Elgin : "Total n’a pas les outils techniques adaptés"

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Depuis dimanche 25 mars, le groupe pétrolier français doit faire face à un grave accident sur sa plateforme d’Elgin, au large de l’Ecosse. Si l’ampleur de l’accident n’est pas comparable à la marée noire dans le golfe du Mexique, certains envisagent tout de même des scénarios inquétants …

2 ans après Deepwater Horizon, la menace de la catastrophe industrielle plane toujours au-dessus des plateformes pétrolières. Depuis plusieurs jours, les équipes de Total interviennent sur la fuite de gaz, apparue dimanche dernier, en mer du Nord. A cette différence près avec la marée noire du golfe du Mexique, "pour l’environnement, le gaz est beaucoup moins dangereux que le pétrole", souligne Alain Feretti, co-auteur de l’avis présenté au Cese le 13 mars dernier, "La gestion préventive des risques environnementaux : la sécurité des plateformes pétrolières en mer". Et effectivement, dans le cas de la plateforme exploitée par BP, la fuite était sous-marine. A Elgin, la fuite de gaz est en surface.

Une intervention rapide

Pour autant, la tâche pour Total n’est pas plus facile. "Leur intervention a été rapide, mais ils pourraient mettre 6 mois pour colmater la fuite. Cela montre bien qu’ils ne disposent pas des outils adaptés pour répondre immédiatement", insiste Alain Feretti. Des constats qui ne rendent que plus plausibles, à ses yeux, les préconisations formulées dans l’avis. "Il faut renforcer les moyens de surveillance et de suivi des plateformes. Les textes concernant les normes globales d’encadrement doivent aussi être consolidés", explique-t-il.

Priorité à la sécurité industrielle

Jacques Beall, co-auteur du rapport, expliquait à l’Usine Nouvelle, lorsque le projet d’avis avait été présenté au Cese : "Quand nous avons interrogé les différents industriels, Total a essayé de nous rassurer. Le niveau technique atteint leur permettrait d’aller explorer quasiment n’importe où. Ils ont mis en place des règles de sécurité, et un référentiel de bonnes pratiques. Après l’accident du Mexique, toutes les compagnies pétrolières ont réévalué leur politique en matière de sécurité".

Une volonté réaffirmée début février lors de la présentation des résultats du groupe. "Notre plus grande préoccupation, c’est la sécurité industrielle", avait déclaré Christophe de Margerie. En 2011, les TRIR (taux de fréquence des accidents déclarés) ont diminué de 15%. Et en mer du Nord, le groupe a évacué les 238 personnes à bord de sa plate-forme dans la nuit de dimanche à lundi, et a rapidement coupé l'alimentation afin de limiter les risques d'explosion.

Un coût estimé à 2,6 milliards

Les observateurs ont eux aussi écarté ce danger. Fitch n’a pas intégré dans la note du groupe un "accident catastrophique sur la plateforme qui conduirait à une explosion, ou à une dégradation spectaculaire de la situation actuelle". Toutefois l’agence dit avoir étudié un "scénario du pire", dans lequel Total serait obliger d'arrêter définitivement l'exploitation du gisement d'Elgin (actuellement suspendue) pour arrêter la fuite.

Cela "impliquerait la perte d'un gisement en exploitation valant (...) 5,7 milliards d'euros selon les évaluations de tierces parties", indique Fitch. Soit un coût de 2,6 milliards à Total. 

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