le branle-bas de combat. Le gouvernement allemand a pressé les industriels pour qu'ils prennent des mesures immédiates. L'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a diligenté sa propre enquête. Les résultats ne devraient pas tomber avant septembre. En France, le Centre technique du papier (CTP) de Grenoble (Isère) s'apprête à démarrer des travaux de recherche. « Ce problème est nouveau dans le secteur, confirme Noël Mangin, le délégué général de Procelpac, un regroupement des industriels français des papiers et des cartons d'emballage. Il reste encore à déterminer quelles sont précisément les substances qui migrent, ainsi que leur niveau de dangerosité. »

Suspicion croissante du grand public

Mais cette polémique autour des huiles minérales, qui touche les industriels du papier carton, n'est que le dernier épisode d'une série de controverses heurtant de plein fouet le secteur de l'emballage... Ces industriels font face à une suspicion croissante du grand public envers les produits de consommation courante. « Toutes les substances sont analysées et les industriels respectent les réglementations », assure Benoît Lefebvre, le responsable des affaires réglementaires au sein d'Elipso, une entité regroupant les industriels de l'emballage plastique et souple. Et c'est vrai. Aucun d'entre eux n'a été pris, pour l'instant, en flagrant délit de dépassement de la dose autorisée par les agences sanitaires. Il n'empêche. Les emballages alimentaires sont souvent pointés du doigt. Avant les producteurs de paquets de céréales, ce sont les fabricants de biberons, de films plastiques ou bien encore de boîtes de conserve qui ont eu à répondre aux inquiétudes des consommateurs.

Les phtalates font ainsi figure d'épouvantails. Des traces de DEHP, l'un des composés de cette famille, ont ainsi été retrouvées l'été dernier dans des pots de Nutella. Ferrero s'est défendu en assurant que son emballage ne contenait pas de phtalates et que les quantités détectées étaient bien inférieures aux limites fixées par les autorités sanitaires. Face à cette absence d'explication, le doute subsiste chez de nombreux consommateurs. Il faut dire que ces produits possèdent des propriétés toxiques pour la fécondité et sont réputés cancérigènes, comme le confirme l'Institut national de recherche et de sécurité. L'usage des phtalates DEHP et DBP est d'ailleurs interdit pour les plastiques en contact avec des aliments gras. Pour les aliments non-gras, des limites de migration spécifiques ont été définies à l'échelle européenne pour le DEHP, le DBP et le BBP, un autre phtalate. Le règlement européen Reach sur les substances chimiques prévoit que les industriels utilisant ces trois phtalates devront, dans un avenir proche, obtenir une autorisation préalable de la Commission européenne pour pouvoir continuer de les mettre sur le marché. Pas sûr que cela rassure le grand public...

Autre produit sur la sellette : le bisphénol A, devenu une sorte de cas d'école. Les industriels ont réagi avant que la législation ne les y contraigne. Le bisphénol A est notamment soupçonné d'être un perturbateur endocrinien. En novembre 2010, l'Union européenne a décidé d'interdire la production de biberons contenant du bisphénol A à partir de mars 2011, puis leur commercialisation à partir de juin 2011. La France, le Canada, l'Australie et le Danemark avaient anticipé cette décision. Quant aux industriels, ils s'étaient déjà lancés dans la production de biberons en polypropylène. L'Efsa a indiqué qu'elle n'avait pas identifié de nouvelle preuve susceptible de modifier les doses admises. « Bien que la littérature scientifique publiée sur la toxicité de cette molécule soit de plus en plus nombreuse et conclut dans 95 % des cas à un impact sanitaire, l'Efsa continue de ne rien trouver d'inquiétant », s'indigne le Réseau environnement santé.

Promesses de solutions alternatives

Les industriels interrogés pour cette enquête sont au diapason : les interdictions de telle ou telle substance ne reposent pas sur des bases scientifiques, mais trouvent leur origine dans la pression médiatique et politique. Nestlé a annoncé en novembre sa volonté de produire des emballages sans bisphénol A sur le marché américain d'ici à trois ans. De leur côté, Heinz pour ses pots de nourriture pour bébés, General Mills pour ses boîtes de tomates, et Campbell pour ses emballages de soupe, promettent de trouver rapidement des alternatives. Difficile de savoir si ces annonces seront suivies d'effets. Les solutions alternatives ne sont pas toujours simples à mettre en oeuvre.

LES PHTALATES

Souvent utilisés pour rendre étirables et plus souples les emballages en PVC, on les retrouve par exemple dans les poches de sang, les films plastiques et dans d'autres types de produits d'emballage. L'un des principaux phtalates mis en cause est le DEHP, retrouvé dans des pots de Nutella.

LE BISPHÉNOL A

Sous forme polymérisée, il constitue un plastique très transparent dénommé polycarbonate. Il sert à la production des bonbonnes d'eau rechargeables, des carafes et des boîtes de conservation... Le bisphénol A entre également dans la composition des résines époxy, qui tapissent l'intérieur des canettes de boisson et des boîtes de conserve.

LES HUILES MINÉRALES

Elles proviennent avant tout des encres d'impression des journaux et des magazines issus de la filière du recyclage, puis incorporés dans la production de cartons d'emballage, tels que les paquets de pates et de céréales. Autre source : les impressions réalisées directement sur ces paquets.

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