Retardé depuis 1993, notamment par l'opposition d'ONG, le gros projet hydroélectrique de « Nam Theun II », au Laos, va pouvoir démarrer. EdF dirigera le consortium de développement de cet investissement de 1,25 milliard de dollars.
"Exemplaire. » A en croire ses promoteurs, Nam Theun 2, édifié à quelque 250 kilomètres au sud-est de Vientiane, la capitale de la République démocratique populaire du Laos, ambitionne d'être une référence « en terme de développement durable et de partenariat public-privé ». Après les soutiens de la Banque mondiale et de la Banque asiatique à ce projet de 1,25 milliard de dollars, controversé depuis plus de dix ans, le financement devrait être bouclé le 7 mai prochain, et la construction commencer dès cet été.
Sur un site naturel exceptionnel, au centre du pays, le complexe d'une puissance de 1074 MW- l'équivalent d'une petite tranche nucléaire - devrait produire, lorsqu'il sera pleinement en service, quelque 5 900 GWh. Dont 95 % seront exportés, à partir de 2009, vers 17 provinces de la Thaïlande voisine. La compagnie publique Electricity Generating Authority of Thailand (EGAT) a déjà signé un contrat d'achat sur vingt-cinq ans de quelque 5 milliards de dollars.
Haut de 48 mètres et long de 320 mètres, le barrage, édifié sur le fleuve Theun, un affluent du Mékong, retiendra 3,50 milliards de mètres cubes d'eau. Le réservoir formera un lac d'une surface de 450 kilomètres carrés. La centrale électrique sera édifiée à quarante kilomètres en aval du barrage. Les deux ouvrages nécessiteront la réhabilitation de 175 kilomètres de route et la construction d'une cité capable d'accueillir les 60 familles qui vivront sur place lorsque la centrale sera exploitée. Le système de production sera composé de quatre turbines de type Francis (247 MW unitaire) et de deux turbines de type Pelton (43 MW), toutes installées verticalement. Elles seront fournies par General Electric, qui a remporté les appels d'offres lancés il y a deux ans. Longue de 130 kilomètres, une ligne de 500 kV reliera la centrale au réseau thaïlandais. La production locale sera acheminée par une ligne de 115 kV jusqu'à la première sous-station du réseau laotien, distante de 70 kilomètres.
Un contrat de concession d'une durée de 25 ans
Après s'être retiré du projet en juillet 2003, au moment où sa stratégie internationale était passée au crible, EdF y est revenu sous la pression de l'Elysée. Comme initialement prévu, sa filiale EdF International détiendra 35 % dans la société laotienne chargée du développement du projet Nam Theun II Power Company Ltd (NTPC). La compagnie française se retrouve aux côtés d'une société laotienne (LHSE) qui devrait en contrôler 25 %, de la société thaïlandaise EGCO (également 25 %) et d'un groupe thaïlandais Italian-Thai Development ITD (15 %). La Banque mondiale a apporté sa garantie financière au projet financé par un apport des investisseurs et des banques commerciales sous forme d'un BOOT (Build Own Operate Transfert), un contrat de concession d'une durée de vingt-cinq ans qui, à son terme, apportera la propriété de l'ouvrage au gouvernement laotien. Sous réserve d'ici là du respect de différents critères sociaux et environnementaux, souhaités par une centaine de groupes de protection de l'environnement mobilisés contre ce projet pour notamment protéger les populations.
17 villages seront inondés
Au prix de 180 millions de dollars sur vingt-cinq ans, l'engagement a été pris par le consortium de reloger et d'élever le niveau de vie des 1 100 familles - quelque 6 200 personnes - vivant sur les 17 villages qui seront inondés.
Le chantier sera entièrement sous la responsabilité d'EdF, maître d'oeuvre et ensemblier, via son CIH, le Centre d'ingénierie hydraulique de Grenoble (580 salariés) dans le cadre d'un contrat clé en main passé par NTPC de quelque 700 millions de dollars. Le génie civil (barrage et canal aval) sera assuré par deux consortiums dirigés par Italian-Thai Development et le japonais Nishimatsu Construction.









