Un an08/05/2008
Cette France ne refuse pas le monde tel qu'il vient. L'autruche a sorti la tête du sable.
Comment veut-on que le bon peuple s'y retrouve ? Après un an de présidence Sarkozy et de gouvernement Fillon, les meilleurs économistes se divisent sur les conséquences de leur politique économique. Fallait-il dépenser quinze milliards dans ce fameux paquet fiscal ? A-t-il stimulé l'offre ou la demande? Favorisait-il les riches ou les salariés ? A-t-il atténué par anticipation les effets de la crise mondiale ou cet argent a-t-il été gaspillé en pure perte ?Intéressantes considérations. Surtout lorsque ces économistes, pour la plupart, n'ont rien vu venir de la crise présente. Et qu'ils sont toujours incapables de dire si nous entrons en récession et pour combien de temps. Il y a en tout cas une sorte de malédiction économique de la droite française, qui arrive au pouvoir en même temps que les nuages. Un an après, quel bilan tirer de cette fameuse «rupture»? L'accessoire a parfois pris le pas sur l'essentiel (« pipolisation »). L'action a pu être conduite dans le désordre (médiatisation du rapport Attali). Depuis un an, nous n'avons pas manqué d'alerter. Lorsque les coups de menton laissaient croire que les problèmes se réglaient par la seule magie du verbe. Lorsque la perspective sociétale était rendue illisible par des coups de boutoir en tous sens. Ou lorsque la parole présidentielle prétendait abolir le mur de la réalité (Gandrange...). Mais une chose est sûre : le changement est dans l'air, il y reste installé. Tant mieux. Des réformes devenues évidentes au fil des ans ont été amorcées, d'autres vont l'être. Et ce changement est conduit au nom d'une France engagée dans la compétition internationale, une France qui ne refuse pas le monde tel qu'il vient. L'autruche a sorti la tête du sable. Cette France valorise la création de richesse. On a un peu confondu les fortunes rapides du showbiz et celles des entrepreneurs. Mais il est désormais reconnu que la richesse entraîne la richesse. C'est un des traits de l'économie moderne, malgré de colossales inégalités. A la source de cette richesse, il y a d'abord le travail individuel. On a laissé de côté la force du collectif. On risque de continuer à laisser dévaloriser des fonctions essentielles d'une société - les enseignants, les magistrats, les médecins. Mais il n'est plus dévalorisant de valoriser l'effort, à rebours, en ce sens, de Mai 68. Dans cette Francelà, les syndicats, ils le savent, ont une chance historique à saisir pour bâtir le nouvel ordre social. Alors, on peut s'agacer des rodomontades permanentes. Les Français savent qu'il faudra plus de temps qu'on le leur a fait croire: «Le temps n'épargne pas ce que l'on fait sans lui », vieille maxime citée par l'ancien patron de Lafarge, Bertrand Collomb. Après tout, faut-il aimer ses gouvernants ? A tout prendre, il vaut mieux une France en mouvement, ouverte au monde, qu'une France immobile et repliée sur son glorieux passé. Olivier Jay, Directeur délégué de la rédaction «L'Usine Nouvelle»
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