Editorial : Finance, du virtuel au réel
Par Redaction L'Usine Nouvelle - Publié le
"Avec Lehman essayant de se placer en faillite pour éviter la banqueroute, Bank of America qui rachète Merril Lynch et AIG sous pression, il ne s'est pas passé autant en une journée dans toute l'histoire financière depuis le grand krach de 1929. (...) Je ne suggère pas que les marchés américains vont s'effondrer aujourd'hui, mais en termes d'événements marquants, c'est une journée historique. » Ces propos de Marcu Droga, directeur associé de Macquarie Private Wealth, recueillis par l'agence Dow Jones Newswires résume assez bien ce lundi noir de la finance mondiale. ,-5% pour le CAC 40, - 2,34% à Wall-Street dès l'ouverture, les places asiatiques en baisse, les valeurs bancaires et celles des assureurs qui dévissent...
Sur ce coup, malgré trois jours d'intenses négociations pour sauver Lehman Brothers, les instances américaines ont renoncé à sauver la banque, et n'injecteront probablement pas les 40 milliards de dollars demandés par AIG, le premier assureur mondial en proie à de fortes dépréciations d'actifs. Le mouvement de panique sur les places boursières n'est pas tant issu de la faillite de Lehman Brothers, que de l'absence de volonté de la FED d'injecter des liquidités ou garantir la dette.
La semaine dernière, la nationalisation par le gouvernement américain des deux premiers établissements prêteurs, Fanny Mae et Freddie Mac répondait à une double motivation : éviter la chute de l'industrie américaine et la fuite des capitaux chinois et asiatiques, soit plusieurs centaines de milliards de dollars engagés dans les deux organismes prêteurs américains. La faillite de ces deux établissements, expliquent les experts, auraient incité les bailleurs asiatiques à céder leurs actifs restants, créant un effondrement du dollar. Mais en nationalisant ces deux organismes, le gouvernement augmente d'autant la dette publique américaine : de 9500 milliards, elle passe ainsi à 14 500 milliard de dollars et crée une inévitable hausse des prix.
En ne remettant pas au pot pour Lehman Brothers, la FED et le trésor américain spéculent sur un l'assimilation par le marché financier de la faillite annoncée et évitent dans un premier temps une augmentation de la dette publique. Les jours qui vont suivre donneront une première réponse à ce pari.
Seule certitude, les externalités négatives de la finance mondiale dépassent largement le cadre de l'acceptable pour l'économie mondiale et rendent désormais inévitable une remise à plat du système financier. Les mondes virtuels se heurtent un jour ou l'autre au monde réel. Les 50 000 emplois menacés par la faillite de Lehman Brothers et le rachat de Merril Lynch par Bank of America, qui s'ajoutent aux 100 000 déjà perdus lors de la première onde de choc liée à la crise des « subprimes » en témoignent douloureusement.
Fabrice Frossard
Rédacteur en chef usinenouvelle.com
Freddie mac et Fannie Mae sous contrôle

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