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Electroménager : L’industrie répond à l’UFC Que Choisir

Publié le
Berbard Planque
© DR

Etiquetage environnemental obsolète, économies d’énergie hors de prix, appareils performants absents des rayons… L'UFC-Que Choisir dénonce dans une étude le bilan du secteur de l’électroménager. La parole est à la défense. Bernard Planque, délégué général du Gifam (Groupement Interprofessionnel des Fabricants d'Appareils Ménagers), répond point par point.

Usinenouvelle.com : - La première critique de l’étude de l’UFC-Que Choisir porte sur l’étiquetage environnemental avec lequel l’industrie est accusée de faire du marketing. Avec le progrès, les classes de A à G ont atteint leurs limites puisque les produits F ou G n’existent plus. L’émergence d’étiquettes A+, A++ et A+++ ne brouille-t-elle pas la donne ?

Bernard Planque :
- Cette configuration d’étiquette vient d’être votée par le parlement européen. Il ne faut pas laisser penser qu’il y a encore une discussion sur le sujet. On a passé deux ans à en débattre ! Certaines associations souhaitaient que l’on rééchelonne les valeurs des lettres A à G, mais c’était impossible car faire passer du jour au lendemain un équipement de la lettre A à la lettre D n’aurait été compris par personne. Contrairement à ce que prétend l’UFC Que Choisir et comme l’a prouvé une étude européenne réalisée sur un panel significatif, les nouvelles classes d’étiquettes sont bien comprises par les consommateurs. Au moment de l’achat, ils comparent les produits en rayon et intègrent parfaitement que A est moins performant que A+.

Le tort d’aller trop vite








UN : - Oui, mais lorsqu’il n’y a sur les rayons que des produits étiquetés A, ils peuvent passer pour écologiques alors qu’ils ne le sont plus tant que ça...

BP : - Les réfrigérateurs A+ sont présents dans tous les points de vente. A part peut-être dans quelques petits magasins isolés. L’offre a été multipliée par cinq depuis 2004 ! Mais surtout, on ne peut pas affirmer que la classe A n’est pas écologique. La moyenne du parc aujourd’hui, c’est C ! Et les appareils achetés en renouvellement économisent au minimum 40 % d’énergie. La consommation des lave-linges a par exemple été réduite de moitié en dix ans. On ne trouve plus sur le marché que des équipements A et A+ pour lesquels il faut environ 10 litres pour un cycle de lavage, grâce notamment à des systèmes de recyclage de l’eau. Attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Les étiquettes ont été très efficaces pour tirer les appareils vers le haut. Au début, tout était G ! Finalement, on se demande si les fabricants n’ont pas eu le tort d’aller trop vite dans les économies d’énergie par rapport à d’autres industries.

UN : - L’étude relève que les produits les plus performants sont absents des rayons. Seuls 5 %  des réfrigérateurs sont par exemple classés A++.

BP : - Oui, mais c’est parce qu’il s’en vend très peu (moins de 2 %). Ce sont des produits encore chers !

UN : - C’est un autre reproche qui vous est fait… L’UFC Que Choisir dénonce le discours convenu des industriels qui martèlent que les produits économes sont plus chers à l'achat, mais moins lorsqu'on raisonne en coût global. L'association affirme que « le geste écologique n’est pas un investissement rentable ».


BP : - Attention aux amalgames ! Il y a un vrai retour sur investissement sur la grande majorité des appareils performants. En 2000, un réfrigérateur de catégorie B coûtait 500 euros et son coût d’usage sur quinze ans atteignait 770 euros. Aujourd’hui, le prix du même modèle A+ est 530 euros et son coût d’usage est de 420 euros. C’est sur les réfrigérateurs A++ que le surcoût à l’achat est difficile à amortir, même s’ils réduisent le consommation de 25 % par rapport à un appareil de classe A. Mais si les prix sont élevés, ce n’est pas pour enrichir les fournisseurs ! Il y a un vrai gap technologique. Avec des composants qui n’ont rien à voir. Les sèche-linges les plus performants abandonnent par exemple la traditionnelle résistance chauffante au profit d’une pompe à chaleur. Le prix de revient n’a rien à voir ! Des séries plus longues vont permettre d’améliorer la productivité et pourrait à terme faire baisser les coûts de fabrication, mais il faut que le marché décolle.

Un bonus pour les produits A++ pourrait être déclencheur








UN : - Justement. Ne pouvez-vous pas tomber d’accord avec l’association de consommateurs lorsqu’elle demande aux pouvoirs publics d’étendre aux appareils électroménagers le dispositif du bonus-malus qui a fait ses preuves pour l’automobile ?

BP : - Pour justifier sa demande, l’UFC estime que le principe fonctionne en Italie, en Espagne ou en Allemagne. Mais c’est le bonus qui fonctionne. Pas le malus ! On est dans un schéma qui n’est pas comparable à l’automobile où le malus s’applique aux modèles les plus puissants et les plus chers comme les sportives et les 4X4. Ce sont donc les plus fortunés qui le paient. Le schéma est inverse avec l’électroménager. C’est aux pouvoirs publics de prendre leur responsabilité, mais si on met le bonus sur les produits haut de gamme et le malus sur la majorité des autres, le financement repose sur les consommateurs au moindre pouvoir d’achat.

UN : - Cela veut dire que vous demandez un système de bonus, sans malus ?


BP : - Ce serait bien sûr l’idéal. Un bonus pour les produits A++ pourrait être déclencheur et contribuer à lancer les gammes performantes. En Italie, les résultats sont remarquables. L’expérience menée en Poitou-Charentes l’an dernier était plutôt intéressante. Même s’il était presque trop facile d’obtenir la subvention et que les cibles mériteraient sans doute d’être mieux définies.

Propos recueillis par Olivier Descamps

 

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